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    Autoformation et multimédia    Didactique    Linguistique    Ingénierie de formation

Français, francophones et non francophones dans une Grande École : convergences et divergences

 
Introduction
1. Objectifs
2. Méthodologie d’analyse des enquêtes
2.2. Questionnaires
3. Synthèse des données
3.2. Le "profil" des étudiants internationaux
Conclusion : les apports et les limites des enquêtes
Références bibliographiques
Annexe

Introduction

Nous avons mené une recherche à l’École des Ponts ParisTech où nous avons mis en place un module pédagogique ayant pour objectif, entre autres, de faciliter les contacts des élèves non francophones avec les étudiants français ou francophones de l’École.

Les travaux d’E. Murphy-Lejeune, par exemple, ont bien montré qu’un étudiant en mobilité peut avoir des difficultés à entrer dans le cercle de natifs dont il ne possède pas "la mémoire collective" (Murphy-Lejeune, 2005 : 104-105). Nous pouvons supposer que même si les natifs et les nouveaux arrivants sont ensemble sur un campus, cela ne garantit pas qu’ils entretiennent des échanges approfondis. Il semble donc pertinent de mettre en place une action de formation essayant d’initier les étudiants internationaux à certains enjeux quotidiens.

Nous avons mené des entrevues de groupe et fait passer des questionnaires afin de recueillir des informations sur le public français ou francophone et non francophone de l’École des Ponts ParisTech (ce qui nous a permis de construire notre module pédagogique). Nous sommes consciente que ces questionnaires et leur analyse ne traduisent qu’une partie de la réalité : les questions ont été formulées en fonction de nos questions de recherche et de nos attentes. C’est pour cette raison qu’il est fort probable que nous ayons, sans le vouloir, orienté les réflexions des répondants. Néanmoins, pour préserver la validité des données recueillies et analysées, nous avons procédé au préalable à des entrevues de groupe.

Dans cet article, nous présentons tout d’abord nos objectifs, nous évoquons ensuite la méthodologie d’analyse des données pour enfin exposer une synthèse des résultats.

1. Objectifs

Les objectifs des enquêtes étaient de :

-  comprendre les raisons pour lesquelles les étudiants étrangers (stagiaires et élèves en formation au diplôme) de l’École des Ponts ParisTech n’accèdent pas facilement au "code" et aux évidences partagées de l’École ;
-  recueillir, entre autres, les difficultés rencontrées par les étudiants internationaux (difficultés implicites ou explicites), leurs attentes et leurs besoins pour communiquer facilement avec leurs pairs français ou francophones ;
-  connaître quels sont, d’après les élèves français de 1ière année de la formation d’ingénieurs de l’École des Ponts ParisTech, les références culturelles familières à aborder avec les étudiants étrangers pour pouvoir permettre à ces derniers de participer à des conversations avec eux ;
-  découvrir quels sont les éléments culturels qui suscitent des réserves, d’après les personnes interviewées, c’est-à-dire qui ne sont pas pertinents pour discuter avec les élèves de 1ière année.

2. Méthodologie d’analyse des enquêtes

2.1. Entrevues de groupe

Nous avons conçu deux guides d’entretien [1] interrogeant des élèves sur plusieurs thèmes [2] (sujets de discussion, cinéma, histoire, chanson, personnages marquants, etc.) puis nous avons organisé des enquêtes filmées dans six groupes différents (19 participants au total). Nous avons intégralement transcrit les échanges. Il nous a semblé pertinent de réaliser des entrevues rassemblant plusieurs personnes car les interactions entre les participants peuvent enrichir les données.

Ces entrevues s’apparentent à des entretiens tels que l’entend R. Vion (Vion, 1992 : 131) Malgré ces différenciations dans la définition des termes "entretien" et "enquête", nous les utiliserons, dans les pages qui vont suivre, de manière équivalente. Dans notre cas, nous avons conduit l’échange, dans chacun des groupes, à l’aide d’un guide d’entretien [3] . Pour ce qui a trait à notre recherche, les entretiens réalisés sont de type semi-directif (Bardin, 2005 : 93). Nous avons répertorié les thèmes principaux (ceux sélectionnés pour l’entrevue), leurs déclinaisons et les précisions ou commentaires les concernant survenus pendant l’entretien (Bardin, 2005 : 96). L. Bardin rappelle que ce type d’analyse a ses limites si le chercheur se contente uniquement de l’étude des thèmes car celle-ci ne s’attache pas à la dynamique ni à l’organisation des discours considérés. Nous avons également eu recours à une analyse complémentaire s’appuyant sur l’analyse de l’énonciation. Nous avons tout d’abord procédé à une analyse des séquences entretien par entretien. Nous nous sommes basée sur la progression du discours, sur le rythme et les ruptures (Bardin, 2005 : 231). Puis nous avons étudié la "manière de dire" de chaque participant afin de compléter et approfondir l’analyse (Bardin, 2005 : 107). Nous nous sommes enfin focalisée sur "les lieux communs" (Bardin, 2005 : 107).

L’analyse de contenu exige un savoir-faire maîtrisé (Bardin, 2005 : 94) que le didacticien ne peut pas prétendre avoir acquis. Nous nous sommes évertuée à ne retenir que les éléments utiles dans la perspective de notre recherche et de la didactique des langues et des cultures.

Au terme de l’analyse des données recueillies grâce à ces entrevues de groupes, nous avons conçu deux questionnaires. L’un a été soumis aux élèves français ou francophones, l’autre aux élèves internationaux. Nous détaillons ci-dessous la manière dont nous avons élaboré, organisé et analysé ces questionnaires.

2.2. Questionnaires

La population étudiée étant réduite, nous nous somme attachée à réaliser une analyse qualitative plutôt que quantitative.

Nous avons tenté de répondre aux questions suivantes.

-  Existe-t-il un profil type d’individus à l’École des Ponts ParisTech parmi les élèves de la 1ère année ? Parmi les élèves internationaux de 2ième et 3ième année de l’École ?
-  Existe-t-il des références familières communes aux élèves du concours commun de l’École que les étudiants internationaux doivent connaître s’ils veulent communiquer facilement avec eux ?

Échantillon

Le premier échantillon est constitué de 105 élèves de 1ière année de l’École des Ponts ParisTech. Il a été possible de remettre 93 questionnaires et d’en obtenir 83 complétés. Plus des deux tiers de la promotion a donc répondu. Pour l’échantillon d’étudiants non francophones, nous avons retenu la promotion d’étudiants de la 2ème et 3ème année de la formation d’ingénieurs de l’École : 120 personnes au total. Il a été possible de remettre 120 questionnaires et d’en obtenir 63 complétés. La moitié de la promotion a donc répondu.

Organisation des questionnaires

Le questionnaire soumis aux élèves français ou francophones est composé de questions fermées à choix multiples car nous souhaitions tester nos questions de recherche (de Singly, 2004 : 68). Il comprend également une question ouverte, la dernière, à laquelle les étudiants ont pu répondre sous forme d’énumération. Cette question aborde le thème central de l’enquête : faciliter l’adaptation des étudiants internationaux fréquentant la formation d’ingénieurs de l’École des Ponts ParisTech.

Les questions fermées, treize au total, abordent les thèmes suivants : la presse écrite, les sujets de discussions, l’histoire, la littérature et la poésie, la chanson, le cinéma et les personnages de fiction et de bande dessinée. Chacune de ces questions propose une série assez longue de modalités, douze en moyenne (cf. annexe pour des exemples de questions fermées). On sait que le fait de mettre en place des réponses multiples "augmente les chances d’obtenir des réponses plus personnelles" (de Singly, 2004 : 74). Chaque question possède, d’une part, une modalité "autre", et d’autre part, une modalité "sans opinion".

La majorité des questions porte sur l’opinion des étudiants et leurs références personnelles. Cela permet d’observer s’il existe réellement un fonds commun entre les individus et s’il est possible d’établir un ou des profil(s). Cependant, certaines questions s’intéressent davantage :

-  à ce que doit connaître, d’après les répondants, un élève en formation au diplôme ou un stagiaire ;
-  aux habitudes, aux références personnelles ou aux références communes des élèves francophones de l’École des Ponts ParisTech.

Le questionnaire soumis aux élèves non francophones, quant à lui, est composé de treize questions ouvertes comprenant 19 thèmes. Ce questionnaire aborde également des thèmes tels que la presse écrite, les sujets de discussion, l’histoire, la littérature, la poésie, la chanson, le cinéma, etc. Il traite également des raisons pour lesquelles les étudiants internationaux ont réalisé une mobilité, des contacts qu’ils entretiennent avec les élèves français ou francophones, des difficultés rencontrées, des conseils qu’ils formulent pour les futurs étudiants internationaux. Le questionnaire a pour objectif de comprendre, grâce à des questions portant majoritairement sur l’opinion et le vécu des étudiants internationaux, d’où viennent de manière précise les problèmes d’adaptation que ressentent les élèves non francophones et de voir si leur méconnaissance des références familières des élèves français ou francophones joue un rôle prépondérant.

Méthode d’analyse des questions fermées

L’analyse s’est déroulée en trois phases : classement du nombre de réponses aux modalités par ordre décroissant, analyse linéaire associée à une analyse thématique, analyse combinée. Ce choix dans l’organisation de l’analyse est motivé par : la quantité importante de modalités pour chaque question ; la possibilité pour chaque individu de répondre à l’aide d’une ou plusieurs modalités.

Classement des modalités par "taux" de réponses

Nous avons tout d’abord procédé au classement du nombre de réponses aux modalités par ordre décroissant : de celles qui ont obtenu le plus de réponses à celles qui ont été le moins retenues.

À l’issue de ce premier classement, nous en avons réalisé un second : un classement par tiers, le tiers étant représenté par 27 individus sur 83. Ce classement aboutit à quatre catégories :

-  une catégorie "supérieure ou égale" à deux tiers qui regroupe les modalités significatives qui permettent de dégager une tendance générale ou un profil ;
-  une catégorie comprise entre deux tiers et un demi qui rassemble des modalités intéressantes ;
-  une catégorie "égale" à un tiers où se concentrent les modalités moins significatives ;
-  une catégorie "inférieure à un tiers" où l’on retrouve les modalités non significatives.

Nous nous sommes surtout intéressée aux modalités supérieures ou égales à deux tiers. Néanmoins, un certain nombre de modalités inférieures à deux tiers a été étudié car elles représentent un intérêt pour notre recherche.

Analyse linéaire

Nous avons réalisé une analyse linéaire pour chaque question. Puis, nous avons rassemblé les questions traitant du même thème. Grâce à cela, nous avons observé les variations, en fonction du thème qui les regroupait, en essayant, d’une part, d’aller au-delà du commentaire et, d’autre part, d’établir une relation hypothétique entre les réponses aux deux questions (de Singly, 2004 : 117). Néanmoins, pour que l’analyse soit plus fiable, il a été nécessaire de procéder à une analyse combinée.

Analyse "combinée"

Pour avoir une connaissance fine des données, nous avons procédé au croisement de différentes modalités (de Singly, 2004 : 114). Ce procédé permet, par exemple, de confirmer ou nuancer les conclusions obtenues par l’analyse linéaire ou bien de constater si le répondant a suivi ou non une certaine logique quand il a rempli le questionnaire.

En règle générale, nous n’avons gardé que trois ou quatre modalités par question. Une fois ces regroupements réalisés et la question combinée créée, nous avons réalisé plusieurs tris successifs par rapport à une modalité référente comme base de comparaison. Au total, nous avons créé, en moyenne, quatre questions combinées pour chaque thème. Étant donné que deux modalités, appartenant au thème de l’histoire, ont obtenu un fort "taux" de réponse, il n’a pas été nécessaire, dans ce cas, de réaliser de croisement de données.

La particularité du thème de la question portant sur les sujets de discussion, permettait de la croiser avec l’ensemble des autres questions. Cependant, il a finalement été décidé qu’il serait plus pertinent de ne la combiner qu’avec les questions portant sur le thème de la presse écrite. Une combinaison avec les autres thèmes n’aurait pas apporté d’éléments de réponse significatifs pour l’analyse.

Méthode d’analyse des questions ouvertes [4]

Un certain nombre d’inconvénients peuvent gêner l’exploitation d’une question ouverte. Les données utilisées peuvent être instables et incertaines puisque "la qualité des informations recueillie dépend [...] de l’enquêteur qui élimine éventuellement des indications précieuses et résume souvent la réponse" (de Singly, 2004 : 67). La diversité des réponses obtenues peut rendre l’information inexploitable ou vague pour répondre aux questionnements de l’enquêteur (de Singly, 2004 : 67).

Lors du traitement des données, nous avons procédé à une analyse linguistique puis thématique qui nous a conduit à observer quels mots étaient employés le plus souvent et à voir si cela apportait des éléments de réponse à nos questions de recherche. De plus, l’analyse linguistique a permis, par la même occasion, de repérer si les répondants utilisaient des verbes d’action ou s’ils se positionnaient plutôt en retrait. Enfin, l’analyse thématique a aidé à connaître la place de certains thèmes (ou représentations) dans le discours et à voir si ceux-ci étaient liés entre eux. Cette analyse thématique avait également pour objectif de définir si les réponses contenaient des données originales, inattendues ou stéréotypées.

3. Synthèse des données

3.1. Le "profil" des élèves de 1ière année de l’École

L’histoire (périodes et personnages marquants actuels ou passés) et les sujets de discussion obtiennent, au total, le plus grand nombre de réponses. Néanmoins, ces deux thèmes n’ont pas de liens entre eux à l’exception des sujets de discussion traitant de l’actualité. Les personnages de fiction / la BD, les références littéraires et la presse écrite sont ensuite les thèmes les mieux représentés. Seuls les thèmes du cinéma et de la chanson sont plus isolés même s’ils obtiennent l’adhésion de la moitié des répondants.

L’analyse de l’ensemble de ces données rend possible la détermination de ce qui est commun à une grande majorité d’élèves français ou francophones en général et ce qui est commun et propre aux élèves de concours commun de l’École des Ponts ParisTech.

Synthèse des résultats (élèves français ou francophones).

Ce qui pourrait être commun en général aux élèves français ou francophones

Thèmes de discussion

Actualité du moment

Histoire (période, personnages marquants)

Révolution française

Seconde guerre mondiale

Charles de Gaulle

Les Lumières

Napoléon 1er

Références littéraires

Fables de la Fontaine

Œuvres de Victor Hugo

Œuvres d’Émile Zola

Œuvres de Voltaire

Bandes dessinées

Les aventures de Tintin

Les aventures d’Astérix et Obélix

Ce qui semble être propre / commun aux 832 élèves de concours commun de l’École ayant répondu

Thèmes de discussion

Événements de l’École

Projets scolaires et les cours

Soirées internes et externes de l’École des Ponts ParisTech

Chansons

Le Bréviaire du bureau des élèves

Cinéma (films et stars)

Film : La cité de la peur

Alain Chabat et Les nuls

Gad Elmaleh

Presse écrite

Une ou gros titres

Politique internationale

Étant donné la modicité de l’échantillon, il est certain que cette liste n’est pas exhaustive. Deux propositions de cette liste, entre autres, posent problème. Dans la partie histoire pour la colonne de gauche, il est fait mention de personnalités des Lumières. Cette référence aurait éventuellement une place légitime dans les références propres aux élèves de l’École des Ponts ParisTech plutôt que dans les références communes en général aux élèves français ou francophones. Il est possible de faire la même remarque concernant la colonne de droite, pour le thème du cinéma. L’humoriste Gad Elmaleh pourrait très bien se trouver dans la colonne de gauche puisque cet artiste connaît un grand succès depuis 2005. Nous pouvons poser l’hypothèse que son nom est apparu dans les résultats de l’enquête suite à un effet de mode et par conséquent, y faire référence dans une conversation ne serait pas uniquement propre aux élèves de l’École des Ponts ParisTech.

3.2. Le "profil" des étudiants internationaux

En ce qui concerne les élèves internationaux, les thèmes des sujets de discussion, des "références culturelles françaises" de ces élèves et des chansons ont le même "taux" de réponse. Néanmoins, c’est le thème des sujets de discussion qui obtient, au total, le plus grand nombre de réponses. Le thème de la mobilité, des chocs culturels ou difficultés sont ensuite les mieux représentés. La liste se termine par les conseils et les contacts : ils sont plus isolés que les autres thèmes. Ils obtiennent cependant l’adhésion de la moitié des répondants.

L’analyse de ces éléments nous permet d’établir ce qui est commun à une majorité d’élèves internationaux de 2ème et 3ème année de l’École, en général et ce qui est / était commun et propre aux répondants du questionnaire. Ces éléments sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Synthèse des résultats (élèves non francophones).

Ce qui pourrait être commun aux élèves non francophones

Chocs culturels/difficultés

Vitesse du débit des élèves français ou francophones de l’École et eur utilisation de la langue familière

Mobilité

Réalisation d’une mobilité pour connaître un pays différent et des personnes de différentes nationalités :

Prédispositions personnelles pour réaliser une mobilité

"Références culturelles françaises" des étudiants internationaux

Connaissances littéraires de quelques œuvres littéraires (plutôt classiques)

Connaissances de quelques titres de chansons

Connaissances de quelques titres de films

Connaissances de quelques titres de BD (principalement Les aventures de Tintin et Les aventures d’Astérix et d’Obélix

Ce qui est propre aux 63 répondants internationaux

Chocs culturels/difficultés

Étonnement face aux comportements des élèves français ou francophones

Mobilité

Maintien des mêmes objectifs si le séjour continue l’année suivante

Réalisation des objectifs fixés au début de la mobilité

Sujets de discussion

Cours, projets scientifiques et techniques

Événements de l’École

Absence de discussion traitant de la poésie, de la littérature, de la BD, etc.

Méconnaissance des éléments culturels mentionnés par les élèves français ou francophones de l’École

"Références culturelles françaises" des étudiants internationaux

Lecture régulière de quotidiens

Chanson

Possibilité de se trouver dans une situation où les élèves français ou francophones chantaient (probablement des chansons "internes")

Intérêt pour découvrir ces chansons

Tentative d’apprendre ces chansons

Contacts

Peu de contacts avec les élèves français ou francophones de l’École

Conseils formulés

Apprentissage du français pour profiter pleinement du séjour

Nous pouvons ajouter que l’étudiant international a choisi l’École (et de réaliser une mobilité) pour des raisons bien précises, qu’il trouve les élèves français un peu bizarres et qu’il fait des efforts pour s’intégrer puis se résigne.

Le fait que nous ne possédions que les réponses de ceux qui ont bien voulu participer ne permet pas de proposer une liste exhaustive. Nous pouvons cependant imaginer que ceux qui ont répondu ont pu être ceux pour lesquels donner son avis était important.

Une proposition pose problème. Dans la partie "chansons" de la colonne concernant les 63 répondants, il est mentionné que les élèves ont tenté d’apprendre les chansons chantées par les étudiants français ou francophones et souhaiteraient les découvrir. Or, nous n’avons pas pu déterminer si cet intérêt portait sur les chansons "internes" ou les chansons françaises ou francophones en général. Nous ne pouvons que faire la supposition qu’il s’agit à la fois de chansons du Bréviaire [5] et de chansons célèbres connues des élèves français ou francophones (ex. : Bob Morane d’Indochine).

Conclusion : les apports et les limites des enquêtes

Ces analyses ont révélé l’importance qu’il y a à pour le formateur rester informé des tendances littéraires, musicales, cinématographiques, etc. du moment.

Il faut cependant reconnaître que notre questionnaire ne peut fournir de données pérennes. Ces références thématiques à transmettre sont à la fois diverses et changeantes. D’autres enquêtes, plus approfondies, seraient nécessaires pour avoir plus de certitudes.

Malgré ces limites, il semble que le module pédagogique, que nous avons conçu, puisse réellement aider les étudiants internationaux dans leur phase d’adaptation au nouvel environnement. Nous connaissons désormais les principales difficultés rencontrées par les répondants étrangers et avons observé que celles-ci sont plutôt homogènes au sein du groupe de répondants. Certaines difficultés sont clairement identifiées par les répondants eux-mêmes alors que d’autres ne semblent pas explicitées (manque de connaissances concernant des références dans les domaines du cinéma, de la chanson, etc.).

Nous avons constaté que les étudiants non francophones entretenaient peu de contacts avec les élèves français ou francophones. Il ne suffit donc pas de réunir sur un même campus des étudiants français ou francophones et non francophones pour garantir des échanges approfondis. Nous avons également recueilli certains besoins d’étudiants internationaux pour entrer plus facilement en contact avec les élèves français ou francophones de l’École. Former des acteurs responsables pour un monde sans frontières demande des actions de formation spécifiques. Nous avons amorcé cela grâce à un module pédagogique (voir Salengros, 2010).

Il est cependant difficile d’observer si les étudiants internationaux possèdent effectivement, à la fin d’une année de formation à l’École, des références culturelles ou familières communes à celles des étudiants français ou francophones. L’analyse des enquêtes a révélé que s’il y en avait, elles trouvaient principalement leur origine dans les chansons (Le Bréviaire), les sujets de discussion (les cours), la BD et le "langage interne".

Références bibliographiques

Bardin, L. (2005). L’analyse de contenu. Paris : PUF 11ème édition.

Murphy-Lejeune, E. (2005). L’étudiant européen voyageur, un nouvel étranger. Paris : Didier. Coll. Credif Essais.

Salengros, I. (2010). Approche culturelle et Internet en classe de FLE : une recherche à l’École nationale des ponts et chaussées. Thèse de doctorat en cours. Soutenance prévue en 2010.

Singly, F. de (2004). L’enquête et ses méthodes : le questionnaire. Paris : Nathan.

Vion, R. (1992). La communication verbale. Analyse des interactions. Paris : Hachette Supérieur.

Pour citer cet article :

Salengros--Iguenane, I. (2010). "Français, francophones et non francophones dans une Grande École : convergences et divergences". 38ème congrès de l’Uplegess "Enseignement des langues et cultures : comment former des acteurs responsables pour un monde sans frontières ?".

Annexe

Questionnaire pour les élèves français ou francophones (extrait)

1. Les quotidiens que vous lisez le plus sont : (cochez la case correspondante / plusieurs réponses sont possibles)

Libération

Le Monde

20 minutes / Métro

Le Figaro

Les Échos

La Tribune

L’Équipe

Autre (précisez) : ....

Sans opinion

2. La ou les rubrique(s) que vous lisez le plus : (cochez la case correspondante / plusieurs réponses sont possibles)

Le sport

L’actualité

La politique internationale

La politique intérieure

L’économie

Les spectacles, le cinéma et le théâtre

La une / les gros titres

Autre (précisez) :

Sans opinion

3. En général, entre élèves, vous parlez : (cochez la case correspondante / plusieurs réponses sont possibles)

Des projets scolaires / des cours

De l’actualité sportive

Des soirées internes / externes

De l’actualité politique

Des événements de l’École

De cinéma, musique, etc.

De l’actualité du moment (CPE,

Du concours, de la prépa

Violences urbaines, etc.)

Des séries TV

Autre (précisez) : ............

Sans opinion

Guide d’entretien pour les étudiants non francophones (extrait)

1.
-  Quelles sont les principales raisons pour lesquelles vous avez choisi de participer à un programme d’échange ?
-   Dans quelle mesure avez-vous réalisé vos objectifs ?
-   Si votre séjour se poursuit l’an prochain, allez-vous modifier les objectifs que vous vous étiez fixés ?

2. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou choqué à l’École des Ponts ? Ex. : attitude des élèves français, gestes des élèves, etc.

3.
-  Quels types de contacts avez-vous avec les élèves français de l’École ? Quelle est la fréquence de ces contacts ? Ex. : invitation à dîner, sorties, soirées avec les élèves.
-   Prenez-vous part à des activités de l’École ? Ex. : clubs ou autres

4. De quoi parlez-vous, en général, avec les élèves français ? Ex. : des cours, de l’actualité du moment, etc.

[1] Un guide d’entretien pour les entrevues de groupes réalisées auprès des élèves français ou francophones, un autre pour les entrevues de groupes réalisées avec les élèves non francophones.

[2] Voir annexe pour un exemple de guide d’entretien (extrait).

[3] L. Bardin, quant à elle, évoque de multiples manières de réaliser un entretien.

[4] Le questionnaire soumis aux élèves français ou francophones comprend une question ouverte. Quant à celui proposé aux élèves non francophones, il est composé uniquement de questions ouvertes.

[5] Chansonnier du Bureau des élèves (BDE) de l’École.