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Appels à contribution

Langues au travail, travail des langues – Date limite (résumés) : 25 avril 2025

Cahiers du plurilinguisme européen n°17, 2025

Pour son prochain numéro, la revue Cahiers du plurilinguisme européen cherche à rassembler des contributions interrogeant les effets de l’évolution du monde du travail sur les pratiques langagières, dans la continuité, d’une part, des travaux sur la « part langagière du travail » initiés par Boutet (2001, 2012 ; voir plus récemment Wilson 2023) et des recherches menées sur la gestion du plurilinguisme dans les entreprises au début du XXIe siècle (Truchot & Huck 2009, Duchêne 2011), d’autre part. Cette évolution pourra être abordée aussi bien en synchronie qu’en diachronie, le travail ayant été historiquement un puissant facteur d’évolution, mais aussi de maintien (ou non), des pratiques linguistiques. Les effets de l’industrialisation/désindustrialisation dans une région plurilingue donnée pourraient être interrogés dans cette perspective, par exemple, dans la zone d’implantation de la revue, le cas des travailleurs frontaliers de la Région Grand Est (Jacqué 2020).

Il s’agira en particulier de documenter et de discuter l’évolution de la nature et des outils de travail en lien avec les transformations des modes d’organisation du travail et des usages de ces outils. On pense tout particulièrement à l’explosion de la communication numérique et au développement de l’intelligence artificielle (IA) qui sont en train de profondément bouleverser les pratiques linguistiques dans leur grande diversité1. Or, ce développement profite surtout à des langues qui sont déjà largement répandues et contribue sans doute à maintenir leur domination, avec le risque de glottophagie (Calvet 2024 [1974]) que cette dernière comporte. Mais le développement de la communication numérique permet aussi à des langues qui étaient traditionnellement confinées dans l’oralité locale de bénéficier d’une visibilité et d’une diffusion inespérées pour leurs locuteurs et/ou leurs défenseurs, à condition d’adapter les ressources et outils de traitement automatiques aux caractéristiques de ces langues (Bernhard et al. 2024). En attendant de voir « si l’IA mettra les langues de tous à la portée de tous » (Martinez 2025, § 15), des publications récentes montrent aussi bien l’importance de travailler à la diversification des bases de données linguistiques existantes afin de mieux représenter la diversité linguistique (Koch et al. 2024) que la nécessité d’établir des bonnes pratiques d’un point de vue éthique, voire politique, pour une mise en œuvre fiable des puissants algorithmes utilisés pour leur traitement (Pansoni et al. 2023, Boussidan et al. 2024).

Ces évolutions transforment également le travail et surtout le rapport vécu à ce dernier, en un rapport à la fois pratique et existentiel. On pense ainsi aux pressions qui s’exercent à travers  les outils d’IA générative et aux inquiétudes qu’elles suscitent aussi bien pour l’enseignement- apprentissage des langues que dans les métiers de la traduction, sans parler des questions plus  générales liées à la propriété intellectuelle aussi bien dans les domaines scientifiques qu’artistiques. Il s’agira ainsi de réfléchir à la manière dont ces nouveaux outils affectent le travail des étudiant·e·s, des enseignant·e·s, des chercheur·e·s (Martinez 2025), et plus généralement de toutes celles et ceux qui pourraient être appelé·e·s « travailleurs du langage » (Boutet 2012) ou « parole d’œuvre » (Duchêne & Flubacher 2015). Ces derniers doivent  composer avec les risques psychosociaux qu’engendrent les rapports à ces outils (Clot 2015).

Pensons enfin à la transformation des compétences linguistiques orales et écrites, y compris plurilingues, en compétences professionnelles, tant du côté de la formation que du recrutement, dans divers contextes, en lien avec divers processus sociaux et économiques (Adami 2023, Ravalozzo, Etienne & André 2023).

Dans son souci de retenir des thématiques transversales et d’approfondir la réflexion sur les concepts convoqués, le comité de rédaction de la revue examinera les contributions provenant de différents champs disciplinaires (linguistique, sciences de l’information et de la communication, psychologie, droit, anthropologie, philosophie, sciences historiques ou encore études littéraires) qui chercheront à clarifier les définitions de ces termes apparemment communs que sont « langues » et « travail » et à problématiser leur articulation.

Calendrier

Date limite de réception des propositions de contribution (résumés) : 25 avril 2025

Retours du comité de rédaction : 20 mai 2025 au plus tard

Date limite de réception des contributions pour double évaluation anonyme : 01 septembre 2025

Retours d’expertise : 15 octobre 2025 au plus tard

Date de parution : 15 décembre 2025

Les propositions de contributions, comprenant les coordonnées institutionnelles de/des auteur·e·s ainsi qu’un résumé de 400 mots max., 5 mots-clés max. et une bibliographie, pourront être envoyées à : revue-cpe-redaction@unistra.fr

Les indications relatives au processus d’évaluation ainsi que les consignes éditoriales pour les contributions définitives sont disponibles sur le site de la revue.

Bibliographie indicative

Adami, H. (2023). Dans les soutes de la mondialisation : les insécurités langagières des travailleurs d’en bas. Neofilolog, (61/2), 13-24. https://doi.org/10.14746/n.2023.61.2.2

Bernhard D., Vergez-Couret M. & Dupuy E. (2024). Au-delà des normes : identifier et documenter les langues minorisées pour le traitement automatique des langues, Cahiers du plurilinguisme européen, 16 [En ligne]. https://www.ouvroir.fr/cpe/index.php?id=1710

Boussidan A., Ducel F., Névéol A. & Fort, K. (2024). What ChatGPT tells us about ourselves. Journée d’étude Éthique et TAL 2024, Nancy, France. ⟨hal-04521121⟩

Boutet, J. (2001). La part langagière du travail : Bilan et évolution. Langage et société, 98, 17- 42.

Boutet, J. (2012). Language Workers: Emblematic Figures of Late Capitalism, dans A. Duchêne & M. Heller (Éds.), Language in Late Capitalism: Pride and Profit, Routledge, 207-229.

Calvet, L.-J. (2024 [1974]). Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie, 5e édition, Lambert-Lucas.

Clot, Y. (2015). Le travail à cœur : Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte.

Duchêne, A. (2011). Néolibéralisme, inégalités sociales et plurilinguisme : l’exploitation des ressources langagières et des locuteurs. Langage et société, 136(2), 81-108.

Duchêne, A. & Flubacher, M.-C. (2015). Quand légitimité rime avec productivité : la parole-d’oeuvre plurilingue dans l’industrie de la communication. Anthropologie et Sociétés, 39(3), 173-196. https://doi.org/10.7202/1034765ar

Jacque, É. (2020). Les enjeux du travail frontalier dans la région Grand Est. Annales des Mines  – Réalités industrielles, Août 2020(3), 93-96. https://doi-org.scd-rproxy.u- strasbg.fr/10.3917/rindu1.203.0093.

 Koch G., Bella G., Helm P. & Giunchiglia F. (2024) « Layersof technology in pluriversal design decolonising language technology with the live language initiative », CoDesign, 20:1, 77-90. https://doi.org/10.1080/15710882.2024.2341799

Martinez P. (2025) « L’IA au cœur de la remise en question des méthodologies actuelles d’enseignement-apprentissage des langues et des cultures – Vers une didactique réticulaire », Alsic [En ligne], Vol. 28, n° 1. DOI : https://doi.org/10.4000/13cnu

Pansoni S., Tiribelli S., Paolanti M., Di Stefano F., Frontoni E., Malinverni E.S. & Giovanola B. (2023) « Artificial Intelligence And Cultural Heritage: Design And Assessment Of An Ethical Framework », International Archives of the Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial  Information Sciences, Volume XLVIII-M-2-2023, 1149-1155. https://doi.org/10.5194/isprs- archives-XLVIII-M-2-2023-1149-2023

Ravazzolo E., Etienne C. & André V. (2023) « Comment enseigner l’oral en classe ? L’exemple d’un dispositif pour apprendre à interagir plus facilement en réunion de travail » dans  Repères-Dorif n°28 [En ligne]. https://www.dorif.it/reperes/elisa-ravazzolo-carole-etienne- virginie-andre-comment-enseigner-loral-en-classe-lexemple-dun-dispositif-pour-apprendre- a-interagir-plus-facilement-en-reunion-de-travail/

Truchot, C. & Huck, D. (2009) « Le traitement des langues dans les entreprises », Sociolinguistica, vol. 23, no. 1, 1-31.

Wilson, A. (2023). Deux faces d’une même pièce ? Vers des passerelles entre la sociolinguistique et les langues étrangères appliquées. Revue internationale des Langues  Étrangères Appliquées, vol. 2. [En ligne]. https://anlea.org/revues_rilea/adam-wilson-deux- faces-dune-meme-piece-vers-des-passerelles-entre-la-sociolinguistique-et-les-langues- etrangeres-appliquees/