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Les émotions vécues dans l’enseignement/apprentissage des langues. Date limite : 15 juin 2026

Numéro thématique Recherche et pratiques pédagogiques en langues, 46 n°1 | 2027

L’enseignement-apprentissage des langues constitue un terrain particulièrement riche en émotions, qu’elles soient agréables, désagréables ou ambivalentes. Comment accéder aux émotions des enseignants et des apprenants lorsqu’elles ne sont pas formulées explicitement mais occupent pourtant une place fondamentale dans les interactions et dans les parcours d’apprentissage ? En quoi les activités artistiques et créatives favorisent-elles l’émergence d’émotions propices à l’apprentissage ? Ce numéro propose d’apporter des réponses contextualisées à de telles interrogations.

En didactique des langues, les émotions peuvent être envisagées en tant que lexiques et phraséologies à enseigner et acquérir (Cavalla et Crozier, 2005 ; Cavalla, 2009). Dans une perspective phénoménologique centrée sur l’expérience vécue, que nous retiendrons pour ce numéro, l’attention se porte sur les émotions éprouvées par les enseignants et les apprenants de langues, dans le cadre des cours, en amont ou en aval. L’importance des émotions a été largement soulignée dans les contextes d’enseignement en général (Espinosa, 2025), ce qui pose la question de l’intégration des émotions des apprenants, dans la formation des enseignants (Audrin, 2020). En ce sens, l’activité enseignante est considérée comme « un travail émotionnel, « consommant » une bonne dose d’énergie affective, et découlant de la nature interpersonnelle des rapports enseignant/élèves » (Tardif et Lessard, 1999, p. 313). On peut citer dans ce cadre les travaux du groupe ECLE-EMOTISSAGE qui ont montré comment les émotions circulent, se construisent et s’articulent en classe de langue étrangère, à la fois comme émotions vécues et comme émotions apprises.

Dans le domaine de l’enseignement/apprentissage des langues, plusieurs numéros thématiques ont été consacrés à cette question (Puozzo Capron et Piccardo, 2013 ; Chaplier et Lumière, 2020). Le rôle des émotions, tant du point de vue des apprenants que des enseignants de langue, est aujourd’hui bien reconnu et établi (Berdal-Masuy, 2018 ; Guédat-Bittighoffer, 2024). Ce sont en particulier les émotions qui incitent les enseignants à faire évoluer leurs pratiques lors des premières années d’activité (Muller, 2024). Les émotions suscitées par les approches créatives ont fait l’objet d’études plus spécifiques (Cavalla et al., 2023).

Les articles pourront porter sur l’un ou plusieurs des axes thématiques suivants.

Axe 1 – Questions méthodologiques autour du repérage et du recueil d’émotions dans les situations d’enseignement/apprentissage des langues

Cet axe invite à réfléchir aux méthodes permettant de repérer les émotions dans les interactions didactiques. Comme le souligne Cicurel (2000), des indices peuvent se manifester à différents niveaux : prosodie, rires nerveux, hésitations, bégaiements. Une autre approche consiste à solliciter apprenants comme enseignants afin qu’ils formulent les émotions ressenties dans le cadre d’entretiens d’auto-confrontation. Du côté de l’enseignant, on voit alors apparaître « l’énorme richesse de motifs, d’affects, de craintes qui se cachent derrière l’ordre apparemment tranquille de l’interaction » (Cicurel, 2007, p. 215). Le « monde émotionnel, censuré ou contrôlé au moment de l’intervention elle-même » (Cicurel 2011, p. 144) émerge ainsi. Il peut s’agir d’émotions éprouvées au moment du cours qui sont restituées ou bien d’émotions apparues au cours de l’entretien.

Axe 2 – Émotions vécues en classe de langue : perspectives apprenantes

Cet axe s’intéresse aux émotions éprouvées par les apprenants de langue (Guedat-Bittighoffer et Dewaele, 2024), et à leur influence sur l’apprentissage (Arnold, 2006). Des recherches ont porté spécifiquement sur l’anxiété (Gkonou et al., 2017), l’ennui et l’enjoyment (Dewaele et al., 2023). Il est également possible d’étudier les moments de flow vécus par les apprenants (Dewaele et MacIntyre, 2024), lors desquels ils se sentent compétents, absorbés, motivés, connectés à l’activité et souvent au groupe, ce qui renforce leur sentiment d’efficacité personnelle. La prise en compte des émotions des participants met en lumière le rôle fondamental du corps dans l’apprentissage d’une langue (Aden, 2013). Des études ont été menées plus particulièrement sur les émotions suscitées par l’apprentissage de la prononciation (Miras et Vignes, 2019 ; Abou Haidar, 2025).

Axe 3 – Émotions vécues en classe de langue : perspectives enseignantes

Cet axe se concentre sur les émotions éprouvées par les enseignants de langue (Lemarchand- Chauvin, 2025a, 2025b), en gardant à l’esprit que celles-ci sont largement liées aux émotions qu’ils perçoivent chez les apprenants. Un « risque émotionnel » peut apparaître lorsque les enseignants révèlent des aspects personnels les concernant (Le Gall et Muller, 2025). Certains auteurs n’hésitent pas à parler de montagnes russes émotionnelles vécues par les enseignants de langue (Gkonou et al., 2020), particulièrement intenses en début de carrière (Ria, 2007), avant que l’expérience ne permette de mieux gérer certaines situations. Cependant, des configurations telles que l’imprévu peuvent provoquer des réactions affectives intenses. Comment la formation initiale et continue des enseignants de langue peut-elle les préparer à gérer ces émotions sur le terrain ? Il sera possible dans cet axe d’envisager les émotions sous l’angle de l’agir professoral (Cicurel, 2019) et du sentiment d’efficacité personnelle (Muller, 2022).

Axe 4 – Émotions dans les approches artistiques et créatives

Cet axe propose d’aborder les approches artistiques et créatives qui offrent un terrain privilégié pour explorer et susciter les émotions, à l’instar de la chanson (Vorger, 2023). Les activités théâtrales, par exemple, favorisent le développement de l’empathie, comme l’ont montré Aden et Eschenauer (2014), ou encore Eschenauer (2018), en s’inscrivant dans le champ de l’énaction. La réception de photographies d’auteur permet également une immersion fictionnelle des apprenants de langue (Muller, 2014). Plus largement, faire l’expérience d’œuvres d’art stimule l’expression d’émotions esthétiques (Muller et Borgé, 2020 ; Kilic et Vorger, 2024). Les usages de la littérature jeunesse pour soutenir le développement socio-émotionnel ont également été mis en évidence (Montésinos-Gelet, 2023 et al., 2021 ; Montésinos-Gelet et Drolet, 2023 ; Parker et Cronin, 2025).

Consignes aux auteurs

Les articles complets devront être envoyés au plus tard le 15 juin 2026 aux trois adresses suivantes :

catherine.muller[at]univ-grenoble-alpes.fr

claudinekahloul[at]gmail.com

szouaidi[at]yahoo.com

Références

Abou Haidar, L. (2025). Représentations et émotions dans la construction identitaire en contexte d’apprentissage de la prononciation. Le Français dans le monde. Recherches et applications, 77, 161-179.

Aden, J. (2013). Apprendre les langues par corps. Dans Y. Abdelkader, S. Bazile, et O. Fertat (dir.), Pour un Théâtre-Monde. Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.34923

Aden, J. et Eschenauer, S. (2014). Théâtre et empathie en classe bilangue : didactiser l’émergence ? Les langues modernes, 4/2014, 69-77.

Arnold, J. (2006). Comment les facteurs affectifs influencent-ils l’apprentissage d’une langue étrangère ? Études de linguistique appliquée, 144, 407-425.

Audrin, C. (dir.). (2020). Apprendre avec le cœur : les émotions dans la formation enseignante. Recherches en éducation, 41. https://journals.openedition.org/ree/417

Berdal-Masuy, F. (dir.). (2018). Émotissage. Les émotions dans l’apprentissage des langues. Presses Universitaires de Louvain.

Cavalla, C. (2009). La phraséologie en classe de FLE. Les langues modernes, 1/2009. En ligne sur le site de l’APLV.

Cavalla, C. et Crozier, E. 2005. Émotions-Sentiments. Nouvelle approche lexicale du FLE. Presses Universitaires de Grenoble.

Cavalla, C., Berdal-Masuy, F., Baider, F., Coffey S. et Pairon, J. (dir.). (2023). Émotions et créativités en classe de langue. Le langage et l’homme. 572.

Chaplier, C. et Lumière, É. (dir.). (2020). Sens et émotions dans l’enseignement-apprentissage des langues-cultures. Les langues modernes, 2/2020.

Cicurel, F. (2000). Manifestation de l’émotion dans l’interaction didactique. Dans Plantin, C., Doury, M. et Traverso, V. (dir.). Les émotions dans les interactions (CD-Rom qui accompagne l’ouvrage papier). Presses Universitaires de Lyon.

Cicurel, F. (2007). À la recherche d’une grammaire de l’agir professoral. Dans M. Charolles, N. Fournier, C. Fuchs et F. Lefeuvre (dir.). Parcours de la phrase. Mélanges offerts à Pierre le Goffic (p. 213-225). Ophrys.

Cicurel, F. (2011). Les interactions dans l’enseignement des langues. Agir professoral et pratiques de classe. Didier.

Cicurel, F. (2019). L’obscur objet du désir d’enseigner. Travaux de didactique du français langue étrangère, Revue TDFLE, Actes n° 1, 1-16. https://doi.org/10.34745/numerev_1343

Dewaele, J. et MacIntyre, P. (2024). “You can’t start a fire without a spark”. Enjoyment, anxiety, and the emergence of flow in foreign language classrooms. Applied Linguistics Review, 15(2), 403- 426. https://doi.org/10.1515/applirev-2021-0123

Dewaele, J.-M., Botes, E. et Meftah, R. (2023). A three-body problem: The effects of foreign language anxiety, enjoyment, and boredom on academic achievement. Annual Review of Applied Linguistics, 43, 7–22. doi:10.1017/S026719052300001

Eschenauer, S. (2018). « Créativité et empathie dans les apprentissages performatifs : vivre et encorporer ses langues », Recherches & éducations, HS. https://doi.org/10.4000/rechercheseducations.6061

Espinosa, G. (2025). L’affectivité, les émotions et les relations de l’élève à l’école. Des clés pour le bien-être et la réussite. Presses de l’Université du Québec.

Gkonou, C., Daubney, M. et Dewaele, J.-M. (dir.). (2017). New insights into language anxiety. Theory, research and educational implications. Multilingual Matters.

Gkonou, C, Dewaele, J.-M. et King, K. (dir.). (2020). The emotional rollercoaster of language teacher. Multilingual Matters.

Guedat-Bittighoffer, D. (2024). Les émotions au cœur du processus d’enseignement-apprentissage des langues. L’Harmattan.

Guedat-Bittighoffer, D. et Dewaele, J.-M. (2024). Fluctuations des émotions éprouvées par des apprenants débutants dans cinq cours de français langue étrangère : Une étude de cas multiples. Language, Interaction, and Acquisition, 14(2), 279-305.

Guyon, R. (dir.). (2019). Les émotions à l’école. Diversité, 195.

Kilic, S. et Vorger, C. (2024). Expériences muséales et sensorielles en français langue étrangère. Études de lettres, 323, 219-242.

Le Gall, A. et Muller, C. (2025). « Je ne montre pas tout mais je reste un tout » : mise en tension des identités professionnelle et personnelle à travers les révélations de soi des enseignants en classe de langue. Recherches en didactique des langues et des cultures, 23(1). « L’identité professionnelle des enseignants de langues-cultures ». https://journals.openedition.org/rdlc/15287

Lemarchand-Chauvin, M.-C. (dir). (2025a). Enseigner les langues : une aventure émotionnelle (Volume 1). Les langues modernes, 2/2025.

Lemarchand-Chauvin, M.-C. (dir). (2025b). Enseigner les langues : une aventure émotionnelle (Volume 2). Les langues modernes, 3/2025.

Miras, G. et Vignes, L. (dir.). (2019). Prononcer les langues : variations, émotions, médiations. Lidil, 59.

Montésinos-Gelet, I. (2023). Les attraits de Je suis triste. Le Pollen, 42, 141-146.

Montésinos-Gelet, I., DeRoy-Ringuette, R., et de Saint-André, M. D. (2021). Des procédés humoristiques au cœur des albums. Jeunesse: Young People, Texts, Cultures, 13(1), 178-204.

Montésinos-Gelet, I. et Drolet, I. (2023). Des personnages féminins aux valeurs affirmées au cœur des œuvres de Rémi Courgeon. Le Pollen, 42, 86-126.

Muller, C. (2014). L’immersion fictionnelle, ou comment concilier art et émotion en cours de langue. Voix plurielles, 11(1), 89-100. https://doi.org/10.26522/vp.v11i1.920

Muller, C. (2022). Mise en discours d’obstacles par une enseignante de langue chevronnée : vision professionnelle et sentiment d’efficacité personnelle. Dans Balslev, K., Bulea Bronckart, E., Laurens, V. et Nicolas, L. (dir.). Les obstacles dans l’enseignement des langues et dans la formation des enseignants (p. 119-133). Lambert Lucas.

Muller, C. (2024). Les émotions comme moteurs de changement : évolution de l’agir professoral lors des premières années d’enseignement des langues. Le Français dans le monde. Recherche et applications, 75, 97-111.

Muller, C. et Borgé, N. (2020). Aborder l’œuvre d’art dans l’enseignement des langues. Didier. https://shs.cairn.info/aborder-l-oeuvre-d-art-dans-l-enseignement-des-langues– 9782278095339?lang=fr

Parker, F. et Cronin, J. (2025). Fostering social-emotional learning in children’s books: An analysis of content and quality. Georgia Journal of Literacy, 47(1), 24–45. https://doi.org/10.56887/galiteracy.191

Puozzo Capron, I. et Piccardo, E. (dir.). (2013). L’émotion et l’apprentissage des langues. Lidil, 48. https://doi.org/10.4000/lidil.3305

Ria, L. (2007). Les émotions au cœur de l’activité des enseignants débutants : description d’un observatoire de recherche en ergonomie cognitive. Les cahiers du CERFEE, 23, 101-121.

Tardif, M. et Lessard, C. (1999). Le travail enseignant au quotidien. Expérience, interactions humaines et dilemmes professionnels. De Boeck Université.

Vorger, C. (2023). Émo-chansons en cours de FLE. Quand la chanson permet d’ouvrir des fenêtres sur les émotions. Le Langage et l’Homme, 572, 145-163.

Calendrier

Envoi des publications (1ère version) : 15 juin 2026

Parution : mars 2027

Comité de coordination

Catherine Muller (LIDILEM, Université Grenoble Alpes), Claudine Kahloul-Salinas (SyPraL, Université de Gabès), Safa Zouaidi (SyPraL et LIDILEM, Université de Gabès