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Montpellier - 1 - 2 octobre 2003

Compte-rendu du colloque "Campus numériques et universités numériques en région"

 
Texte de présentation du colloque
Des changements ministériels
Evaluation de la politique "campus numériques"
Etude comparative des neuf universités numériques en région
Interventions de Corinne Hermant de la commission européenne
La recherche sur les usages de la FAD en milieu universitaire
Normes et standards pédagogiques
Une expérience québécoise
Un projet de l’université de Picardie
Un outil d’aide à la scénarisation pour l’ingénierie de formation
Quelques remarques générales

Texte de présentation du colloque


Voici un extrait d’un texte de présentation du colloque (voir http://www.poluniv-mpl.fr/telechargez/uomlr_livret.pdf ou http://colloque-uo-mlr.univ-montp2.fr/index.htm, on trouve plusieurs sessions du colloque sur le site de Canal U : http://www.canal-u.education.fr/).
"L’usage des TICE dans l’enseignement supérieur s’est régulièrement développé pendant toute la période qui a suivi la naissance des contrats quadriennaux entre le ministère en charge de l’enseignement supérieur et les établissements.
D’abord orienté vers les équipements (réseaux, salles de terminaux...), il a progressivement évolué vers les services. L’avènement puis la banalisation de l’Internet ont peu à peu permis que, parmi ces services numériques, la Formation Ouverte et à Distance se substitue peu à peu au télé-enseignement qui avait été antérieurement développé dans certaines universités, parfois avec la collaboration du CNED. Le colloque qui vous est proposé sera la première occasion de rencontre entre les acteurs du mouvement thématique initié par le ministère et ceux des établissements ainsi que leurs partenaires régionaux qui se sont regroupés selon une autre logique pour la mutualisation du développement de l’usage des TICE. Il se situe donc au carrefour de plusieurs évolutions importantes, concrétisées par l’opération "universités numériques en région" annoncée par le gouvernement le 13 décembre 2002 : - le développement de la formation ouverte et à distance, notamment via les campus numériques ;
-  le développement et le déploiement des environnements numériques de travail lancés lors de l’appel d’offres 2002 (quatre projets en cours de développement) ;
-  l’accès de tous les étudiants aux services numériques proposés par les établissements ;
-  la nécessaire dimension européenne des établissements ;
-  le développement de la formation tout au long de la vie."

Des changements ministériels


Ce colloque a été l’occasion de s’informer de changements récents dans l’organisation du ministère au niveau de la sous-direction des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation, désormais dirigée par Benoît Sillard. A noter également que Philippe Perrey, en charge de l’enseignement supérieur dans cette structure depuis quelque temps (il y avait succédé à Françoise Thibault) a fait à Montpellier sa dernière apparition dans ces fonctions. Son départ vers de nouvelles tâches a été rendu officiel à l’occasion du colloque. On note donc de notables changements dans l’organisation ministérielle.

Evaluation de la politique "campus numériques"


Après l’ouverture officielle du colloque, la première conférence plénière était consacrée à l’étude qui a été commandée aux sociétés Ernst & Young et Ipsos : évaluation de la politique "campus numériques" menée depuis 2000. Trois catégories d’interlocuteurs ont été interrogées : les apprenants, les acteurs dans les établissements et les acteurs extérieurs. J’ai remarqué que l’enquête faisait apparaître un tutorat assuré à 85% par des enseignants-chercheurs dans les campus numériques. A noter également que les dispositifs offrent une moyenne de 29% de présentiel. A première vue le bilan présenté met en valeur de nombreux éléments positifs ; indéniablement un mouvement semble amorcé dans le milieu universitaire français en matière de rénovation pédagogique appuyée sur des dispositifs impliquant partiellement au moins de la formation à distance. C’est là un sentiment général qui peut être retiré de la participation à ce colloque. En écoutant certaines questions posées par l’auditoire et les réponses pas toujours très fouillées de l’orateur on peut néanmoins penser que l’étude a surtout été conduite à un niveau quantitatif. L’analyse qualitative reste à faire et demanderait certainement une approche plus universitaire que celle que peuvent faire des sociétés comme celles qui ont été sollicitées ici. J’ai appris avec intérêt qu’au moins une personne ayant accès aux données et faisant des recherches en sciences de l’éducation sur les usages des TIC dans l’éducation nationale avait le projet de reprendre les données très riches recueillies pour en tirer une étude académique. Le résultat en sera attendu avec intérêt par la communauté.

Etude comparative des neuf universités numériques en région


La seconde séance plénière de la matinée d’ouverture était consacrée à l’étude comparative des neuf universités numériques en région officiellement constituées, étude réalisée par Gemme, Groupement pour l’Enseignement supérieur sur Mesure Médiatisé, groupement d’intérêt scientifique existant depuis 1995. L’étude a été réalisée par Maryse Quéré, figure phare du domaine depuis les années 1970. On retrouve donc dans cette étude le GRECO (campus ouvert de l’académie de Grenoble - http://greco.grenet.fr/index.htm), ACO (Aquitaine Campus Ouvert), TOCO (Toulouse), ANCOLY (ANimation du Campus Ouvert de LYon), LUNO (Lorraine Université Ouverte), le CNB (Campus Numérique de Bretagne), l’Université Numérique de Strasbourg (UNS), l’Université Virtuelle des Pays de la Loire (UVPL) et l’Université Ouverte Montpellier Languedoc Roussillon (UO-MLR). Une plaquette était distribuée aux participants. On remarque que les intitulés présentent quelques variations autour de thèmes récurrents. Beaucoup d’ouverture mais il restera à voir dans le détail s’il y a ouverture ailleurs que dans le temps et l’espace (dans le sens de base de travail à distance c’est-à-dire non effectué en présentiel). Un seul intitulé contenant le terme "virtuel" qui a été écarté dans les textes ministériels au profit de "numérique", le terme actuellement le plus neutre et le plus usité dans le domaine, qu’il s’agisse de campus numériques ou de ressources numériques. Absence à relever des universités du Nord de la France, du Sud-Est et de la région parisienne, grande absente de bien des développements récents. Dans sept des neufs projets on relève la participation des IUFM. Un regard aux objectifs affichés par les différents projets fait apparaître des thématiques récurrentes comme la mutualisation, la coordination, l’amélioration (nouvelles pédagogies pour améliorer la réussite des étudiants), l’innovation. Une mention de la recherche en ingénierie. Les formulations restent assez classiques et relativement peu précises dans l’ensemble. La recherche qui devrait normalement accompagner l’innovation ou le déploiement de la FAD est, logiquement, peu mentionnée dans les axes concernés par cette étude, ce n’était pas le lieu. Faut-il craindre ou supposer qu’elle ne sera pas toujours aussi fortement encouragée qu’elle devrait l’être, maintenant le milieu universitaire assez déconnecté de la recherche en didactique ou en sciences de l’éducation là où elle devrait le concerner directement puisqu’il s’agit de pédagogie universitaire ? L’avenir le dira. Parmi les inflexions récentes on note l’ouverture internationale dans plusieurs cas. La lecture des monographies qui forment la seconde partie du document donne, d’abord, une impression positive, on perçoit un indéniable dynamisme, des actions se mettent en place, des coopérations s’établissent. Un projet mentionne une meilleure réussite des étudiants distants grâce à l’accompagnement qui leur a été fourni. Par ailleurs on ne peut que remarquer le caractère embryonnaire ou fragile de certains projets : peu de personnels titulaires, beaucoup de bénévolat, des projets appuyés sur des retraités bénévoles, risque mentionné de cantonner la FAD au public de formation continue. On n’a pas encore atteint le stade de la maturité et de la pleine intégration dans les pratiques et les structures universitaires. Ici encore seul l’avenir dira ce qui sortira de ces projets. On peut toutefois insister encore sur le sentiment de dynamisme indéniable qui se dégageait de bien des communications et des échanges plus informels que permettait le colloque à ses participants.

Interventions de Corinne Hermant de la commission européenne


C. Hermant est intervenue à l’occasion de deux séances plénières pour présenter les résultats d’une enquête sur les universités virtuelles et à propos de l’initiative européenne e-learning
La Communauté européenne a commandé à une société danoise une étude sur l’intégration des TIC dans les universités des états membres. A partir d’interviews téléphoniques de responsables ministériels, de chefs d’établissements et de visites d’universités, des modèles d’universités numériques ont été dégagés qui permettent de comparer les stratégies politiques et leurs résultats concrets dans les différents pays de la communauté.
La Commission initie, par ailleurs, un nouveau programme intitulé "e-Learning pour les années 2004 - 2006". Deux appels à projets sont prévus dont un portant sur le soutien aux activités existantes de e-learning, doté de près de 10 M €.
Les exposés de C. Hermant ont souligné la difficulté et le coût de l’intégration des dimensions virtuelles. Le tutorat coûte cher a-t-il été judicieusement rappelé à l’auditoire. Comme précédemment, on constate dans les productions un manque d’interactivité pédagogique et des présentations trop uniquement textuelles. Une enquête fait état de 61% de ressources dont la qualité est évaluée comme "correcte" ou "pauvre". La nécessité d’une approche qualité non pas en termes d’ingénierie mais en termes pédagogiques a été mise en avant. Il convient de créer une dynamique de service plutôt que de se focaliser sur les équipements.
J’ai personnellement apprécié la remarquable qualité "pédagogique" des interventions d’une personne venant d’un milieu souvent perçu comme technocratique (rien de surprenant à cela venant de C. Hermant pour ceux qui ont pu avoir l’occasion de la côtoyer dans ses activités antérieures de responsable du Cesta - Centre d’études des systèmes et des technologies avancées - par exemple). On aimerait entendre plus d’exposés de cette teneur dans des assemblées de ce type où l’équipement et les aspects purement organisationnels l’emportent, en effet, parfois sur les préoccupations pédagogiques et les apports aux apprenants.

La recherche sur les usages de la FAD en milieu universitaire


Une intervention de Françoise Thibault, figure marquante du domaine depuis plus d’une dizaine d’années, revenait sur cet aspect. Après avoir dirigé, de 1998 à 2001, le service responsable du développement des TIC dans l’enseignement supérieur, comme je le mentionnais plus haut, F. Thibault s’est vu confier, depuis septembre 2001, une mission pour le développement de la recherche sur les TIC dans l’éducation par le directeur de la technologie. On mentionnera à ce propos le groupe e-pathie (groupe pour la recherche sur les usages des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement supérieur - http://www.e-pathie.com/groupe.htm) et le projet Tematice (base de données sur les TICe et leurs usages) plus directement concerné par la communication (voir http://tematice.fr.st/ - à noter le colloque qui a eu lieu au ministère de la recherche en novembre 2003 pour le lancement officiel de certaines des actions de Tematice). L’intervention a insisté sur la regrettable perméabilité des frontières entre recherche et action. Elle a mentionné la création d’une ERTE (Equipe de Recherche sur les Technologies en Education) sur les campus numériques. La présentation du projet Tematice a été l’occasion de citer la collaboration avec la revue en ligne Alsic (Apprentissage des Langues et Systèmes d’Information et de Communication, http://alsic.org). Alsic est actuellement un point d’appui fort du ministère pour la mise au point d’archives scientifiques ouvertes en ligne et sert de prototype pour de futures actions grâce au travail pionnier fourni par son équipe de rédaction.

Normes et standards pédagogiques


Un exposé de Monique Grandbastien (Loria de Nancy) reprenait ces travaux d’actualité au niveau international. L’exposé revenait sur les discussions et les travaux liés au LOMs (Learning Object Metadata) et à la standardisation internationale, en relevant l’absence de l’Europe dans des débats qui restent dominés par les Etats-Unis et la faible présence institutionnelle dans les groupes de travail de l’Afnor sur ces sujets. Toujours la même abondance de jargon anglo-américain dans ces cercles et l’impression que la France reste bien isolée et à l’écart de mouvements qui risquent pourtant d’influencer inéluctablement les mises en œuvre de la formation à distance. Croire encore et toujours à l’exception culturelle ?

Une expérience québécoise


L’exposé de François Tavenas pouvait faire rêver. A l’université Laval à Québec, la faculté des sciences de l’administration propose l’environnement Ulysse (voir http://www.fsa.ulaval.ca/ulysse). Les étudiants travaillent dans une université équipée de prises Internet dans tous ses espaces (salles de cours, espaces communs...) entraînant une présence accrue des étudiants dans les locaux et une dynamisation de nombre d’activités.

Un projet de l’université de Picardie


Moins gigantesque mais pédagogiquement intéressant à plusieurs niveaux. L’université de Picardie Jules Verne a huit formations en ligne. J’ai relevé dans l’exposé de Gérard-Michel Cochard l’importance accordée au tutorat considéré comme la pièce maîtresse du dispositif et qui a un poids important dans son coût. La gestion des dysfonctionnements est mise en avant. Tout message envoyé doit recevoir une réponse dans les 48 heures. Un rôle nouveau, celui d’animateur coordinateur s’est dégagé. Sa mission est de faire circuler l’information et de gérer les espaces d’information, information générale ou information ponctuelle.

Un outil d’aide à la scénarisation pour l’ingénierie de formation


Arnaud Galisson présentait au nom du Caifod, cellule d’accompagnement à l’ingénierie de la formation ouverte et à distance (voir http://ip.enst.fr/caifod/index.htm) l’outil OASIF qui veut aider à se poser les questions pédagogiques en termes d’ingénierie de l’organisation du dispositif. Il ne s’agit pas de scénariser des documents mais le dispositif de formation lui-même. Une structure en quatre couches est proposée : la formation, le module, la séquence, l’activité pédagogique. Le logiciel est distribué gratuitement.

Quelques remarques générales


J’ai relevé l’importance prise par les pratiques de l’ingénierie documentaire à plusieurs niveaux. C’est là que se trouve l’expertise nécessaire à l’archivage efficace des ressources en ligne. De plus en plus de projets de formation à distance se tournent vers une collaboration avec ce secteur. Il est intéressant de relever, à un autre niveau, une évolution similaire à l’importance prise par les documentalistes dans bien des établissements pour la mise en œuvre de projets appuyés sur des recherches sur Internet. La méthodologie documentaire devient un point d’appui indispensable à l’utilisation des TIC pour la formation.
Egalement à relever la prégnance toujours très forte de l’approche par le cours magistral en milieu universitaire. Monter un campus numérique, faire de la formation à distance semble souvent revenir à "mettre en ligne" un cours magistral. On se borne souvent à reproduire de l’existant dans un premier temps. Un point à rapprocher de l’étude Competice, et de ses différents niveaux d’utilisation des outils de la distance dans des projets TICE universitaires, qui était présentée par Frédéric Haeuw d’Algora (voir http://ressources.algora.org/reperes/competences/formateur/competice.asp).