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Linguistique et didactique de l’oral spontané en France : perspectives croisées des cultures scientifiques germano-, franco- et anglophones sur la langue parlée

7 octobre

Jeanne VIGNERON-BOSBACH et Liubov PATRUKHINA

Le présent appel à communications concerne deux journées d’études co-organisées par l’EA 4151 CREG et l’UR 3816 FoReLLIS, l’une prévue en octobre 2022 à Toulouse, et l’autre en octobre 2023 à Poitiers. Ces deux JE viseront à faire un état de l’art des recherches sur les phénomènes de l’oral spontané en France, aussi bien en linguistique qu’en didactique. Elles s’intéresseront principalement à l’allemand mais également au français et à l’anglais. La perspective comparative sera ainsi triple : comparaison entre les cultures scientifiques, entre les disciplines de la linguistique et de la didactique, et entre les langues. Les aspects phonologiques ayant été largement abordés par ailleurs, notre analyse se positionnera aux niveaux syntaxique, lexical et pragmatique, car la recherche sur ces domaines nous semble moins foisonnante.

 

I – Première journée d’études – 7 octobre 2022 – Toulouse

Les recherches linguistiques menées en France sur l’allemand, le français et l’anglais parlés et leur impact sur la didactique de l’oral de ces trois langues L’intérêt pour la langue parlée et la didactique de l’oral en France ne se dément pas depuis plusieurs décennies maintenant. Les questionnements liés à ces types de productions et au lien avec l’enseignement sont très prégnants actuellement, si l’on en juge par le grand dynamisme des publications et manifestations scientifiques récentes (pour n’en citer que quelques unes : publications et manifestations organisées par l’ALOES – Association des anglicistes pour les études de Langue Orale dans l’Enseignement Supérieur, Secondaire et Primaire1 , ou bien le numéro 43/1 des Mélanges Crapel Enseignement du français parlé aujourd’hui : Recherches et expériences de terrain publié en 2022 sous la direction de Troncy et al. et l’ouvrage collectif Linguistique interactionnelle, grammaire de l’oral et didactique du français publié en 2019 par Calinon et al.). Il convient aussi de mentionner les manifestations et publications récentes à l’étranger, comme l’ouvrage collectif sous la direction de Günthner et al. Gesprochene Sprache in der kommunikativen Praxis: Analysen authentischer Alltagssprache und ihr Einsatz im DaF-Unterricht, paru en 2021, ou bien le colloque Entre le théorique et l’expérientiel : l’oral en didactique du FLE, prévu à Turin en juin 20222 . Nous souhaitons prolonger ces réflexions en nous concentrant sur l’allemand parlé, en contraste avec l’anglais et le français parlés, et observer les héritages et transferts théoriques qui peuvent avoir lieu.

Cette première journée d’études a pour objectif d’observer comment des héritages théoriques prépondérants en France, en particulier le courant post-structuraliste des linguistiques de l’énonciation françaises (E. Benveniste, O. Ducrot, A. Culioli), influencent ou ont influencé l’analyse des langues parlées (axe 1) et leur exploitation en didactique (axe 3). Nous chercherons également à voir comment les modèles développés en France pour le français parlé (notamment les travaux fondateurs de l’équipe de Blanche-Benveniste et al., le modèle descriptif de Danon-Boileau et Morel et l’approche variationniste de Gadet) ont pu faire l’objet d’un transfert et d’un ajustement lors du passage à la description de l’allemand parlé, et éventuellement de l’anglais parlé (axe 2). Les phénomènes sur lesquels nous souhaitons nous arrêter se situent aux niveaux syntaxique, lexical, et pragmatique, que ce soient des phénomènes comme l’hésitation, les marqueurs discursifs, les particules modales, ou d’autres.

Les contributions s’articuleront autour des problématiques suivantes :

1°) Héritage et transmission des cultures scientifiques Il s’agira dans un premier temps de mesurer, au sein des trois aires culturelles, l’influence des grands chercheurs francophones, notamment des linguistiques énonciatives (E. Benveniste, O. Ducrot, A. Culioli), et de l’étude du français parlé (C. Blanche-Benveniste, F. Gadet, A. Berrendonner, M.-A. Morel et L. Danon-Boileau, …) sur les travaux actuels qui portent sur l’oral spontané et sont menés dans les universités françaises. Quels sont les développements récents de leurs théories ? Si certain.e.s chercheur.e.s en France revendiquent explicitement leur appartenance aux idées de l’un de ces maîtres pour décrire la langue parlée, comment se manifeste ce qu’on pourrait appeler l’héritage d’une culture scientifique ? Comment ces modèles théoriques et descriptifs ont-ils influencé l’analyse de l’allemand parlé notamment ? Pour les modèles qui ont à l’origine traité de l’écrit ou de l’oral représenté, comment a-t-on pu tester leur solidité face aux faits de langue spécifiques à l’oral attesté en corpus, et quels ajustements théoriques ont pu être nécessaires ? On peut penser par exemple au célèbre exemple de Culioli « moi, mon père, son vélo, le guidon, le chrome il est parti » qui lui a permis de remettre en question l’approche syntaxique générativiste ne résistant pas à certains faits de syntaxe de l’oral (2005).

2°) Transfert et ajustement de modèles développés pour le français vers l’allemand et/ou l’anglais

On pourra également se demander dans quelle mesure les modèles francophones d’analyse de l’oral développés pour une des trois langues étudiées ont pu faire l’objet d’un transfert vers les deux autres langues. On s’interrogera sur l’existence de tels transferts, et sur les ajustements opérés ou non lors de la confrontation d’un modèle à une autre langue. Par exemple, Passot (2004 : 114-132) adopte dans sa thèse le modèle de Morel et Danon-Boileau (1998) développé pour le français parlé, et note qu’une certaine adaptation à l’anglais est nécessaire. Vigneron-Bosbach (2016) a recours dans ses travaux à l’analyse en grille développée par Blanche-Benveniste et l’équipe d’Aix-en-Provence (notamment Blanche-Benveniste et Jeanjean, 1987, Blanche-Benveniste, 1990). Bien que ce mode d’analyse ait été mis en place principalement pour la description du français parlé, il s’est avéré qu’il constituait un outil efficace pour la description de l’anglais et de l’allemand et semblait transférable aux autres langues. Si le transfert d’un modèle se révèle peu fréquent, voire inexistant, on s’interrogera sur les raisons de cette absence : dans les cas où la langue de publication ne constitue pas un frein, l’absence de transfert, est-elle due à une certaine étanchéité entre les aires culturelles et les disciplines des chercheurs et chercheuses (donc entre germanistes, romanistes et anglicistes ou entre linguistes et didacticiens) ? Ou bien cela met-il plutôt à jour une difficulté d’ajustement d’un modèle à d’autres langues ?

3°) Ajustement des modèles linguistiques à la réflexion didactique et à l’enseignement des langues étrangères

Il sera également intéressant d’étudier le transfert entre la linguistique et la didactique (et peut-être aussi inversement ?). Le premier problème soulevé est celui de la terminologie : que voulons-nous dire quand nous parlons d’oral (spontané) ou de langue parlée ? Dans la perspective de l’évaluation de l’oral en classe de langue, Coste (2008 : 204) souligne notamment que « les représentations de l’oral [sont co-] construites par les recherches linguistiques (discursives, conversationnelles, acquisitionnelles) et didactiques (interaction en classe, interlangues d’apprenants, communication exolingue et plurilingue) […] » Le choix entre les termes “oral”, “langue parlée” ou encore “oralité” par les chercheurs et les chercheuses détermine ainsi l’objet précis de l’étude (cf. Maurer 2003 ; Paternostro 2022 ; Patrukhina 2019). En rapport avec ce premier point terminologique, nous souhaitons nous interroger aussi plus particulièrement sur le périmètre du terme « authentique » qui est fréquemment utilisé en relation avec le terme « oral ». En découleront ensuite les questions de la normativité lors du choix des phénomènes de l’oral qui seront représentés dans les manuels de langue étrangère et des éventuels transferts des recherches en linguistique vers l’enseignement.

Cette première JE pourra donc accueillir des communications tentant de répondre à certains des questionnements suivants :

1) Dans quelle mesure les études sur l’oral en France, en particulier sur l’allemand parlé, sont-elles scientifiquement influencées par les modèles théoriques et descriptifs développés dans les universités françaises et quel est leur héritage actuel ? Peut-on mesurer l’influence d’héritages scientifiques francophones ?

2) Quels sont les transferts de modèles ou de concepts développés en France pour le français parlé vers l’allemand et/ou l’anglais parlé (ou inversement) ? Quels ajustements cela nécessite-t-il ? Quels en sont les résultats et aboutissements ? Dans votre pratique, que vous apporte une théorie développée pour une autre langue ? Êtes-vous habitué.e à expliciter l’arrière-fond théorique de vos travaux à des personnes d’une autre culture scientifique ?

3) Comment décrire des phénomènes spécifiques à la langue parlée ? Quels outils utiliser pour décrire les ajustements progressifs faits par les locuteurs au fur et à mesure de la production discursive, mais aussi selon le genre de discours, ou encore selon le contexte socio-communicatif au sens large, et à l’aide de quels types de marqueurs ?

4) Comment les approches développées en linguistique sont-elles transférées et ajustées à la didactique ? Dans quelle mesure retrouve-t-on des influences des cultures scientifiques dans l’utilisation d’un modèle pour la didactique ?

5) Peut-on établir, en linguistique comme en didactique, une typologie dans l’usage en France de la terminologie autour de l’oral (au sein des trois aires culturelles concernées), comme “langue orale”, “oralité, “oral spontané”, etc. ? Comment conçoit-on l’étendue du terme « oral authentique » dans les recherches en didactique menées en France sur l’allemand, le français et l’anglais ?

6) Quelles caractéristiques syntaxiques, lexicales ou pragmatiques de l’oral attesté en corpus, sont transférées ou pertinentes pour un transfert vers « l’oral » comme épreuve ou exercice (oral aux concours, production orale en classe de langue étrangère) ?

7) Dans quelle mesure les récentes recherches en linguistique influencent-elles la représentation de l’oral dans les manuels de langue étrangère ? Quelles sont les normes sous-jacentes au choix des phénomènes de l’oral spontané notamment pour les dialogues de ces manuels ?

Les communications devront porter en priorité sur l’allemand, ou adopter une approche comparative de l’allemand avec le français et/ou l’anglais.

Modalités de soumission :

Les propositions (titre, résumé de 500 mots maximum, mots clés, et références bibliographiques) seront accompagnées d’une brève biobibliographie indiquant le statut, l’affiliation institutionnelle ainsi que les publications significatives. Celles-ci sont à envoyer avant le 15 juillet 2022 à jeanne.vigneron.bosbach@univ-poitiers.fr et liubov.patrukhina@univ-tlse2.fr II

Détails

Date :
7 octobre
Catégorie d’évènement:

Lieu

Toulouse