Catégories
Appels à contribution

Entre transfert et innovation linguistique : dynamiques de créativité lexicale dans l’interlangue des apprenants d’une langue additionnelle (Ln)?. Date limite (résumé) : 30 avril 2026

Revue Lexis, no 28.

Numéro coordonné par Cédric Brudermann, Muriel Grosbois et Cédric Sarré.

Dans l’apprentissage des langues dites « additionnelles », terme que nous utiliserons ici pour désigner toute langue apprise après la langue première (L1), qu’il s’agisse d’une L2, L3 ou Ln, les phénomènes de transfert1 interlinguistique constituent des mécanismes cognitifs fondamentaux. Bien que ces transferts puissent faciliter l’acquisition dans certains cas (Fries [1945] ; Larsen-Freeman [1986]), ils peuvent également conduire à des productions s’écartant des usages standard de la langue cible (Odlin [1989] ; Jarvis & Pavlenko [2008] ; Ellis [2015)).

Cela est particulièrement vrai du lexique, cette composante du système linguistique étant hautement perméable aux contacts linguistiques. En effet, le lexique mental de l’apprenant regroupe des unités lexicales provenant de toutes les langues qu’il connaît ou apprend (Boulton [1998]). Ainsi, des énoncés tels que « *Ils veulent gagner more, euh » (pour gagner plus), « *Les gens sont involvés » (pour impliqués – influence de l’anglais involved) (Dewaele [1998]), ou encore « *Gérard dit que ses baggages sont déjà registrés » (pour ses bagages sont déjà enregistrés – influence de l’anglais baggage et registered) ou « *un homme avec le nez sanguine… » (pour le nez en sang – influence de l’anglais bloody nose) (Cosereanu [2010]) illustrent des stratégies d’approximation lexicale cohérentes sur le plan cognitif, bien que divergentes du point de vue normatif.

Ces formes n’ont toutefois rien d’aléatoire. Elles révèlent au contraire les logiques internes des interlangues, les processus d’analogie (voire de reconstruction) et les mécanismes de « nativisation » (Andersen [1983]), entendue ici comme la transposition consciente ou non de schémas lexicaux, syntaxiques ou phraséologiques issus des langues premières dans les productions en Ln (Odlin [1989] ; Jarvis & Pavlenko [2008]).

De ce fait, les « erreurs de transfert » (James [1998]), « calques lexicaux » (Granger [1996]) ou « erreurs de nativisation » (Ringbom [1987, 2001]) tendent à montrer qu’un processus de créativité lexicale – ici défini comme la production motivée, structurée et parfois innovante d’unités absentes ou non conventionnelles dans l’usage natif – est à l’œuvre dans les apprentissages en Ln. C’est la raison pour laquelle, si les phénomènes de transferts interlinguistiques étaient autrefois considérés comme parasitaires et stigmatisés car résultant d’« interférences », ils tendent aujourd’hui à être considérés comme des cas particuliers de « marques transcodiques » et offrent en ce sens un observatoire privilégié de l’influence des langues déjà connues sur le développement de l’interlangue en Ln (Cosereanu [2010]).

Ainsi comprise, la créativité lexicale en Ln se déploie alors sur un continuum allant du transfert à l’innovation et constitue un objet d’étude précieux car, loin de se réduire à de simples « anomalies », les formes non conformes observées reflètent le dynamisme des interlangues, l’influence des langues sources et les stratégies compensatoires mises en œuvre pour assurer la communication. À ce titre, la créativité lexicale amène plus largement à interroger les notions de norme lexicale, d’acceptabilité, de validité linguistique et de potentiel créatif des apprenants (Dewaele [1998]).

Pour nourrir la réflexion autour de ces questions encore peu explorées, la revue Lexis lance ainsi un appel à contributions consacré à la créativité lexicale dans les productions d’apprenants en langues additionnelles (Ln).

Plus de détails en ligne.