<:en-tête:>

 

    Autoformation et multimédia    Didactique    Linguistique    Ingénierie de formation

Intervention de F. Demaizière à la table ronde de l’université d’automne sur l’enseignement des langues à de jeunes enfants

Utiliser les TIC : opportunité ou opportunisme ?

organisée par l’IUFM de Basse-Normandie et l’Acedle, 28-31 oct. 2001.
 
Echapper à l’opportunisme
Quelles opportunités ?
Ne jamais perdre de vue la didactique
Utiliser les opportunités sans opportunisme de mauvais aloi et ne jamais perdre de vue la didactique...

Echapper à l’opportunisme

Les TIC semblent incontournables, inévitables... On se sent poussé, sinon obligé, à les utiliser par l’air du temps. On désire se donner une image de modernité, ne pas rester sur le bord des autoroutes numériques d’aujourd’hui. On pense que pour les élèves ce sera plus attractif  : un moyen de les tenir tranquilles, intéressés (motivés...) pendant un temps.
Ces raisons ne sauraient être les bonnes, même si on peut les comprendre. On notera, en passant, que la plupart des arguments poussant à rejeter l’emploi des mêmes TIC au nom de l’instruction, de l’humanisme qui ne doit pas laisser les enfants seuls face à un univers de "machines" ne sont pas de meilleur aloi.
Essayons de regarder potentialités et limites d’un point de vue didactique et pédagogique.

Quelles opportunités ?

Les Tic ont suscité un renouveau d’intérêt pour le travail coopératif ou collaboratif entre apprenants, pour les pédagogies du projet. On ne peut que s’en féliciter et constater la cohérence de ces approches avec les orientations et les directions actuelles de la communauté éducative. Le recours à Internet permet d’établir contacts et collaboration à distance, en particulier grâce au courrier électronique, outil simple à utiliser. L’intérêt est évident pour l’apprentissage d’une langue et d’une culture étrangères.

Les apprenants peuvent également créer des documents à la présentation ou au graphisme d’une qualité sans comparaison avec celle des supports traditionnels : logiciels permettant de créer des pages des histoires illustrées, création de pages de sites Internet offertes à la consultation. On peut créer des situations de communication et d’échanges qui seraient beaucoup plus difficilement envisageables sans les TIC, et auraient un impact moindre pour les apprenants concernés.

Une autre utilisation très populaire est la consultation ou la recherche de documents sur la Toile. Cette navigation de site en site peut être un outil puissant d’ouverture vers l’extérieur, d’éveil de la curiosité et de perception de la culture d’autres pays.

Si l’on se tourne vers les outils informatiques ou multimédias plus "anciens", on soulignera encore et toujours l’intérêt d’une individualisation du rythme de travail, d’une participation active de chaque apprenant à toutes les activités proposées par un cédérom ou un site pédagogique. Pour la compréhension de l’oral, par exemple, la situation est particulièrement favorable, les déblocages souvent spectaculaires. Chacun peut avancer à son rythme, demander de l’aide, construire en partie son cheminement d’une activité à l’autre. Les erreurs et les demandes d’aide sont adressées au logiciel, à la machine, repérées par eux et non pas par l’enseignant ou les autres élèves du groupe. L’anonymat et l’intimité du travail individuel (ou en binôme) face à un logiciel a toujours été un outil puissant de déblocage des apprenants timides, par exemple, ceux qui hésitent à participer dans une activité de groupe. On soulignera également le côté attractif de certains cédéroms : graphisme, dimension ludique... Cet élément est particulièrement pertinent pour de jeunes enfants.

Pour toutes les activités évoquées ci-dessus, la rapidité du retour offert par le support par rapport aux supports plus classiques, sa réactivité et son interactivité sont de puissants éléments facilitateurs. Quelle différence entre une correction immédiate et systématique, une réponse à un courrier électronique faite en quelques heures et la situation antérieure d’échange "papier" avec ses délais d’acheminement pour la correction par l’enseignant ou l’envoi postal !

Ne jamais perdre de vue la didactique

J’ai insisté ci-dessus sur quelques potentialités indéniables des TIC. Il est bien évident que ces potentialités ne dispensent en rien d’un regard lucide et éclairé sur les situations créées pour l’apprenant et la qualité des ressources y. La distance est parfois trop grande entre ce qui serait possible et ce qui est effectivement réalisé. Certains produits multimédia ne sont que le brillant emballage d’un contenu vide d’intérêt ou de pertinence. Certaines activités sont proposées aux apprenants de manière telle que la mise en œuvre va à l’encontre des principes de départ affichés.
Il convient de toujours penser à l’intérêt pédagogique réel de ce qui est proposé à l’élève. Une approche didactique reste nécessaire en toutes circonstances pour apprécier à leur juste valeur les réalisations. On ne se laissera pas inutilement impressionner par les pressions ambiantes en faveur des TIC. On ne les rejettera pas non plus trop vite. Les insuffisances ou les défauts de certains produits peuvent, par exemple, être compensés par des accompagnements appropriés. Manuels et cassettes, séquences pédagogiques "classiques" ne sont pas non plus sans défauts. On devra, ici comme ailleurs, s’interroger sur la cohérence d’ensemble du dispositif, sur son adéquation aux objectifs fixés ou annoncés, sur le rôle de la sensibilisation par rapport à l’apprentissage, sur le poids respectif de l’écrit et de l’oral, sur les phénomènes de passage de la langue maternelle à la langue étrangère (échanges entre apprenants), sur la maîtrise de la langue étrangère de l’intervenant, sur le temps passé à des manipulations ou des tâches plus ou moins techniques de mise en forme par rapport au temps effectivement consacré au contact avec la langue étrangère...