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Didactique des langues et linguistique - Résumé de Lidia Lebas-Fraczak

 
Description "communicative" des déterminants français en vue de la didactisation

Description "communicative" des déterminants français en vue de la didactisation

Lidia Lebas-Fraczak, université de Clermont-Ferrand II, LRL

La maîtrise de l’emploi des déterminants, et notamment des articles, constitue un des objectifs les plus difficiles de l’enseignement-apprentissage du FLE. Cette difficulté se confirme, entre autres, par le fait que les locuteurs non natifs ayant atteint une très bonne compétence générale en français, y compris les étudiants spécialistes avancés et même des enseignants de FLE, continuent à produire des séquences "article + nom" inadaptées. On observe en particulier le suremploi de l’article défini, au détriment de l’article indéfini, ainsi que des difficultés concernant l’emploi de l’article partitif. L’une des causes du problème réside dans les descriptions grammaticales de référence et dans la vision de la langue qu’elles sous-tendent. La vision que la plupart d’entre elles partagent (et propagent) est que la langue sert à décrire la réalité, ce qui entraîne que les différents éléments langagiers doivent être envisagés comme reflétant des caractéristiques de choses et de faits réels. Ainsi, par exemple, l’article défini est censé indiquer le fait que la chose ou la personne concernée est "connue" (de l’interlocuteur) et/ou "unique", et l’article partitif qu’il s’agit "d’une certaine quantité d’une matière". La persistance des définitions "réalistes" peut étonner vu qu’elles sont contredites par de nombreux emplois. En effet, on peut référer avec l’article défini à quelque chose ou à quelqu’un de non connu de l’interlocuteur (ex. Je garde le chat de ma belle-mère en pension chez moi) et, inversement, l’article indéfini peut très bien s’employer pour parler d’un référent "connu" (ex. C’est un chat heureux). Une expression comme le chat de ma belle-mère ne garantit pas non plus que la belle-mère n’ait qu’un seul chat, tout comme un chat de X ne garantit pas que X possède plusieurs chats. De même, il est très délicat d’appliquer une description en termes de quantité (partielle) à des exemples avec l’article partitif comme Vous avez de la visite ou Ça, c’est de la coiffure Les auteurs des grammaires ont tendance à éviter ce type d’exemples (en privilégiant, pour le partitif par exemple, les expressions qui renvoient à ce qu’on peut boire ou manger : du vin, de l’eau, du pain, de la confiture...), et ceux qui tentent d’élargir leur panoplie d’exemples ont tendance à multiplier les valeurs et les critères, en rendant la description hétérogène et non distinctive, c’est-à-dire ne permettant pas de vraiment différencier les fonctions des articles. Ainsi, par exemple, préciser qu’un référent qui n’est pas connu le devient grâce à l’élément qui suit, comme dans le chat de ma belle-mère, ne suffit pas pour différencier les articles défini et indéfini, puisque l’on peut dire également un chat de ma belle-mère, de mon voisinage, etc.

Afin de sortir de cette impasse, nous proposons de faire entrer dans la didactique des déterminants (et du FLE en général) une conception constructiviste et réellement communicative de la langue. Une telle conception consiste à considérer que les éléments langagiers ne servent pas à véhiculer du sens pour décrire la réalité, mais à construire du sens. Cette construction implique, d’une part, l’interaction entre les locuteurs, car elle n’est pas le fait du seul locuteur mais également de l’interlocuteur, dont la nécessaire prise en compte influe sur le choix des formes lors de la production d’énoncés, les formes elles-mêmes étant déterminées par les fonctions communicatives. La construction du sens implique, d’autre part, l’interaction entre les différents éléments langagiers dans le discours, avec la participation de facteurs non-verbaux, car un élément n’est jamais à lui seul responsable d’un sens ; il ne fait que contribuer à un sens. L’analyste se doit donc d’aborder les éléments langagiers dans leurs relations avec d’autres "participants" à la communication, au sein des "formes globales" que sont les énonciations authentiques et contextualisées. C’est de cette façon que nous abordons les déterminants français, en espérant que l’approche proposée répond favorablement aux exigences didactiques.

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Le texte correspondant à ce résumé a été publié dans les Cahiers de l’Acedle.