Argumentaire
Initialement développée dans le champ littéraire (Kristeva, 1969 ; Genette, 1982), la notion d’intertextualité a ensuite été largement investie en sciences du langage, où elle est envisagée comme un processus de production du sens fondé sur la reprise, la transformation et la circulation de discours antérieurs (Barthes, 1968 ; Todorov, 1981). Dans une acception élargie, l’intertextualité renvoie ainsi à un ensemble de relations entre textes et, plus largement, entre productions culturelles (Nycz, 1990 ; Lugrin, 2006). Elle s’articule étroitement avec des notions telles que l’interdiscours, le dialogisme ou encore la mémoire discursive (Courtine, 1981 ; Moirand, 2007 ; Paveau, 2006), qui permettent de rendre compte de l’inscription des énoncés dans des histoires langagières, sociales et culturelles. L’intertextualité ouvre alors un espace d’interprétation dynamique où se croisent mémoire collective, pratiques discursives et héritages culturels, dans des processus constants de reconfiguration du sens.
Parallèlement, le développement des productions multimodales (Kress, 2003) invite à penser conjointement intertextualité et intericonicité (Chéroux, 2009), ainsi que leurs interactions dans des dispositifs intermédiaux (Rajewski, 2005 ; Louvel, 2022). Ces phénomènes sont aujourd’hui particulièrement visibles dans les discours médiatiques et numériques (mèmes, IA générative, réseaux sociaux, détournements viraux), où la fragmentation, la circulation accélérée et la reconfiguration permanente des contenus redéfinissent les frontières de l’auctorialité et transforment les genres discursifs contemporains (Charaudeau, 1994).
Au-delà des seules relations entre textes et médias, ces dynamiques interrogent également les rapports entre langues, cultures et imaginaires (Ardeleanu, 2014). Dans une perspective humboldtienne, chaque langue constitue en effet une manière particulière d’organiser et de percevoir le monde (Humboldt, 2000 [1828]). L’accès au sens ne relève donc pas uniquement d’une compétence linguistique, mais de la mobilisation d’une langue-culture où les signes sont chargés d’une mémoire collective et s’inscrivent dans des mécanismes de construction du sens socialement situés (Charaudeau, 1992). Comprendre l’intertexte suppose alors d’activer des savoirs culturels, discursifs et sémiotiques permettant de décoder les implicites, les allusions et les non-dits propres à une communauté donnée.
Dans cette perspective, les processus de médiation apparaissent comme des dimensions essentielles de la circulation, de l’interprétation et de la transformation des significations entre langues, cultures, discours et systèmes sémiotiques (Molinié & Moore, 2020). Dans le champ de la didactique des langues, ces dynamiques soulèvent des enjeux spécifiques. Elles interrogent notamment la manière dont les apprenants mobilisent des références culturelles et discursives, mettent en œuvre des formes de médiation interlinguistique, interculturelle et sémiotique et construisent du sens à partir de ressources hétérogènes afin de développer des compétences interprétatives. Elles invitent également à prendre en compte des formes de littératies multimodales et sensibles liées aux environnements sémiotiques contemporains (Dagenais, 2012 ; Lebrun & Lacelle, 2014 ; Moore, 2024).
Ce colloque international propose ainsi d’explorer ces questions en croisant les approches linguistiques, discursives, didactiques et culturelles, avec une attention particulière portée aux dimensions interlinguistiques et interculturelles des phénomènes étudiés.
Axes thématiques (indicatifs)
Les propositions pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les axes suivants :
Modalités de soumission
Les propositions de communication (300 mots maximum), accompagnées d’une courte notice biographique, sont à envoyer à lidia.miladi@univ-grenoble-alpes.fr, catherine.muller@univ-grenoble-alpes.fr, malgorzata.niziolek@uken.krakow.pl, wojciech.prazuch@uken.krakow.pl,
avant le 12 juillet 2026.
Langue de communication : français.
Organisation
Comité scientifique
Références bibliographiques
ARDELEANU, S.-M. 2014. « De l’imaginaire linguistique à l’imaginaire interculturel ». La Francopolyphonie, n° 1(9), p. 71-76.
BARTHES, R. 1968. « Texte (Théorie du) ». Encyclopaedia Universalis, t. XV, p. 1013-1017. CHARAUDEAU, P. 1992. Grammaire du sens et de l’expression. Paris, Hachette.
CHARAUDEAU, P. 1994. « Le discours publicitaire, genre discursif ». Revue Mscope, n° 8, CRDP de Versailles, p. 34-44.
CHÉROUX, C. 2009. Diplopie. L’image photographique à l’ère des médias globalisés. Essai sur le 11 septembre 2001. Cherbourg, Le Point du jour.
COURTINE, J.-J. 1981. « Quelques problèmes théoriques et méthodologiques en analyse du discours, à propos du discours communiste adressé aux chrétiens ». Langages, n° 62, p. 9-128. https ://www.persee.fr/doc/lgge_0458–726x_1981_num_15_62_1873
DAGENAIS, D. 2012. « Littératies multimodales et perspectives critiques ». Recherches en didactique des langues et des cultures, 9-2. http ://journals.openedition.org/rdlc/2338
GENETTE, G. 1982. Palimpsestes : la littérature au second degré. Paris, Éditions du Seuil.
HUMBOLDT, W. 2000 [1828]. Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage. Paris, Points Seuil.
KRISTEVA, J. 1969. Sèméiotikè : recherches pour une sémanalyse. Paris, Seuil.
LEBRUN, M. & LACELLE, N. 2014. « L’ère du numérique : un défi pour la didactique du FLE ». Synergies Portugal, 2.
LOUVEL, L. 2022. « Intermédialité, intersémioticité, multimédialité, multimodalité : de quoi l’intermédialité est-elle le nom ? ». L’Atelier. Trouble dans la théorie, 13(2).
LUGRIN, G. 2006. Généricité et intertextualité dans le discours publicitaire de presse écrite. Berne, Peter Lang.
MOIRAND, S. 2007. « Discours, mémoires et contextes : à propos du fonctionnement de l’allusion dans la presse ». CORELA COgnition, REprésentation, LAngage, HS-6. https ://doi.org/10.4000/corela.1567
MOLINIÉ, M. & MOORE, D. 2020. « Introduction. Mobilités, médiations, transformations en didactique des langues ». Le Français dans le monde. Recherches et applications, n° 68, p. 1120.
MOORE, D. 2024. « Walking our Landscape as Interculturality. A Visual Essay in Resonances” Dans F. Dervin (dir.), The Routledge Handbook of Critical Interculturality in Communication and Education, p. 308-328. Routledge.
NYCZ, R. 1990. « Intertekstualność i jej zakresy : teksty, gatunki, światy ». Pamiętnik Literacki : czasopismo kwartalne poświęcone historii i krytyce literatury polskiej, 81(2), p. 95116.
PAVEAU, M.-A. 2006. « Chapitre 3. La mémoire en discours ». Dans Les prédiscours. Paris, Presses Sorbonne Nouvelle. https ://doi.org/10.4000/books.psn.735
RAJEWSKY, I. 2005. « Intermediality, Intertextuality, and Remediation : A Literary Perspective on Intermediality ». Intermédialité, 6, p. 43-64.
TODOROV, T. 1981. Bakhtine Mikhaïl : le principe dialogique. Paris, Seuil.
(Source : Calenda)