10 ans du programme Horizon académique
Colloque international
Lancé en 2016 dans un contexte de crise migratoire, le programme passerelle vers les études universitaires Horizon académique (ci-après HA) célèbrera, au cours de l’année 2026-2027, ses 10 ans d’existence. A l’instar d’autres projets qui ont émergé à ce moment-là au sein de l’espace francophone européen destinés à accueillir et à accompagner des personnes exilées1 avec un profil tertiaire – par exemple, Access2university à Louvain-la-Neuve et à Liège (Rassart et al., 2020), le réseau MEnS, qui regroupe plus de 40 DU Passerelle en France (Bouffet et al., 2021) – la création d’HA s’inscrit dans le contexte des flux migratoires de 2015 (Crettenand & Reusse, 2019 ; Moulin et al., 2022) avec, pour objectif, une meilleure prise en compte de la diversification des profils des personnes migrantes (Wihtol de Weden, 2016, 2017). S’adressant majoritairement à des étudiant-es en situations d’exil, ces programmes répondent à un réel besoin. En effet, si une partie non négligeable des personnes exilées sont en âge de suivre des études supérieures (Commission européenne/EACEA/Eurydice, 2019), seule une minorité y a accès dans le monde. Selon le Rapport du Haut-Commissariat pour les Réfugiés sur l’éducation, ce chiffre s’élevait à 6% en 2022 (UNHCR, 2022).
Bien que l’accueil des étudiant-es exilé-es au sein des universités ne constitue pas un phénomène nouveau, l’intensification des flux migratoires amène les institutions d’enseignement supérieur à accorder une attention renouvelée à cette population. Ainsi, récemment, le conflit en Ukraine a modifié considérablement la situation de l’asile en Suisse (Wanner, 2025) – à l’instar d’autres pays européens –, appelant l’université à repenser les modalités de son intervention en matière d’accueil et d’intégration2 d’étudiant-es en situations d’exil, au regard des spécificités liées à leurs parcours migratoires, longtemps demeurées peu, voire insuffisamment prises en considération (Goes et al., 2010 ; Harvey & Mallman, 2019 ; Baker et al., 2023).
Dans ce contexte, la réflexion autour de l’accompagnement linguistique des étudiant- es exilé-es dans l’enseignement supérieur est centrale (Kalocsányiová et al., 2024) et soulève des enjeux multiples : quelle langue – et quels contenus – enseigner pour répondre à leurs besoins, qui peuvent parfois être très différents selon la formation visée ? Comment prendre en compte les acquis antérieurs, les trajectoires éducatives, le répertoire plurilingue et les expériences vécues (Meunier, 2021) ? Comment former de manière adaptée les différent-es acteurs et actrices impliqué-es dans l’accompagnement de ce public (Harvey & Mallman, 2019), en particulier les enseignant-es de langues ? Et, de manière plus générale, comment articuler les différentes temporalités en jeu (Mercier et al., 2021), à savoir celle, urgente, de l’intégration sociale, éducative et professionnelle dans le pays d’accueil, et celle, plus longue, des apprentissages linguistiques et académiques, sans négliger le temps nécessaire à la prise en compte des traumatismes et des besoins psychosociaux de ce public (Métraux, 2017) ?
Ainsi, si du point de vue institutionnel et didactiques, les défis sont multiples, ceux que doivent relever les étudiant-es exilé-es le sont tout autant. En effet, outre l’appropriation de la langue nécessaire à l’intégration au sein de la société du pays d’accueil (Adami & Leclercq, 2012 ; Adami & André, 2013 ; Hambye & Romainville, 2014 ; Beacco et al., 2017 ; Zeiter, 2026), ces étudiant-es doivent également atteindre un niveau seuil pour l’accès aux études – souvent le niveau B2 du CECRL (Conseil de l’Europe, 2001). A cela s’ajoute la nécessité d’acquérir des compétences en littératies universitaires (Hirano, 2015 ; Avram & Hidden, à paraitre ; Meunier et al., à paraitre), généralement en lien avec un champ disciplinaire précis (Pollet, 2021), tout cela devant se faire dans une temporalité brève et dans des conditions matérielles souvent peu adaptées à ces exigences.
Dans le cadre d’Horizon académique, par exemple, ce triple objectif linguistique a conduit à la mise en place, dans le volet « langue & intégration » du programme, d’un cursus ad hoc, faisant intervenir des éléments relevant du français langue d’intégration (FLI), du français langue étrangère (FLE) ainsi que du français sur objectifs universitaires (FOU) (voir Racine et al., 2024 ; Racine et al., à paraitre). D’autres dispositifs ont adopté des configurations organisationnelles distinctes. Ainsi, du point de vue du public visé, certains programmes ciblent un public mixte : à la fois étudiant- es en situations de mobilité contrainte et étudiant-es internationaux. En ce qui concerne le niveau de langue à l’entrée et le niveau ciblé à la sortie, certains cursus démarrent au niveau A1, d’autres à des niveaux plus élevés. Enfin, quant aux contenus, l’éventail des approches s’étend de programmes spécifiquement ciblés sur des compétences communicationnelles à des cursus complets (voir Meunier et al., 2023), en passant par des cours de langue sur objectifs universitaires ou encore l’intégration de stages professionnalisants, voire de modules consacrés au développement de la créativité (Ouédraogo & Frier, 2020).
Les différences observées dans les choix didactiques opérés par les programmes dédiés à l’accompagnement linguistique des étudiant-es exilé-es dans l’enseignement supérieur sont très souvent le reflet des contextes spécifiques dans lesquels ils ont émergé. Le financement, toujours complexe, de tels programmes, combinés aux contraintes administratives et politiques constituent fréquemment un obstacle supplémentaire à la mise en place d’une réflexion plus transversale. On observe néanmoins l’émergence d’initiatives plus fédératrices, telles que le projet S.U.C.RE3 (Arjona Soberón et al., 2017), le réseau MEnS4, ou encore le récent projet SERAFIN5. Ce dernier a contribué, d’une part, à dresser un état des lieux qualitatif des besoins tant des étudiant-es exilé-es que des enseignant-es de langues, et, d’autre part, à proposer diverses ressources pour accompagner ce public (Meunier et al., 2023). Un autre enjeu réside dans l’urgence qui caractérise souvent la création de tels dispositifs, urgence qui a même conduit à l’émergence de nouveaux concepts : celui de « didactique de l’urgence » (Beacco, 2012), qui concerne la prise en charge des enfants et adolescent-es migrant-es dans le cadre scolaire, et, plus récemment, pour les adultes, celui de « didactique de la catastrophe » (Getliffe & Ardisson, 2022 ; voir également Achard-Bayle et al., 2024).
A l’heure où différents programmes d’accompagnement linguistique des étudiant-es exilé-es à l’université commencent à atteindre un certain degré de structuration, l’anniversaire de la première décennie d’existence d’Horizon académique nous offre l’occasion de rassembler les différent-es acteurs et actrices œuvrant dans la formation linguistique de ce public, afin de revenir sur le chemin déjà parcouru dans des contextes différenciés, d’en dresser le bilan, permettant ainsi d’engager une réflexion qui se voudrait plus transversale. Le colloque international Enseignement- apprentissage de la langue à des étudiant-es exilé-es : problématiques actuelles et perspectives pour une intégration réussie à l’université se propose ainsi d’explorer les différents enjeux de l’enseignement-apprentissage de la langue à des fins universitaires à un public en situations d’exil. Il vise à offrir un lieu d’échange d’expériences au regard des situations variées, tant au niveau éducatif, culturel, politique, financier, etc., afin de mieux intégrer ces étudiant-es dans les universités et de mieux les accompagner tout au long de leurs cursus. La réflexion ainsi entamée pourrait également, à terme, intéresser plus largement l’ensemble des étudiant-es allophones universitaires (Hirano, 2015) – ou même natifs/ves (voir, à titre d’exemple, l’étude menée par Bachy & Baillet, 2024). En effet, certaines difficultés rencontrées par les étudiant-es en situations d’exil offrent un « effet de loupe » sur des difficultés rencontrées par tout-e étudiant-e universitaire.
Le colloque sera structuré de la manière suivante : il débutera l’après-midi du 20 janvier, par une demi-journée, ouverte à un public plus large, qui visera à faire dialoguer des acteurs et actrices, actifs/ves à Genève dans le domaine de l’enseignement de la langue à un public en situations d’exil, et ce à différents niveaux du système éducatif, allant de l’école à l’université. Différent-es expert-es échangeront dans le cadre d’une table ronde intitulée « Enseignement de la langue aux personnes en situations d’exil : où est-on ? défis, perspectives ». A la suite des échanges, une soirée festive pour célébrer les 10 ans du programme Horizon académique clôturera cette première demi-journée, ouverte à la Cité. Les 21 et 22 janvier seront quant à eux consacrés au colloque académique. Divers formats sont prévus : tables rondes, conférences plénières et sessions de communication. Nous invitons les chercheur-es, enseignant-es et praticien-nes à soumettre des communications s’inscrivant dans l’un des trois axes suivants :
Axe 1. Les curricula de formation linguistique adressés à des étudiant-es exilé- es
Cet axe interroge les contenus des programmes de formation linguistique adressés à des étudiant-es exilé-es dans l’enseignement supérieur, en questionnant notamment les enjeux en lien avec la mise en place de cursus ad hoc ainsi qu’à la transition vers les dispositifs ordinaires. Plus largement, il vise l’examen d’initiatives capables de valoriser l’hétérogénéité des parcours, de développer les compétences académiques et numériques et de promouvoir le plurilinguisme et l’interculturalité afin de favoriser l’autonomisation et la réussite des étudiant-es.
Les contributions à cet axe pourront notamment porter sur :
Axe 2. Point de vue des étudiant-es exilé-es sur leur apprentissage de la langue en contexte universitaire
Cet axe propose d’interroger la manière dont les parcours antérieurs – académiques, professionnels, migratoires – des étudiant-es exilé-es façonnent leur apprentissage de la langue en contexte universitaire, leur permettant de mener à bien leur projet d’études.
Les contributions à cet axe pourront notamment porter sur :
Axe 3. Les acteurs et actrices impliqué-es dans les formations linguistiques à destination des étudiant-es exilé-es
Cet axe s’intéresse aux professionnel-les intervenant auprès des étudiant-es exilé-es et aux pratiques développées pour soutenir leurs parcours d’apprentissage de la langue. Il vise notamment à explorer le rôle des enseignant-es de langues et leur éventuelle collaboration avec d’autres acteurs et actrices institutionnel-les. Il s’intéresse également aux compétences et formations nécessaires pour enseigner la langue et les littéracies universitaires à ce public ainsi qu’aux actions permettant d’accompagner l’intégration académique et socioprofessionnelle des étudiant-es et de faciliter la réussite de leurs projets d’études.
Les contributions à cet axe pourront notamment porter sur :
Chacun de ces axes pourra être appréhendé dans une perspective didactique, permettant d’en analyser les enjeux en matière d’enseignement et d’apprentissage.
Ainsi, pour chaque axe, des contributions portant sur des pistes concrètes pourront être développées et articulées autour de pratiques pédagogiques favorisant à la fois la compréhension des contenus, l’engagement des étudiant-es et le développement de compétences spécifiques.
Propositions de communication
Les propositions de communication devront comporter un titre, indiquer l’axe thématique dans lequel elles s’inscrit. Elles comprendront un résumé de 500 mots maximum, accompagné d’une bibliographie de 10 références au plus (non comprise dans le décompte des mots) et jusqu’à cinq mots-clés.
Langue de communication : français (les supports de présentation pourront être dans une autre langue nationale suisse ainsi qu’en anglais).
Les contributions devront être déposées sur :
https://etuexiluniv.sciencesconf.org/ .
Calendrier prévisionnel :
15 juin 2026 30 juin 2026 Clôture de la réception des contributions
15 septembre 2026 Réponse aux participant-es
30 septembre 2026 Diffusion du programme et ouverture des inscriptions
15 décembre 2026 Clôture des inscriptions
20, 21 et 22 janvier 2027 Tenue du colloque
Comité scientifique :
Laura Abou Haidar (Université de Grenoble)
Virginie André (Université de Lorraine)
Sarah Cotelli (Université de Neuchâtel)
Julie Decap (Université de Genève)
Charlotte Dejean (Université de Grenoble Alpes)
Carmen Delgado (Université de Fribourg)
Olivier Dezutter (Université de Sherbrooke)
Marion Didelot (Université de Genève)
Sophie Dufour (Université de Lyon 2)
Anika Falkert (Université d’Avignon)
Mariana Fonseca Favre (Université de Genève)
Laurent Gajo (Université de Genève)
Stéphanie Galligani (Université de Grenoble Alpes)
Anne Grobet (Université de Genève)
Emmanuelle Guérin (Université Paris Sorbonne)
Ève Lejot (Université du Luxembourg)
Eliane Lousada (Université de São Paulo)
Bruno Maurer (Université de Lausanne)
Déborah Meunier (Université de Liège)
Damien Moulin (Université de Genève)
Nathalie Muller-Mirza (Université de Genève)
Roberto Paternostro (Université de Genève)
Coraline Pradeau (Université de Rouen)
Isabelle Racine (Université de Genève)
Myriam Radhouane (Université de Genève)
Emmanuelle Rassart (Université de Louvain)
Inès Saddour (Université de Toulouse)
Pierre Salam (Université du Mans)
Carine Skupien (Université de Neuchâtel)
Frederikos Valetopoulos (Université de Poitiers)
Françoise Zay (Université de Genève)
Anne-Christel Zeiter (Université de Lausanne)
Organisation :
Le colloque est organisé conjointement par l’Ecole de langue et de civilisation françaises, la Maison des Langues et la Délégation intégration (Université de Genève).
Le comité d’organisation se compose de :
Julie Decap
Mariana Fonseca Favre
Gabriela Gimenez
Anne Grobet
Damien Moulin
Stefanie Pamingle
Isabelle Racine
Françoise Zay
Références
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