RIPES – Revue Internationale de Pédagogie de l’Enseignement Supérieur, dossier à paraître en 2027
Les discours politiques qui ont accompagné la transformation de l’université s’inscrivent dans une rhétorique se référant, aujourd’hui, au principe d’une université ouverte à tous et questionnant la faisabilité d’une justice sociale (Annoot, 2020). Interrogeant l’accompagnement indispensable à cette transformation, nous retiendrons que l’enseignement universitaire est constitué de personnes et de moyens (espaces, technologies, pédagogies, dispositifs, partenariats, etc.) dont le principe vise à « faire mieux » dans une situation donnée, en mobilisant une créativité professionnelle (Cros, 2019) et en cherchant « à améliorer substantiellement les apprentissages des étudiants en situation d’interaction et d’interactivité » (Bédard et Béchard, 2009, p. 36).
Dans cette perspective, à la suite des travaux de Françoise Cros (1997, 2019, 2022), l’innovation pédagogique ne saurait être réduite à l’introduction d’une nouveauté ou d’un outil : elle s’inscrit dans un processus social situé, porté par des acteurs et des valeurs de changement, traversé par des tensions, et dont la reconnaissance institutionnelle constitue un enjeu central. Elle s’inscrit dans un processus incertain, fait des tâtonnements et de prises de risques, et interroge ainsi les dynamiques professionnelles, les formes d’engagement des acteurs et les conditions organisationnelles de sa légitimation.
Dans cette conception de l’innovation pédagogique, la professionnalisation des acteurs qui la mettent en œuvre ne peut se limiter à une formation prescriptive ou à un transfert de bonnes pratiques. Elle suppose la reconnaissance du caractère processuel de l’innovation, l’accompagnement des dynamiques collectives et la création de conditions favorables à l’engagement, à la réflexivité et à la créativité. Innover devient alors un moment fort du développement professionnel et personnel qui résulte de l’acceptation de compétences non stabilisées une fois pour toutes, mais d’une posture située susceptible d’émerger au croisement de l’expérience, des valeurs éducatives et des contextes institutionnels. Mais aussi du développement professionnel collectif qui ne peut avoir lieu sans destruction créatrice (Alter, 2010; Guérin, 2019).
L’innovation pédagogique deviendrait donc un enjeu (Endrizzi, 2011) ainsi qu’« un investissement nécessaire » (Poumay, 2014, p. 70) mais pour lequel la professionnalisation des acteurs qui la mettent en œuvre reste à questionner. C’est pourquoi, retenant le paradigme de la sociologie de l’innovation (Alter, 2010), nous faisons le choix d’interroger l’organisation universitaire comme système inscrit au sein d’un vaste mouvement lui-même en transformation. La question de l’innovation pédagogique renvoie donc aux nouvelles situations d’apprentissage et aux pratiques instrumentées qui questionnent les ingénieries (Verquin Savarieau et Papadopoulou, 2023), tout en interrogeant la professionnalisation des acteurs universitaires (Albero, 2015). Des enseignants-chercheurs aux formateurs, en passant par les coordonnateurs ou ingénieurs pédagogiques: quels dispositifs de professionnalisation sont à l’œuvre ?
Nous souhaitons, avec ce numéro, rassembler des contributions internationales portant sur les manières d’aider tous les étudiants à réussir leurs études en enseignement supérieur, y compris ceux confrontés à l’universitarisation. Les questions abordées peuvent porter sur les dispositifs de réussite étudiante, en conservant le tropisme des transformations des métiers et des nouvelles professionnalisations issues des dispositifs innovants. Face aux défis de la complexité et de la diversité des situations de formation à l’université, nous nous demandons quels dispositifs de professionnalisation des acteurs universitaires sont développés en lien avec les pratiques d’innovations pédagogiques. Par professionnalisation, nous entendons dans cet appel, les discours et les dispositifs de travail et/ou de formation proposés aux individus (Beney et Pentecouteau, 2008), notamment les modalités de mise en œuvre de la professionnalisation, selon une logique qui accorde une importance croissante aux compétences afin de s’adapter aux nouvelles normes du travail (Wittorski, 2025).
Parmi les objets de recherche qui pourraient être abordés, nous pensons, sans exhaustivité, aux thématiques suivantes :
– Processus d’innovations pédagogiques.
L’innovation pédagogique est abordée comme un processus social situé, les conditions organisationnelles, les dynamiques collectives d’innovation, l’engagement professionnel et la culture universitaire, l’évaluation et la légitimation des innovations pédagogiques etc. peuvent être présentées ;
– Dispositifs de professionnalisation.
Nous pensons aux dispositifs de formation des enseignants-chercheurs et leurs effets en termes d’innovation pédagogique. C’est aussi les rôles joués par les services universitaires d’appui ou d’accompagnement à la pédagogie, dans les transformations des pratiques. Les dispositifs de professionnalisation des ingénieurs pédagogiques et des conseillers pédagogiques peuvent aussi être étudiés, leurs modalités d’accompagnement à la réflexivité dans les démarches de conception des situations d’apprentissages ou d’enseignement innovantes etc. ;
– Transformations des métiers.
Les redéfinitions du métier d’enseignant-chercheur à l’ère de la digitalisation et des pédagogies actives, de l’intégration de l’intelligence artificielle ou de l’hybridation. Les rôles respectifs des enseignants-chercheurs, formateurs, accompagnateurs, ingénieurs pédagogiques, ingénieurs ou conseillers en formation, ou bien encore des tuteurs de l’enseignement supérieur. Les formes de reconnaissance institutionnelle du travail pédagogique, des nouvelles compétences liées aux pratiques innovantes, la professionnalisation et les tensions identitaires dans les universités contemporaines, l’universitarisation des formations sociales ou de santé. ;
– Réussite étudiante et justice sociale.
Les dispositifs d’accompagnement à la réussite des étudiants, les relations entre innovations pédagogiques et inclusion ou réduction des inégalités de réussite.
Bibliographie
– Albero, B. 2015. « Professionnaliser les enseignants-chercheurs à l’université : les effets pervers d’une bonne idée ». Distances et médiations des savoirs. N°11. http://dms.revues.org/1224.
– Alter, N. (2010). L’innovation ordinaire. Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.alter.2010.01
– Annoot, E. (2020) Un enseignement supérieur juste est-il possible ? Éducation et socialisation [En ligne], 58 | 2020, mis en ligne le 12 janvier 2021, consulté le 08 février 2023. URL : http://journals.openedition.org/edso/13442 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edso.13442
– Bédard, D., Béchard, J.P. (2009). Innover dans l’enseignement supérieur. Presses Universitaires de France
– Cros F. (1997), L’innovation en éducation et en formation, Revue française de pédagogie, n°118, p. 127-156.
– Cros, F. (2019). L’innovation en éducation : sens et signification. Carnets de recherche sur la formation. https://doi.org/10.58079/nc15
– Cros, F. (2022). Innovation en formation. Dans A. Jorro Dictionnaire des concepts de la professionnalisation, p. 251-256. De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.jorro.2022.01.0251
– Endrizzi, F (2011). Savoir enseigner dans le supérieur : un enjeu d’excellence pédagogique, Dossier d’actualité Veille et analyses, Institut français de l’éducation, 64. https://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/DA-Veille/64-septembre-2011.pdf
– Guérin, J. (2019). Former les enseignants-chercheurs à enseigner : une situation privilégiée pour penser l’université de demain. Éducation Permanente, 220-221(3), 213-222. https://doi.org/10.3917/edpe.220.0213.
– Poumay, M. (2014). Chapitre 3. L’innovation pédagogique dans le contexte de l’enseignement supérieur. Dans G. Lameul, C. Loisy, Préface de B. Charlier. La pédagogie universitaire à l’heure du numérique : Questionnement et éclairage de la recherche, p. 69-81. De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.lameul.2014.01.0069
– Verquin Savarieau, B. & Papadopoulou, M. (2023). Des ingénieries à l’ingenium de formation. Éducation Permanente, 234-235, 61-74. https://doi-org.ezproxy.normandie-univ.fr/10.3917/edpe.234.0061
– Wittorski, R. (2025). De la professionnalisation aux professionnalisations. Éducation Permanente, 245(4), 127-134. https://doi.org/10.3917/edpe.245.0127.
Pour ce numéro de RIPES, nous invitons les auteurs intéressés à envoyer leur contribution à :
Melpomeni Papadopoulou : melpomeni.papadopoulou@univ-tours.fr
Béatrice Savarieau : beatrice.savarieau@univ-rouen.fr
Hugues Pentecouteau : hugues.pentecouteau@univ-rennes2.fr
Calendrier
– Réception des articles complets : 15 octobre 2026
– Retour des évaluations aux auteurs : 15 janvier 2027
– Retour des textes modifiés par les auteurs : 15 mars 2027
Consignes aux auteurs
Les articles rédigés en français, d’une longueur maximale de 10 000 mots tout inclus, doivent respecter la feuille de style et les consignes aux auteurs de la revue RIPES présentés : https://journals.openedition.org/ripes/623