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Langues et savoirs à l’épreuve de l’internationalisation de l’enseignement supérieur : perspectives francophones et plurilingues – Date limite (résumé) : 1er juin 2026

Coordination : Léa Courtaud (Université de Tours), Chloé Faucompré (Université de Strasbourg) et Mariana Fonseca Favre (Université de Genève)

Présentée dans les discours institutionnels comme opportunité d’ouverture et de coopération, l’internationalisation de l’enseignement supérieur est souvent appréhendée à travers des critères tels que la mobilité, l’attractivité ainsi que la compétitivité (Knight 2004 ; De Wit et al. 2015). Toutefois, au-delà de ces dimensions quantitatives et stratégiques, l’internationalisation implique des transformations au sein des universités : elle pousse en effet à réinterroger les normes académiques, les modèles linguistiques, les critères de légitimité des savoirs ainsi que les conditions d’accès aux études supérieures (Musselin 2017 ; Yanaprasart 2018 ; 2020 ; Faucompré et al., 2025).

Derrière cette dynamique d’ouverture affichée, se dessinent des tensions : on peut se demander, tout d’abord, comment le processus d’internationalisation de l’enseignement supérieur et de la recherche affecte, voire reconfigure, les rapports entre langues, savoirs et pouvoirs (Grin 2013 ; Gazzola 2018, 2024) ? Et, le cas échéant, comment ces reconfigurations se manifestent-elles, se négocient-elles ou encore se contestent-elles ?

Dans les contextes universitaires francophones et multilingues, ces questions prennent une dimension particulière. L’internationalisation s’y déploie au sein d’espaces historiquement constitués, marqués par des trajectoires linguistiques, coloniales, scientifiques et institutionnelles diversifiées (Coppans 1993 ; Vergès 2018). Ces historicités multiples continuent de structurer des hiérarchies symboliques entre langues, institutions et espaces académiques. La circulation contemporaine des personnes, des idées et des productions scientifiques met ainsi au jour des asymétries persistantes, tout en ouvrant des espaces de négociation, de conflictualité, d’appropriation et de redéfinition des normes (Garcia 2011 ; Véret 2023).

Compte tenu de cette complexité, il importe de penser l’internationalisation comme un processus traversant simultanément les niveaux institutionnels, les dispositifs d’enseignement, la recherche et les expériences situées des acteurs et des actrices de l’enseignement supérieur. Par exemple, les politiques linguistiques universitaires constituent un lieu privilégié d’observation de ce processus. Elles prennent en effet corps à différents niveaux, selon des modalités à la fois explicites, se manifestant à travers l’élaboration de chartes, la structuration des programmes ou les modalités d’évaluation ; et des modalités implicites, qui traversent l’ensemble de ces niveaux, y compris institutionnels, à travers des décisions, arbitrages et pratiques qui peuvent entrer en tension avec les orientations affichées. Par ailleurs, les situations de mobilité contrainte, mises en lumière par différents travaux récents sur l’accueil universitaire des personnes exilées (Meunier et al. 2023, 2025 ; Racine et al. 2024) sont à cet égard intéressantes car elles offrent un effet de loupe sur des problématiques rencontrées par tout-e étudiant-e, amenant ainsi les institutions à interroger les conditions réelles d’accueil, la reconnaissance des parcours antérieurs, l’articulation entre formation linguistique et formation disciplinaire, ainsi que les tensions entre logiques institutionnelles à dominante gestionnaire et justice éducative (Malet & Baocun 2021 ; Mutabazi 2025). Plus largement, elles rendent visibles des mécanismes souvent invisibilisés : exigences implicites, normes académiques naturalisées, hiérarchies linguistiques et épistémiques. Or, les langues d’enseignement, de recherche ne sont pas de simples vecteurs neutres de transmission : elles participent à la configuration même des savoirs, à leur mise en forme et à leur circulation (Gajo 2006 ; 2013 ; Fonseca & Gajo 2020), tout en redéfinissant les usages légitimes et les attentes didactiques dans des contextes marqués par le plurilinguisme (Gajo 2018 ; Berthoud & Gajo 2020 ; Alais et al. 2024). Penser l’internationalisation implique donc d’interroger les rapports entre plurilinguisme, élaboration des connaissances et inégalités d’accès aux contenus académiques (Gazzola 2018, 2024 ; Castellotti et. al. 2025).

L’ouvrage envisagé propose ainsi d’explorer les processus d’internationalisation de l’enseignement supérieur et de la recherche à partir de trois niveaux d’analyse complémentaires :

1) les cadres institutionnels et contextes géopolitiques qui organisent l’internationalisation et structurent les régimes linguistiques universitaires

2) les effets sociolinguistiques et épistémiques de ces cadres sur la production, la circulation et la légitimation des savoirs

3) les expériences situées des acteur-trices : étudiant-es (Licence, Master, Doctorat), enseignant-es, chercheur-es et les rapports aux savoirs qui se construisent dans des contextes de mobilité internationale, choisie ou contrainte.

Axe 1 : Internationalisation, politiques institutionnelles, discours d’influence et positionnement académique

Ce premier axe interroge l’internationalisation comme processus institutionnel et géopolitique inscrit dans des trajectoires historiques différenciées. Il s’agit d’analyser la manière dont les politiques publiques, les stratégies universitaires et les discours d’influence structurent les espaces académiques contemporains, ainsi que leurs réceptions et appropriations à différents niveaux : macro (cadres politiques supranationaux), méso (dispositifs et institutions universitaires) et micro (expériences, pratiques, représentations des acteur-trices). Les contributions pourront notamment examiner :

• l’élaboration et l’évolution des politiques d’internationalisation dans divers contextes académiques ;

• les discours d’influence associés à la circulation des savoirs et des langues ;

• les modalités d’appropriation, de négociation ou de contestation de ces orientations depuis différents espaces académiques ;

• les implications post- et décoloniales de ces dynamiques dans l’élaboration des savoirs ;

• les effets sociolinguistiques de ces politiques en termes de normes, de variations et de rapports entre centres et marges.

Axe 2 : Francophonies, plurilinguismes, hiérarchies linguistiques et circulation des savoirs

Cet axe adopte une perspective sociolinguistique et épistémique. Il s’intéresse aux effets des régimes linguistiques sur la production, la publication et la circulation des savoirs dans des universités internationalisées. En effet, les langues structurent les conditions de visibilité scientifique, la reconnaissance académique, la circulation des concepts et leur élaboration dans les pratiques de recherche, d’enseignement et d’étude. Les tensions entre anglicisation, francophonies et répertoires plurilingues contribuent à redessiner les hiérarchies symboliques et les imaginaires associés à l’excellence, à l’universalité ou à la légitimité scientifique. Les contributions pourront notamment porter sur :

• les langues de publication et leurs effets sur la reconnaissance et la visibilité des recherches dans les circuits académiques internationalisés ;

• les normes discursives et épistémiques qui s’imposent ou se négocient dans des contextes d’internationalisation, ainsi que leurs effets de standardisation ;

• les tensions entre variation linguistique, traditions disciplinaires locales et attentes académiques internationalisées ;

• les imaginaires linguistiques et académiques liés à l’excellence, à l’universalité ou à la compétitivité scientifique ;

• les pratiques plurilingues dans la recherche et la formation et leur place dans les stratégies d’internationalisation des établissements.

Axe 3 : Trajectoires, reconnaissance des parcours et expériences situées des acteur-trices

Le troisième axe adopte une focale expérientielle centrée sur les acteurs et actrices : étudiant- es, enseignant-es et chercheur-es qui vivent et traversent les dynamiques d’internationalisation. Il s’agit d’analyser la manière dont les cadres institutionnels et les régimes linguistiques étudiés dans les deux premiers axes se traduisent dans des trajectoires concrètes, des rapports situés aux savoirs et des expériences diversifiées de la formation et de la recherche. L’internationalisation ne produit pas seulement des dispositifs et des hiérarchies : elle façonne des parcours, des formes de reconnaissance ou de marginalisation, ainsi que des manières de se projeter dans l’espace académique. Les mobilités choisies ou contraintes mettent en lumière les conditions effectives d’accès à la formation, à la recherche et aux réseaux scientifiques, ainsi que les tensions entre attentes institutionnelles et expériences vécues. Les contributions pourront notamment porter sur :

• les expériences de littéracies académiques/disciplinaires (enseignement et recherche) ;

• les trajectoires académiques des acteurs et actrices et leurs dynamiques de reconnaissance ;

• les expériences et les rapports situés aux savoirs et aux institutions ;

• les formes d’inclusion ou d’exclusion académique ;

• les dimensions identitaires, affectives et sociales des parcours ;

• les situations de mobilité contrainte ou d’exil comme révélateurs des conditions d’accès à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Bibliographie

Alais M., Courtaud L., Girardeau F. & Lorilleux J., 2024, « Langues, plurilinguismes, publics enseignés : quelles conceptions pour quels (dé)cloisonnements des usages didactiques dans un paysage mondialisé ? », in Recherches en didactique des langues et des cultures n°22. En ligne : https://doi.org/10.4000/11qa8

Berthoud A.-C. & Gajo L.,2020, The multilingual challenge for the construction and transmission of scientific knowledge. John Benjamins.

Castellotti V., Courtaud L. & Debono M., 2025, « Quelle politique linguistique universitaire pour quelle diversité linguistique et culturelle ? », in V. Castellotti, L. Courtaud & M. Debono (éd.), Politiques linguistiques universitaires en Europe : défis et enjeux d’une prise en compte de perspectives plurilingues et interculturelles, Bulletin suisse de linguistique appliquée n°121.

Coppans J., 1993, « Intellectuels visibles, intellectuels invisibles », in Politique africaine n°51, Intellectuels africains, p. 7-25.

Consortium SERAFIN, Meunier D., Dezutter O., Boch F., Bouchekourte M., Chemeta D., Dejean C., El Gousairi A., Galligani S., Lejot E., Phillipart C., Théberge S., Thonard A., Tisher P. & Wéry L., 2023, Rapport sur l’accueil et la formation linguistique à l’université des étudiant·es en situations d’exil.

De Wit H., Hunter F., Howard L. & Egron-Polak E., 2015, L’internationalisation de l’enseignement supérieur, Parlement européen, Direction générale des politiques internes. En ligne : http://www.europarl.europa.eu/supporting-analyses

Faucompré C., Candas P. & Bottazzi, E. 2025, « Entre plurilinguisme et anglicisation de l’enseignement supérieur : des espaces réflexifs pour une internationalisation « à domicile » plus inclusive », in V. Castelloti, L. Courtaud et M. Debono (éd.), Politiques linguistiques universitaires en Europe : défis et enjeux d’une prise en compte de perspectives plurilingues et interculturelles, Bulletin suisse de linguistique appliquée, n°121.

Fonseca M. & Gajo L., 2020, « Le plurilinguisme dans les MOOCs : Profils d’usagers et fonctions du sous-titrage ». Alsic. Apprentissage des Langues et Systèmes d’Information et de Communication, 23(2).

Gajo L. & Berthoud A.-C., 2018, « Multilingual interaction and construction of knowledge in Higher education », in International Journal of Bilingual Education and Bilingualism, 21/7, p. 853-866.

Gajo L., 2018, « Modes d’enseignement bilingue à l’université : enjeux didactiques et sociopolitiques », in H. Knoerr, A. Weinberg & C. E. Buchanan (éd.), Enjeux actuels de l’immersion universitaire, Ottawa : Ottawa, Groupe de recherche en immersion au niveau universitaire, p. 1-27.

Gajo L., 2013, Le plurilinguisme dans et pour la science : enjeux d’une politique linguistique à l’université. Synergies Europe, 8, p. 97-109.

Gajo L., 2006, Types de savoirs dans l’enseignement bilingue : problématicité, opacité, densité. Éducations et sociétés plurilingues, 20, p. 76-87.

Garcia A. Jr., 2011 « Mobilité universitaire et circulation internationale des idées. Le cas du Brésil contemporain », in Revue de synthèse, tome 132, 6° série, n°4, p. 567-574.

Gazzola M., 2024, Multilingualism, language ideologies and language policy in university research and teaching, in R. Garrigasait & J. Ramoneda (éd.). In an Open Field: Contemporary Cultural Practices. Barcelona, p. 237-260

Gazzola M., 2018, « Les classements des universités et les indicateurs bibliométriques : Quels effets sur le multilinguisme dans l’enseignement et la recherche ? », dans F. Le Lièvre, M. Anquetil, L. Verstraete-Hansen, Ch. Fäcke & Martine Derivry (éd.), Langues et cultures dans l’internationalisation de l’enseignement supérieur au XXIe siècle. (Re)penser les politiques linguistiques : anglais et plurilinguisme. Bern/Berlin : Peter Lang, p. 131-162.

Grin F., 2022, « Internationalisation et anglicisation des universités : diagnostic et éléments de stratégie », in J.-C. Beacco, O. Bertrand, J. C. Herreras & C. Tremblay (éd.), La gouvernance linguistique des universités et établissements d’enseignement supérieur (p. 123- 131), Observatoire européen du plurilinguisme.

Grin F., 2018, « On some fashionable terms in multilingualism research. Critical assessment and implications for language policy », in P.A. Kraus & F. Grin (éd.), The Politics of Multilingualism. Europeanisation, globalisation and linguistic governance (p. 247-274), Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins.

Grin F., 2013, « L’anglais dans l’enseignement académique : le débat s’empare des clichés », in European Journal of Language Policy, juin 2013.

Knight J., 2004, « Internationalization Remodeled: Definition, Approaches, and Rationales », in Journal of Studies in International Education, vol. 8, no1, p. 5-31.

Le Lièvre F., Anquetil M., Derivry-Plard M., Fâcke Ch. & Verstraete-Hansen L., 2018, (éd.), Langues et cultures dans l’internationalisation de l’enseignement supérieur au XXIe siècle. (Re)penser les politiques linguistiques : anglais et plurilinguisme, Berne : Peter Lang.

Malet R., & Baocun, L. (éds.), 2021, Politiques éducatives, diversité et justice sociale : Perspectives comparatives internationales, Berne : Peter Lang.

Meunier, D., 2025, « Le projet SERAFIN, ou comment soutenir l’inclusion des personnes réfugiée dans les universités ? », Lettre de l’AIRDF, 74, p. 68-70.

Mutabazi E., (éds.), 2025, Viser la justice éducative, Berne : Peter Lang.

Musselin C., 2017, La grande course des universités, Paris : Presses de Sciences Po.

Racine I., Fonseca Favre M., Moulin D. & Decap J., 2024, « Le volet « Langue et intégration » du programme Horizon académique à l’aune de la « didactique de l’urgence » », in Lidil n°69. En ligne : http://journals.openedition.org/lidil/12808

Véret Th., 2023, La recherche africaine évaluée « à l’aveugle ». Les revues académiques françaises face aux propositions d’articles en provenance du continent africain, Thèse de doctorat, Université Sorbonne Paris 3.

Vergès F., 2018, « Décoloniser la langue française. Pour une politisation de la Francophonie » in Revue du Crieur n°10, p. 68-81.

Yanaprasart P., 2020, « Language of knowledge and knowledge of language. Towards plurilingual sciences? » European Journal of Higher Education, 10(3), p. 257–275. En ligne: https://doi.org/10.1080/21568235.2020.1777450

Yanaprasart P., 2018, « Enjeux de la double médiation du plurilinguisme dans le milieu académique multilingue. Internationalisation ou diversité dans l’enseignement supérieur ? », Recherches en didactique des langues et des cultures, 15-2 | 2018, En ligne : http://journals.openedition.org/rdlc/2991

Modalités de soumission et note aux autrices et auteurs

Les propositions de contribution devront comporter :

• un titre provisoire

• un résumé de 4 000 à 5 000 signes espaces compris (bibliographie non incluse)

• 5 mots-clés

• une courte notice bio-bibliographique

Les propositions devront expliciter :

• l’ancrage théorique et disciplinaire

• le terrain ou corpus mobilisé le cas échéant

• la méthodologie adoptée

• l’inscription dans l’un des trois axes de l’ouvrage

Les propositions de contributions seront à envoyer au format .docx aux trois adresses suivantes :

lea.courtaud@univ-tours.fr ; c.faucompre@unistra.fr ; mariana.fonseca@unige.ch

Les articles complets soumis devront comporter entre 40 000 et 45 000 signes (espaces comprises) en incluant : texte, notes, références bibliographiques et annexes, mais sans compter le titre et les résumés en deux langues.

En plus du corps de l’article, les textes devront comprendre :

• Un titre

• 5 mots-clés

• Une courte notice bio-bibliographique

Les articles seront rassemblés dans un volume publié aux éditions Lambert-Lucas. Ils feront l’objet d’une évaluation en double aveugle par le comité scientifique.

Calendrier :

– Date limite d’envoi des propositions d’articles (résumés) : 1er juin 2026

– Notification aux autrices et auteurs : 20 juillet 2026

– Remise de la première version du texte : 30 novembre 2026

– Retour aux autrices et auteurs : 1er mars 2027

– Remise des textes finalisés : 31 mai 2027

– Publication prévisionnelle : septembre 2027