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    Autoformation et multimédia    Didactique    Linguistique    Ingénierie de formation

Les blogues en cours d’allemand

 
1. Les blogues, lieux d’échange, lieux de rencontre
2. Le respect des droits
3. Pour finir
4. Quelques exemples de blogues
5. Pour se documenter

Eva Lacroix, à l’époque de la rédaction de cet article professeur d’allemand au collège Wanda Landowska à Saint-Leu-la-Forêt (Val d’Oise).

1. Les blogues, lieux d’échange, lieux de rencontre

À l’heure où l’on nous demande de travailler dans une perspective dite "actionnelle" et de faire vivre les propositions du CECR (Cadre Européen Commun de Référence pour les langues), il paraît utile de s’interroger sur les outils susceptibles de nous aider dans cette entreprise. Comment rendre nos élèves "co-acteurs de leur apprentissage" ? Comment arriver à ouvrir des fenêtres vers des lieux où l’on a de "vraies" raisons de parler l’allemand ? Comment donner aux élèves l’occasion non seulement de s’exprimer à l’oral et à l’écrit, mais aussi d’observer comment d’autres (locuteurs experts ou non experts) s’expriment en allemand ? Vous l’aurez compris, j’ai un outil précis en tête : les fameux "weblogs" ou "blogues" qui peuplent depuis quelques années le paysage de la Toile. Qu’est-ce que c’est qu’un blogue ? Il s’agit d’un outil électronique qui permet de publier du texte, du son, des images et des films, sans avoir besoin de connaissances très poussées en informatique. À l’origine, les blogues ont été conçus pour permettre à ceux qui le désirent d’exposer sur la Toile un bout de leur vie privée, un peu comme si on se mettait à publier des extraits de son journal intime, afin de partager son quotidien avec d’autres. Les adolescents se sont rapidement emparés de cet outil : le phénomène "skyblog" en témoigne (voir le blogue d’Alice dans la bibliographie).

Peu à peu, les blogues ont fait leur entrée dans l’enseignement des langues. Ils peuvent y avoir plusieurs fonctions. Une des fonctions est une variante que j’appellerais "statique". L’enseignant(e) publie des documents qui complètent (voire remplacent) le manuel scolaire qu’il utilise en classe : des activités, des conseils, des corrigés-type, etc. L’avantage par rapport à un manuel d’allemand est la possibilité de joindre du son et de la vidéo. Un blogue peut être aussi la vitrine d’un projet : le professeur informe les parents, il expose le projet et le rend publique, il met en valeur des travaux d’élèves, etc. Il suffit de faire un petit pas pour aller des blogues-projets statiques vers des blogues de type interactif. Le blogue de notre collègue Danielle Lainé (voir la bibliographie) en est un bon exemple.

La variante interactive des blogues donne l’occasion non seulement aux professeurs, mais aussi aux autres acteurs de l’enseignement (élèves, parents, etc.) de s’exprimer à l’écrit ou à l’oral. Cette implication peut aller de la simple rédaction d’un commentaire d’article jusqu’au statut d’auteur. Un auteur peut publier non seulement du texte, mais aussi des images, du son et des films. Il peut modifier ou supprimer son texte sans passer par l’administrateur principal du blogue.

Dans un article de blogue rédigé par deux élèves en fin de troisième se trouve une invitation à laisser des commentaires : "Stell ein Kommentar für dich einzutragen". Trois personnes ont effectivement déposé un commentaire [1]. Nous sommes bien dans l’interactivité.

Commentaires

Danke ! Ich will kommen

Bis Morgen ^^

Ecrit par : Kekes | 18.06.2009

Oh ! Das ist sehr gut für dich ! Du gehst gut Geschäft gemacht !

Bis Montag :)

Ecrit par : Chaplin & Einstein | 18.06.2009

Ja !!! Das ist der Anlass um zu gehen ! Ich komme, ich komme, ich komme !

Ecrit par : Klaryssa | 18.06.2009

La réalisation d’un blogue de type "statique", donc d’un blogue qui expose nos activités et éventuellement les travaux de nos élèves, n’entraîne pas de changements radicaux par rapport à un enseignement frontal. On change juste de média. Donner sur un blogue la parole à d’autres acteurs que nous-mêmes, notamment aux élèves, peut être une expérience bouleversante, parsemée d’embûches, de questionnements, parfois d’émerveillement et de joie.

Citons, à titre d’exemple, la réalisation d’un projet connu sous la dénomination "L’immeuble", initialement conçu par Debyser pour la communauté FLE (Français Langue Étrangère). Ce projet implique les élèves et même le professeur, s’il ne craint pas de se mettre au niveau des élèves, dans un jeu de rôle. Tous jouent les habitants d’un immeuble, ou, selon ma version du jeu, d’un village en Suisse. Les élèves choisissent un personnage. Ils font son autoportrait. Ensuite, on peut les inviter à décrire le logement du personnage, de publier des annonces pour trouver ou proposer quelque chose, d’enregistrer une discussion avec un autre élève au sujet d’une invitation, une dispute, etc. La partie réellement interactive commence au moment où les élèves réagissent aux articles que les autres membres du groupe ont publiés sur le blogue. Après une période plus ou moins longue, le échanges entre élèves, et parfois entre un élève et le professeur, se multiplient, se rallongent, et le bonheur est au rendez-vous quand même les plus réfractaires à l’allemand se mettent à rédiger, ne serait-ce que quelques lignes.

Et la qualité de la langue, allez-vous me demander ? Apprend-on l’allemand en publiant des textes sur un blogue, ou les blogues sont-ils une sorte de terrain de jeu, plus ou moins hors contrôle, ou chacun rédige comme il peut, sans forcément chercher à avancer dans son apprentissage de l’allemand ? Il est possible de défendre la version "light" d’un jeu de rôle, qui va de pair avec l’absence d’évaluations et avec une intervention du professeur très discrète pour commenter la qualité de la langue. Cette version est la bienvenue en fin de troisième, après les conseils de classe. Une autre version, plus exigeante en termes d’apprentissage de la langue, impliquera un travail sur les genres de texte et leurs caractéristiques linguistiques. Le professeur peut faire travailler les élèves sur un corpus de portraits, d’annonces, de disputes, etc., et proposer des activités d’entraînement et des évaluations, tout au long du projet. Dans les deux cas, la version "light" et la version "exigeante", des outils d’aide à la rédaction peuvent être mis à disposition sur le blogue. Je pense, par exemple, à des dictionnaires électroniques, des corpus de textes, des liens vers des sites de conjugaison, etc.

2. Le respect des droits

Pour agrémenter les articles, il est possible de joindre des photos et d’autres documents trouvés sur Internet. Publier de tels documents n’est toutefois pas toujours autorisé. Il convient d’avoir conscience de cela. Même si l’on est de bonne foi, les questions de droit de publication son parfois épineuses (voir les commentaires concernant l’article "Bildergeschichte" sur le blogue de Cornelia Steinmann). En tant que professeurs, nous avons, à mon avis, le devoir de renseigner les élèves sur les restrictions en matière de droit de publication, et il serait idéal de montrer l’exemple, dans la mesure du possible, en respectant nous-mêmes ces droits. Il existe des sites qui proposent des documents (plus ou moins) libres de droit, par exemple le site jugendfotos.de et le site AUDIOlingua, géré par notre collègue Katrin Goldmann et d’autres. Il est toujours possible de créer des liens vers des sites permettant d’avoir accès à des documents supplémentaires.

3. Pour finir

Dans cet article, j’ai esquissé quelques utilisations que l’on peut faire des blogues en cours d’allemand. Il est possible d’imaginer bien d’autres projets que celui que je viens de présenter en détail. Si vous souhaitez ouvrir le débat au sujet des blogues, ou si vous avez des questions, vous pouvez me laisser un commentaire sur l’article qui reprend ce texte sur le blogue Aufgabenbörse que j’ai conçu comme un lieu d’échange et de mutualisation d’expériences de professeurs d’allemand.

4. Quelques exemples de blogues

Boquel, Francine : Schnappideutsch. http://lewebpedagogique.com/fb56/

Jaeglin, Christophe : Enseignant web 2.0 et langues.http://profweb2.blogspot.com/

Lacroix, Alice : Read-to-leave. Blogue en français, géré par une adolescente. http://read-to-leave.skyrock.com/

Lacroix, Eva : Aufgabenbörse. http://blog.crdp-versailles.fr/uebu...

Lacroix, Eva : didaktik.fr. http://www.didaktik.fr

Lacroix, Eva : Schweizer Dorfgemeinschaft. Un jeu de rôles (le blogue n’existe plus).

Lainé, Danielle : Toenisvorst 2009. Blogue-projet pour un voyage scolaire. http://toenisvorst2009.blogspot.com/

Neustein, Andi : Ein Blog für alle, die Deutsch lernen. http://deutsch-lerner.blog.de/

Steinmann, Cornelia : DaF-Blog. http://cornelia.siteware.ch/blog/wo...

5. Pour se documenter

Audiolingua. Le GEP Langues du CRDP de l’académie de Versailles. http://www.audio-lingua.eu/

Debyser, F. (19962). L’immeuble. Paris : Hachette.

Le français dans le monde, n° 351. Mai-juin 2007. Plusieurs articles sur les blogues dans la rubrique "Formation".

Jugendfotos.de. Berlin : Jugendpresse Deutschland. http://jugendfotos.de

Pouts-Lajus, S. (2006). "La place des blogs dans les ENT". Le blog éducation-ent de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération. http://www.ent-leblog.net/ent_le_bl...


Texte paru dans : Auria, F. (dir.). Le nouveau bulletin de l’Adeaf (association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France), n° 106, décembre 2009, pp. 35-38.

[1] Les erreurs dans les productions des élèves n’ont pas été relevées dans cet article qui ne vise pas à illustrer l’évolution de leur système linguistique, mais leur capacité à interagir dans un environnement numérique