<:en-tête:>

 

    Autoformation et multimédia    Didactique    Linguistique    Ingénierie de formation

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

Colloque international "La langue de la Communication Médiatisée par les Technologies de l’information et de la communication (CMT)"

Compte-rendu de Hyeon Yun.
 
Présentation générale
Conférences
Interventions / Ateliers
Références

Présentation générale

Ce colloque s’est tenu du 18 au 20 mai 2006. Il était organisé par Jannine Gerbault, université Bordeaux 3 et le laboratoire de recherche TELANCO (Textualisation - Langage - Cognition) de l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3. Avant d’aborder les différents sujets auxquels nous nous sommes intéressée, il nous paraît nécessaire de refocaliser sur certains points importants liés au colloque.

Dans notre société, la CMT devient un mode de communication qui peut prendre des formes très diverses, à l’image de la diversité de ses conditions de production et de réception. Ainsi, il semble important et indispensable de mieux comprendre les rôles et les fonctions des divers types de CMT ainsi que ses formes de langue et de textualité. Cette réflexion permettra de mieux connaître à la fois la communication entre êtres humains par les réseaux informatisés et la pratique des langues.

Quatre thèmes essentiels se dégageaient du colloque :

-  La langue : vocabulaire, syntaxe, oral et écrit. Quel est le degré de convergence des conventions de l’oral et de l’écrit dans la CMT ? Quelle est l’influence des types de CMT sur la langue utilisée ?
-  Le discours : typologie, structure discursive, formes spécifiques professionnelles ou non professionnelles. Quelles formes textuelles et quels discours sont utilisés et développés dans ces nouvelles pratiques ?
-  Les comportements : rôles de l’interactivité, de la synchronicité, de l’association de différents médias ; influence de la langue de la CMT sur la langue quotidienne.
-  Les normes : quelles nouvelles normes émergent des pratiques ?

Les communications du colloque ont porté sur les domaines suivants :

-  La langue des sites pédagogiques institutionnels, commerciaux...
-  La communication entre particuliers : courriel, forum, clavardage, weblogs, tchat audio-synchrone, SMS (short message service), MMS (multimedia message mobile)...

A l’ouverture du colloque, Thierry Chanier a, par exemple, mentionné l’intérêt de la multimodalité de discours par rapport au développement de ces domaines, notamment celui d’environnements audio-synchrones dans un contexte pédagogique.

Nous notons que le colloque a donné la priorité aux aspects socioculturels et sociopragmatiques des TIC (technologies de l’information et de la communication) liées non seulement à leurs utilisations en contexte pédagogique mais aussi au quotidien avec un objectif purement communicationnel. Dans ce compte-rendu, nous allons présenter, en ordre chronologique, quelques conférences plénières et ateliers qui ont attiré notre attention par rapport à notre propre sujet de recherche.

Conférences

"Weblogs as Tools for global communication diversity (Weblogs comme outils pour la diversité de la communication globale) - James Archibald (McGill University, Montreal)

Grâce au développement des TIC, la communication sur Internet tend à être accessible à l’ensemble des internautes. En particulier, le weblog permet de s’exprimer librement en diverses langues : les internautes ont la possibilité d’écrire ce qu’il veulent et de mettre des commentaires sur un article affiché en respectant les règles élémentaires du droit. J. Archibald mentionne que le weblog est un engagement à la fois social et politique entre les bloggers. Suite à ses observations, nous pouvons évoquer les caractéristiques suivantes du weblog :

-   L’accès libre.
-   La diversité d’utilisation des langues sur Internet.
-   La liberté et la diversité d’opinion et d’expression.
-   La liberté de style grâce à l’écriture non formelle, non journalistique.
-   Une immense source de connaissances publiques.

"Analyse des interactions pédagogiques en ligne : comment, pourquoi ?" - François Mangenot (Université Grenoble 3)

F. Mangenot nous invite à réfléchir, du point de vue d’un didacticien, sur les problématiques analysant les interactions pédagogiques en ligne à partir de l’apprentissage collaboratif. Il présente d’abord l’état des lieux de la recherche puis des exemples d’analyses qualitatives effectuées pour cette étude.

Plusieurs disciplines s’intéressent à la recherche sur la formation en ligne. Il y a deux paradigmes représentatifs : un paradigme quantitatif qui prédomine dans la recherche actuelle pour prouver et expliquer les disciplines, et un paradigme qualitatif pour les décrire. F. Mangenot relève les caractéristiques des recherches dans les champs pluridisciplinaires en ligne comme 1) l’existence de paradigmes différents, 2) la priorité donnée au développement informatique, 3) l’ambiguïté de l’idée de collaboration. Ce dernier point évoque notamment des questions primordiales à résoudre : l’apprentissage collaboratif est-il plus efficace que l’apprentissage solitaire ? Toutes les interactions en ligne correspondent-elles à une collaboration et à une mutualisation entre apprenants ? Si les interactions sont liées à une collaboration, dans quelles conditions sont-elles efficaces ?

En mettant l’accent sur les outils informatiques qui peuvent faciliter la recherche, F. Mangenot souligne le paradigme des interactions. Quels types d’interaction se déroulent dans quelles conditions ? Quelles interactions ont réellement lieu durant la collaboration (Dillenbourg, 1999) ?

Enfin, en s’intéressant plus particulièrement aux expériences de Fitze (2006) et de Vandergriff (2006) sur la comparaison de la discussion par clavardage avec celle en face-à-face, F. Mangenot constate que l’analyse du contenu et des approches qualitatives montrent des marques spécifiques liées aux interactions verbales : repérages de SPA (séquences potentiellement acquisitionnelles) et de négociation du sens. On s’approche des problématiques de l’approche qualitative : 1) on renonce à mesurer, à prouver, à pouvoir généraliser, 2) on n’examine qu’une petite partie des données.

Il montre ainsi les intérêts de l’analyse du discours par rapport à l’analyse du contenu.
-   Les catégories d’analyse ne sont pas fixées à l’avance.
-   Elle peut se rattacher à toute une tradition de l’analyse des interactions en classe.
-   Elle permet d’observer des phénomènes non codables, la dimension socio affective par exemple.
-   Elle permet des analyses moins "lourdes" et plus fines.

Cependant, l’analyse du discours peut être limitée à cause d’un manque d’objectivité au cours de la sélection des données. Mais l’analyse du discours peut être croisée avec des entretiens ou des questionnaires.

Son étude nous permet de percevoir, d’une part, le rapport entre l’analyse quantitative et qualitative, et, d’autre part, les potentialités de l’analyse du discours. Pourrait-on enrichir la catégorisation de recherche par l’analyse du discours ? Au niveau pédagogique, de l’apprentissage, on ne pourrait s’appuyer sur une seule approche. Y aurait-il une réciprocité entre l’analyse du discours et celle du contenu, et entre l’analyse quantitative et qualitative ?

Interventions / Ateliers

"Analyse linguistique et sociopragmatique de l’écriture électronique. Le cas du SMS tchaté" Fabien Liénard, université de Rouen et CDHET, IUT Le Havre

F. Liénard constate que l’écriture électronique présente des contraintes générales et techniques liées à la communication médiatisée soit par ordinateur soit par téléphone mobile. Le téléphone mobile comprend le clavier et l’écran. Par opposition, l’ordinateur a une contrainte temporelle dans son utilisation. Vu la croissance importante de l’utilisation des SMS ces cinq dernières années en France, F. Liénard s’intéresse notamment à la CMT au niveau sociopragmatique. Suite à ses observations, il travaille sur un intermédiaire entre le téléphone et l’ordinateur : la communication par SMS tchaté.

Suivant neuf procédés scripturaux caractéristiques dans l’écriture électronique mentionnés par Jacques Anis (1999), F. Liénard considère qu’une typologie de son corpus de SMS tchatés s’organise autour d’un triple processus : le processus de simplification, de spécialisation et d’expressivité. Ses résultats d’analyse de corpus (3000 messages environ) révèlent que le processus de simplification est très largement utilisé par rapport aux autres processus scripturaux : ouessqueté (où est-ce que tu es), kestufé (qu’est-ce que tu fais), par exemple. Par ailleurs, il a montré que des émoticônes sont souvent utilisées pour éviter les malentendus et que les graphies et les signes sont régulièrement répétés pour accentuer les propositions. Cependant, ce type d’échanges peut-il constituer une véritable interaction respectant la norme linguistique (grammaticale, orthographique...) ? Il nous semble que le but et le rôle des SMS se limitent à la fonction sociopragmatique et au transfert de brèves informations à l’autre dans les meilleurs délais sans tenir compte de la réponse immédiate du destinataire.

Choix linguistiques et alternance codique dans les forums diasporiques marocains" Hassan ATIFI (Université de technologie de Troyes)

H. Atifi se focalise sur les problématiques suivantes :
-   Internet favorise-t-il la domination de l’anglais dans les pratiques communicationnelles en ligne ?
-   La pratique de communication en anglais provoque-t-elle la négligence d’autres langues ?

A travers l’analyse sociolinguistique interactionnelle et l’observation de l’usage des langues dans un forum de discussion marocain, H. Atifi se pose la question : quelles sont les formes et les fonctions de l’alternance codique ? Au travers de ses résultats d’analyse empirique dans le forum marocain Bladinet->http://www.bladi.net], il démontre que la langue dominante de l’interface ou des forums est le français. De plus, il constate que l’alternance codique porte sur un phénomène oral ; la CMT facilite l’incorporation de diverses langues étrangères (l’anglais, l’espagnol, le français...) dans la société marocaine.

Ces résultats nous paraissent très intéressants mais il nous reste une interrogation : au niveau sociopragmatique et culturel, l’utilisation de telle ou telle langue dans une société plurilinguistique ne serait-elle pas dépendante de la politique sociale ?

Quelques pratiques langagières dans MEPA (moteur d’environnements partagés pour l’apprentissage) un dispositif de simulation globale en ligne pour la pratique du Français-Langue Etrangère", Daniel Luzzati, université du Maine.

D. Luzzati présente un environnement virtuel d’apprentissage, MEPA-2D, pour la pratique du français langue étrangère. C’est une plate-forme destinée à partager des mondes virtuels sur un réseau informatique. L’apprenant y est représenté par un avatar. Il joue aussi un rôle d’acteur dans cet environnement virtuel de simulation globale. Son étude porte sur les écarts graphiques et l’oralité des énoncés. Nous nous rendons compte que cet environnement met l’accent sur l’effet graphique visuel et la simulation virtuelle. Dans son analyse, on voit que les écarts graphiques constituent une forme de bruit peu parasitant tandis que l’oralité des énoncés correspond à une volonté interactive et constitue un phénomène fondamental. Il serait favorable pour l’apprentissage du FLE et le développement de compétences de communication dans un but ludoéducatif. Cependant, au niveau pédagogique, il nous semble nécessaire d’approfondir les remarques suivantes : quelles sont les spécificités de cet environnement par rapport à une simple activité de clavardage et / ou à celle d’un environnement audio-synchrone ? Quels types de compétences les apprenants peuvent-ils y développer ?

"Analyse socio-sémiotique du message multimédia mobile (MMS) : de la plasticité de l’image numérique vers une nouvelle poétique d’écriture",Bertrand HOREL, université Paris IV Sorbonne - Celsa

Comment communiquer avec l’autre à l’aide d’images ? Quels sont les véritables éléments d’échange entre les utilisateurs de MMS ? En terme de contenu (images, vidéo, sons), B. Horel présente son étude sur les échanges de MMS entre acteurs sociaux. Il constate que l’interaction par l’échange de MMS concerne la capacité à s’approprier sa forme particulière de communication et sa figure discursive complexe au niveau des acteurs sociaux. A travers son analyse, B. Horel constate que chaque utilisateur a un style propre et construit avec son entourage un rapport codé à leur environnement et leur intimité, grâce au jeu métaphorique qui permet d’accoler l’image à un texte : une dimension ludique, les aspects de jeux ingénieux de signification, les métaphores...

"Orthographic and sociopragmatic norms and variation in French-language web forums, moderated chat, and non-moderated chat", Lawrence Williams (university of North Texas, USA

L. Williams présente les normes et les variations socio-pragmatiques et orthographiques dans un forum de discussion et du clavardage modéré et libre en langue française. En ce qui concerne le clavardage modéré (moderated chat) et libre (non-moderated chat), il précise que :
-   dans le clavardage modéré (moderated chat), l’accent est mis sur la forme du discours, formel ;
-   dans le clavardage libre (non-moderated chat, sur l’échange d’informations, le bavardage, informel.

Son étude contient trois points principaux :
-   La variation orthographique.
-   L’utilisation de pronoms : "vous "et "tu".
-   Les marqueurs discursifs sélectionnés : "bon, ben"...

Dans ces trois environnements de communication, les résultats de L. Willams ont révélé qu’il y a beaucoup plus de variations orthographiques, d’utilisation du tutoiement et de marqueurs discursifs dans le cas du clavardage libre que lors du clavardage modéré. En revanche, il a montré que les marqueurs discursifs n’étaient guère utilisés dans les forums de discussion. A travers cette analyse, pourrions-nous interpréter que le forum de discussion porte les caractéristiques de l’écrit alors que le clavardage porte plutôt celles de l’oral ? L’utilisation du tutoiement et du vouvoiement ne seraient-elles pas influencées par le type et le niveau du registre des verbes qui les suivent ?

"Langues et SMS au Sénégal : le cas des étudiants de Dakar", Kristin Vold Lexander, université d’Oslo

Kristin Vold Lexander présente le cas spécial de la CMT en langues africaines : la langue utilisée dans le SMS chez les étudiants dans le domaine de la sociologie à Dakar. Elle montre qu’il y a plusieurs critères et niveaux de langue au Sénégal selon la classe sociale. Tandis que la langue française est toujours utilisée dans la scolarisation formelle et dans l’écrit, les langues africaines sont souvent utilisées dans les SMS au Sénégal. En effet, celles-ci ont des traits communs entre la communication de la formule écrite et la dynamique orale. Dans ce cas, la CMT se limite-t-elle aux citoyens, urbains modernes ? Au regard sociolinguistique, elle se pose les questions suivantes :
-   Qu’est-ce qui dirige le choix des langues ?
-   Ces langues ont-elles des fonctions différentes dans les SMS ?

Nous notons que la notion de la "négociation" (M.-S. Carol, 1993) dont K. Vold Lexander parle rejoint sa question du choix des langues. Son point de vue sur la négociation concernant le choix individuel pour la langue utilisée (code) plutôt que le but d’échange du message avec son interlocuteur (action) est intéressant.

Références

Bibliographie
-  Anis, J. (1999). Internet, communication et langue française. Paris : Hermès.
-  Carol, M. S. (1993). Social motivations for code switching : evidence from Africa. Oxford : Clarendon Press.
-  Dillenbourg, P. (1999). Collaborative-learning : cognitive and computational approaches. Oxford : Elsevier.
-  Fitze, M. (2006). "Discourse and participation in ESL face-to-face and written electronic conferences". Language Learning and Technology, vol.10, n° 1.
-  Vandergriff, I. (2006). "Negotiationg common ground in computer-mediated versus face-to-face discussions". Language Learning and Technology, vol. 10, n° 1.

Site

Colloque CMT 2006