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Congrès "Sprachliches Wissen zwischen Lexikon und Grammatik" (Savoir linguistique entre lexique et grammaire) - 46. Jahrestagung des Instituts für Deutsche Sprache (IDS)

Notes d’Eva Schaeffer-Lacroix
 

Du 9 au 11 mars 2010 s’est déroulé le congrès annuel de l’IDS (Institut für Deutsche Sprache), un institut qui se destine à des recherches et des développements dans le domaine de la langue allemande, en mettant l’accent sur le savoir grammatical, la lexicologie, la pragmatique et la linguistique de corpus. Cet institut gère le plus grand ensemble de corpus en langue allemande du monde, et il propose Cosmas II (Corpus Search, Management and Analysis System), une puissante collection d’outils d’interrogation, de gestion et d’analyse de ce corpus. Le 12 mars, un atelier d’introduction à l’utilisation de COSMAS II a été proposé aux participants inscrits.

1. Présentation de l’évènement

J’ai eu l’occasion d’assister à la dernière journée du congrès, le 11 mars, et de participer à l’atelier Cosmas II le 12 mars. Les exposés que j’ai écoutés ont tous été proposés par des professeurs d’université travaillant soit en Allemagne, soit en Suisse allemande. Ils ont tous traité du terme de Konstruktion (construction). Ce terme décrit des phénomènes linguistiques qui résistent à une simple classification dans la catégorie du lexique, domaine de "l’idiosyncrasie", et dans celle de la grammaire, domaine des "règles". Lewandowski (1990) définit ce terme comme suit.

Eine grammatische Konstruktion ist in der Sprachwissenschaft eine sprachliche Fügung, die auf den Prinzipien der Morphologie und der Syntax der jeweiligen Sprache basiert und aus Morphemen, Wörtern, Phrasen oder Sätzen zusammengesetzt sein kann und dabei eine bestimmte Funktion zum Ausdruck bringt

(En sciences du langage, une construction grammaticale est une combinaison entre unités linguistiques qui repose sur les principes de la morphologie et de la syntaxe de la langue concernée et qui peut se composer de morphèmes, mots, phrasèmes ou phrases et qui a, sous cette forme, une fonction déterminée) (ma traduction).

Fischer et Stefanowitsch (2006) expliquent plus en détails les objets possibles de recherche dans le domaine de la grammaire des constructions. Je rapprocherai ce domaine linguistique du domaine des formules, collocations, chunks ou blocs lexicalisés (Schaeffer-Lacroix, 2009 : 59-67).

Deux des conférences ont été dédiées à l’acquisition des langues. Les trois autres ont été réservées aux présentations d’ordre plus théorique. Tibor Kiss de l’université de Bochum a présenté un exposé ayant comme titre "Interpretationsspektren und Produktivitätsprofile von Präposition-Substantiv-Kombinationen" (Spectres d’interprétation et profils de productivité de combinaisons entre prépositions et substantifs). Les deux intervenants de l’après-midi ont défendu des positions contraires concernant le rôle des constructions, comme l’illustrent les titres de leurs exposés : "Keine Grammatik ohne Konstruktionen" (Pas de grammaire sans constructions), un exposé d’Anatol Stefanowitsch, université de Bermen, et "Regeln oder Konstruktionen ? Verblose Direktive und mehr" (Règles ou constructions ? Injonctions sans verbe et autres choses), présenté par Gereon Müller de l’université de Leipzig. Dans ce qui suit, je résumerai les deux interventions concernant l’acquisition des langues.

2. Les conférences

Exposé de Heike Behrens, université de Bâle : "Die Grenzen des lexikalischen Wissens Konstruktionsprozesse im Spracherwerb" (Frontières du savoir lexical. Processus de construction dans l’acquisition des langues).

Heike Behrens a étudié, entre autres, la question suivante : le savoir lexical influence-t-il la création de constructions, ou bien, les constructions sont-elles à l’origine de la création de savoirs lexicaux ? La première hypothèse peut être confirmée par l’observation d’un lent processus d’abstraction de certaines caractéristiques lexicales en fonction de l’environnement linguistique que rencontre l’enfant qui apprend sa langue maternelle. La deuxième hypothèse se trouve renforcée, entre autres, par des situations lors desquelles un apprenant manifeste des signes de surprise qui sont interprétés comme l’expression de son Erwartungshorizont, donc de ce qu’il a comme attentes quand il écoute quelqu’un qui parle. Il n’émet pas d’hypothèses concernant la langue : il est engagé dans un processus de généralisation de ce qui est déjà connu. Les erreurs reflètent des règles qui existent dans la langue apprise par l’enfant.

Exposé de Rosemarie Tracy, de l’université de Mannheim : "Konstruktion und Rekonstruktion : Evidenz aus der Spracherwerbs- und der Sprachkontaktforschung" (Construction et reconstruction : savoirs issus des recherches en acquisition et en recherches sur les langues en contact).

L’exposé très clair et enrichissant de Rosemarie Tracy a précisé plusieurs types de constructions, entre autres, les formules réanalysées et les variables. Elle a présenté le phénomène de concurrence entre ce qu’elle a appelé les "meilleures têtes" dans le champ central de la phrase, nommé Mittelfeld en acquisition. Ce phénomène décrit comment un verbe conjugué, occupant la deuxième place dans une proposition principale en allemand, cède sa place à des éléments utilisés à une fréquence particulièrement élevée déjà par les très jeunes apprenants en L1, comme par exemple l’adverbe auch (aussi), ou le négateur nicht (ne ... pas) pour se trouver en dernière position ou pour disparaître complètement. Rosemarie Tracy a décrit certaines relations entre forme et fonction, et elle a expliqué des phénomènes dans le domaine des langues en contact : quand elles sont apprises plus ou moins simultanément, l’une des deux langues peut "prendre la main" (voir son exemple du type allemand SOV qui est remplacé plus tard par le type SVO anglais). Rosemarie Tracy plaide pour une triple explication de certains phénomènes en acquisition : le patrimoine génétique, l’environnement linguistique et des principes cognitifs, comme, par exemple, la capacité de reconnaître des patterns.

3. Atelier d’introduction à l’utilisation de COSMAS II

La deuxième journée que j’ai passée à Mannheim m’a permise de me familiariser davantage avec COSMAS II (Corpus Search, Management and Analysis System). Dans une ambiance très internationale, j’ai appris les dernières évolutions de cet ensemble d’outils. Une version taggée de DeReKo (Deutsches ReferenzKorpus) est en cours dont une partie sera prochainement disponible aux utilisateurs externes. Il s’agira d’une offre très complète qui permettra à l’utilisateur de choisir entre plusieurs types de taggers et de les combiner entre eux. Les critères d’annotation peuvent également être sélectionnés et combinés entre eux. J’ai découvert que COSMAS II gère maintenant des corpus représentant la "populärwissenschaftliche Literatur" (presse de boulevard, presse féminine, etc.), un genre textuel qui peut être intéressant pour un travail avec des apprenants de niveau peu avancé à intermédiaire. J’ai découvert des fonctionnalités qui m’ouvrent des perspectives très riches de création d’activités d’apprentissage. J’ai pu discuter avec Helge Krause, l’ingénieur en informatique qui est responsable de l’interface de COSMAS II, et avec le lexicologue Ulrich Schnörch qui s’occupe du dictionnaire elexico que l’on peut interroger à l’aide de COSMAS II.

J’ai quitté Mannheim la tête remplie d’idées pour mes recherches futures. J’espère que les relations que j’ai pu nouer - par exemple celle avec la lexicologue Marie Vachková de l’université de Prague - auront une suite sous forme de projets communs.

4. Références

Fischer, K. & Stefanowitsch, A. (2006). "Konstruktionsgrammatik : Ein Überblick" (Grammaire des constructions : aperçu général). In Fischer, K. & Stefanowitsch, A. (dir.). Konstruktionsgrammatik : Von der Anwendung zur Theorie (Grammaire des constructions : de l’applicaton à la théorie). Tübingen : Stauffenburg. 17 pages. Disponible en ligne.

Lewandowski, T. (1990). Linguistisches Wörterbuch. Vol. 2. Heidelberg et. Wiesbaden : Quelle & Meyer.

Schaeffer-Lacroix, E. (2009). Corpus numériques et productions écrites en langue étrangère. Une recherche avec des apprenants d’allemand. Thèse de doctorat, université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Disponible en ligne sur TEL.