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Citoyenneté numérique, ouverture sur le monde et enseignement-apprentissage des langues

24 novembre - 25 novembre

Colloque international du Le projet européen Lingu@num.

 

Au moment de l’émergence d’Internet, des espoirs ont été émis par plusieurs spécialistes: cette nouvelle technologie permettrait d’ouvrir la classe sur le « monde réel », de dépasser les limites des quatre murs de la classe de langue et d’obtenir une authenticité encore jamais atteinte (Rüschoff, 1997; Warschauer, 1996) et parfois même considérée comme illusoire dans le cadre de l’enseignement-apprentissage des langues.

Malgré ces espoirs mis dans une ouverture sur le « monde réel » au-delà de la classe et une communication authentique avec de vraies personnes, la pratique et la recherche se sont d’abord essentiellement tournées vers la mise en œuvre et l’analyse de projets de télétandem et télécollaboration mettant en contact des apprenants éloignés (Belz, 2003; O’Dowd, 2018), élargissant ainsi le périmètre de la classe sans toujours réellement modifier le cadre socio-interactionnel du fait que les interactions restent souvent « comparable with interactions within the walls of a face-to-face classroom » (Lamy & Zourou, 2013, p. 3).

Ce n’est que depuis quelques années que s’établit un intérêt plus poussé pour une réelle ouverture sur le monde et l’apprentissage dans ce que certains appellent les « digital wilds » (Sauro & Zourou, 2019) ou l’apprentissage « beyond the classroom » (Benson & Reinders, 2011; Comas-Quinn et al., 2019) ou encore « extramural English » (Sundqvist & Sylvén, 2016). Si les recherches ont, dans un premier temps, porté sur l’analyse de pratiques d’apprenants d’anglais sur des sites participatifs de fanfiction et de jeux en ligne (Black, 2008; de Freitas, 2006; Kramsch et al., 2000; Sauro, 2017; Thorne et al., 2009; Vazquez-Calvo et al., 2019), elles s’intéressent désormais, dans une perspective de « rewilding » (Thorne et al., 2021) à la transposition de ces pratiques et à leur intégration dans l’enseignement-apprentissage des langues.

Des travaux portent par exemple sur l’exploitation didactique des pratiques de fanfiction transposées dans le cadre de la formation en langues (Brunel, 2021; Petitjean & Brunel, 2018; Sauro & Sundmark, 2016; Sauro & Thorne, 2020; Thorne et al., 2015).

D’autres travaux, plus proches des aspirations qui ont émergé dans les années 1990, se concentrent sur des projets et des tâches participatives réalisables par des apprenants en ligne sur des sites ouverts à tous. Ces tâches, que nous nommons « tâches ancrées dans la vie réelle » au sein des projets Babelweb, Lingu@num et e-lang / e-lang citoyen (Caws et al., 2021; Ollivier & Projet e-lang, 2018), permettent aux apprenants d’agir et interagir au sein d’interactions sociales dépassant le cadre institutionnel du monde éducatif et de faire ainsi l’expérience authentique de l’action et de la communication en ligne. Elles se sont fait une place dans des disciplines très différentes (Lammers et al., 2012; Magnifico et al., 2018) dont la didactique des langues.

Dans ce domaine, les publications sur ces questions font ressortir de multiples bénéfices de ce type de tâches. Elles permettent aux apprenants d’utiliser les langues cibles en contextes écologiques (Pasfield-Neofitou, 2011; Vazquez-Calvo et al., 2019), elles aident les apprenants à se construire une identité spécifique dans la langue de participation (Hannibal Jensen, 2019; Shafirova & Cassany, 2019) et à passer d’une identité d’apprenant à une identité d’usagers, voire même d’experts dans les sujets abordés (Sundqvist, 2019). Elles amènent les apprenants à utiliser la langue de façon significative et authentique dans le but premier de communiquer et non d’apprendre la langue (Hannibal Jensen, 2019; Ollivier, 2010) et elles donnent lieu à des apprentissages de natures diverses.

Les tâches ancrées dans la vie réelle ont également pour conséquence le développement de littératies multiples comprenant, selon les cas, une dimension créative voire artistique (Black, 2009), une littératie multilingue identitaire et des compétences de socialisation (Lam & Rosario-Ramos, 2009) tout comme la littératie numérique (Bigot et al., 2021; Hannibal Jensen, 2019; Ollivier & Projet e-lang, 2018).

Tout récemment, la notion de citoyenneté numérique (Frau-Meigs et al., 2017) est venue compléter celle de littératie numérique. Contribuer à des sites et projets participatifs en ligne et de façon plus générale, communiquer par le biais du numérique requiert, en effet, des savoir-faire, des connaissances, des compétences, des attitudes, des consciences spécifiques qui relèvent de la citoyenneté. Cela demande notamment aux usagers des langues et des technologies d’agir et interagir en prenant en compte les droits et responsabilités associées aux valeurs de différentes communautés dans lesquelles ils s’impliquent (Ollivier et al., 2021). Plusieurs projets internationaux ont vu le jour ces toutes dernières années qui construisent un lien entre éducation à la citoyenneté numérique et formation en langue, entre autres DICE.lang, PENSA, e-lang citoyen et Lingu@num.

Certaines voix se montrent critiques mettant en avant des tensions provoquées par la participation à des sites et communautés en ligne dans le cadre de la formation formelle. Magnifico et al. (2018) soulignent que les valeurs des communautés sur lesquelles on incite les apprenants à communiquer ne correspondent pas forcément à celles des apprenants, que ce genre de participation peut conduire à une forte exposition suscitant un sentiment de vulnérabilité. Godwin-Jones (2015) se fait l’écho des enseignants déconcertés par des usages « unforeseeable and unstructured » qui peuvent avoir lieu sur les plateformes ouvertes et ne pas correspondre à ce que l’institution valorise. Sockett et Toffoli (Sockett, 2012; Toffoli & Sockett, 2010) soulignent également les possibles réticences des apprenants et les dérives socio-interactionnelles dans les cas où les apprenants ne réalisent ces activités que pour répondre aux attentes des enseignants anéantissant ainsi le bénéfice d’une possible communication authentique au sein d’interactions au-delà du groupe enseignant-apprenants.

Ce colloque doit permettre les échanges scientifiques sur les possibilités de connecter l’enseignement-apprentissage des langues avec les « digital wilds » et sur les bénéfices et limites des tâches participatives ancrées dans la vie réelle, en termes notamment – mais pas exclusivement – d’éducation langagière, de développement de la littératie et/ou de la citoyenneté numérique, d’identité, de motivation.

 

  • Appel à contributions

Le colloque accueillera des communications en lien avec l’apprentissage des langues formel, informel et non-formel, quel que soit le statut des langues visées (langue maternelle, langue de scolarisation, langue seconde, langue étrangère, langue régionale…). Des communications sur les pratiques participatives en ligne permettant d’apporter des éclairages pour l’enseignement-apprentissage des langues sont également les bienvenues.

 

Les communications pourront porter, de façon non exclusive, sur les aspects suivants :

  • apprentissage à travers des pratiques participatives en ligne
  • apprentissage dans les « digital wilds »
  • jeux en ligne
  • transposition didactique des pratiques participatives en ligne
  • tâches ancrées dans la vie réelle
  • éducation à la citoyenneté numérique et formation en langues
  • formation à la littératie numérique et enseignement-apprentissage des langues
  • sciences citoyennes et enseignement-apprentissage des langues

Les communications pourront refléter

  • des recherches fondées sur des données ;
  • des réflexions théoriques ;
  • des retours d’expérience.

Les propositions de communication sont à déposer sur le site du colloque (page Dépôt/Submission/Einreichen) le 17 juin au plus tard. Elles comprendront le nom des auteurs, leur affiliation institutionnelle, un titre, un résumé de 500 mots et cinq références bibliographiques maximum.

 

Les communications peuvent être proposées en anglais, allemand et français. La langue de la proposition sera la langue de présentation. Les communications comprendront 20 minutes de présentation et 10 minutes d’échanges.

 

Les propositions seront examinées en double aveugle par le comité scientifique.

 

  • Références bibliographiques

Belz, J. A. (2003). From the special issue editor. Language Learning and Technology, 7(2), 2‑5. http://llt.msu.edu/vol7num2/pdf/speced.pdf

Benson, P., & Reinders, H. (Éds.). (2011). Beyond the language classroom. Palgrave Macmillan.

Bigot, V., Ollivier, C., Soubrié, T., & Noûs, C. (2021). Littératie numérique, penser une éducation langagière ouverte sur le monde. Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, 63. https://journals.openedition.org/lidil/8568

Black, R. W. (2008). Adolescents and online fan fiction. Peter Lang.

Black, R. W. (2009). Online fan fiction, global identities, and imagination. Research in the Teaching of English, 43(4), 397‑425.

Brunel, M. (2021). Littératies numériques adolescentes et perspectives d’enseignement : Le cas de la fanfiction. Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, 63, Article 63. https://doi.org/10.4000/lidil.9189

Caws, C., Hamel, M.-J., Jeanneau, C., & Ollivier, C. (2021). Formation en langues et littératie numérique en contextes ouverts – Une approche socio-interactionnelle. Editions des archives contemporaines. https://www.archivescontemporaines.com/books/9782813003911

Comas-Quinn, A., Beaven, A., & Sawhill, B. (Éds.). (2019). New case studies of openness in and beyond the language classroom. Research-publishing.net.

de Freitas, S. (2006). Learning in immersive worlds : A review of game-based learning. http://www.jisc.ac.uk/whatwedo/programmes/elearninginnovation/outcomes/gamingreport.aspx

Frau-Meigs, D., O’Neill, B., Soriani, A., & Tomé, V. (2017). Digital citizenship education. Overview and new perspectives. Council of Europe Publishing; https://rm.coe.int/prems-187117-gbr-2511-digital-citizenship-literature-review-8432-web-1/168077bc6a

Godwin-Jones, R. (2015). Contributing, creating, curating : Digital literacies for language learners. Language Learning and Technology, 19(3), 8‑20. https://www.lltjournal.org/item/2913

Hannibal Jensen, S. (2019). Language learning in the wild : A young user perspective. Language Learning and Technology, 23(1), 72‑86.

Kramsch, C., A’Ness, F., & Lam, W. S. E. (2000). Authenticity and authorship in the computer-mediated acquisition of L2 literacy. Language Learning and Technology, 4(2), 78‑104. http://www.lltjournal.org/item/2330

Lam, W. S. E., & Rosario-Ramos, E. (2009). Multilingual literacies in transnational digitally mediated contexts : An exploratory study of immigrant teens in the United States. Language and Education, 23(2), 171‑190.

Lammers, J. C., Curwood, J. S., & Magnifico, A. M. (2012). Toward an affinity space methodology : Considerations for literacy research. English Teaching: Practice and Critique, 11(2), 44‑58. https://eric.ed.gov/?id=EJ973940

Lamy, M.-N., & Zourou, K. (2013). Introduction. In M.-N. Lamy & K. Zourou (Éds.), Social networking for language education (p. 1‑7). Palgrave Macmillan.

Magnifico, A. M., Lammers, J. C., & Fields, D. A. (2018). Affinity spaces, literacies and classrooms : Tensions and opportunities. Literacy, 52(3), 145‑152. https://doi.org/10.1111/lit.12133

O’Dowd, R. (2018). From telecollaboration to virtual exchange : State-of-the-art and the role of UNICollaboration in moving forward. Journal of Virtual Exchange, 1. https://doi.org/10.14705/rpnet.2018.jve

Ollivier, C. (2010). Ecriture collaborative en ligne : Une approche interactionnelle de la production écrite pour des apprenants acteurs sociaux et motivés. Revue Française de Linguistique Appliquée, 15(2), 121‑137. https://www.cairn.info/revue-francaise-de-linguistique-appliquee-2010-2-page-121.htm

Ollivier, C., Jeanneau, C., Hamel, M.-J., & Caws, C. (2021). Citoyenneté numérique et didactique des langues, quels points de contacts ? Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, 63. https://doi.org/10.4000/lidil.9204

Ollivier, C., & Projet e-lang. (2018). Littératie numérique et approche socio-interactionnelle pour l’enseignement-apprentissage des langues. Editions du Conseil de l’Europe; https://www.ecml.at/Portals/1/5MTP/Ollivier/e-lang%20FR.pdf

Pasfield-Neofitou, S. (2011). Online domains of language use : Second language learners’ experiences of virtual community and foreignness. Language Learning and Technology, 15(2), 92‑108. http://www.lltjournal.org/item/2739

Petitjean, A.-M., & Brunel, M. (2018). Quand les enseignants se risquent à la culture numérique : Quel enseignement de l’écriture littéraire ? Le français aujourd’hui, 200, 11‑18. https://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2018-1-page-11.htm

Rüschoff, B. (1997). Neue Medien als Mittel der Förderung authentischer Lerninhalte und Aufgabenstellungen im Fremdsprachenunterricht. In F.-J. Meißner (Éd.), Interaktiver Fremdsprachenunterricht : Wege zu authentischer Kommunikation. Festschrift für Ludger Schiffler zum 60. Geburtstag (p. 107‑117). Gunter Narr.

Sauro, S. (2017). Online Fan Practices and CALL. CALICO Journal, 34(2). https://doi.org/10.1558/cj.33077

Sauro, S., & Sundmark, B. (2016). Report from Middle-Earth : Fan fiction tasks in the EFL classroom. ELT Journal, 70(4), 414‑423. https://doi.org/10.1093/elt/ccv075

Sauro, S., & Thorne, S. L. (2020). Pedagogically mediating engagement in the wild. In V. Werner & F. Tegge (Éds.), Pop Culture in Language Education : Theory, Research, Practice (p. 228‑239). Routledge.

Sauro, S., & Zourou, K. (2019). What are the digital wilds? Language Learning and Technology, 23(1), 1‑7. https://doi.org/10125/44666

Shafirova, L., & Cassany, D. (2019). Bronies learning English in the digital wild. Language Learning and Technology, 23(1), 127‑144.

Sockett, G. (2012). Le web social – La complexité au service de l’apprentissage informel de l’anglais. Alsic. Apprentissage des Langues et Systèmes d’Information et de Communication. Spécial Epal 2011, 15(2). https://doi.org/10.4000/alsic.2505

Sundqvist, P. (2019). Commercial-off-the-shelf games in the digital wild and L2 learner vocabulary. Language Learning and Technology, 23(1), 87‑113. https://www.lltjournal.org/item/3098

Sundqvist, P., & Sylvén, L. K. (2016). Extramural English in teaching and learning : From theory and research to practice. Palgrave Macmillan.

Thorne, S. L., Black, R. W., & Sykes, J. M. (2009). Second language use, socialization, and learning in internet interest communities and online gaming. Modern Language Journal, 93(SUPPL. 1), 802‑821.

Thorne, S. L., Hellermann, J., & Jakonen, T. (2021). Rewilding Language Education : Emergent assemblages and entangled actions. The Modern Language Journal, 105(S1), 106‑125. https://doi.org/10.1111/modl.12687

Thorne, S. L., Sauro, S., & Smith, B. (2015). Technologies, identities, and expressive activity. Annual Review of Applied Linguistics, 35, 215‑233.

Toffoli, D., & Sockett, G. (2010). How non-specialist students of English practice informal learning using web 2.0 tools. ASp. La Revue Du GERAS, 58, 125‑144. https://doi.org/10.4000/asp.1851

Vazquez-Calvo, B., Tian Zhang, L., Pascual, M., & Cassany, D. (2019). Fan translation of games, anime, and fanfiction. Language Learning and Technology, 23(1), 49‑71. https://www.lltjournal.org/item/3096

Warschauer, M. (1996). Preface. In M. Warschauer (Éd.), Telecollaboration in foreign language learning : Proceedings of the Hawaii Symposium (p. ix). Second Language Teaching and Curriculum Center, University of Hawaii at Manoa ; Distributed by University of Hawaii Press.

Détails

Début :
24 novembre
Fin :
25 novembre
Catégorie d’évènement:
Site Web :
https://linguanum.sciencesconf.org

Lieu

Salzbourg