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Écrire et faire écrire avec l’intelligence artificielle à la croisée des langues : créations littéraires et pratiques didactiques

29 octobre - 30 octobre

L’éclosion de l’intelligence artificielle a radicalement modifié l’acte d’écrire dans toutes ses acceptions, de l’apprentissage de l’écriture à son enseignement. En tant qu’outil technique, assistant de création, espace de réflexion ou partenaire de traduction, l’intelligence artificielle transforme les usages linguistiques ou littéraires, ouvre la voie à de nouveaux imaginaires et remet en question les limites entre les langues, les auteurs, les cultures et les compétences.

Historiquement, l’intelligence artificielle a été approchée à travers le prisme de la simulation. Ainsi, Göksel et Bozkurt (2019) définissent – de manière approximative – l’intelligence artificielle comme la capacité d’un dispositif contrôlé par ordinateur à effectuer des tâches à la manière d’un être humain. Comme ils l’indiquent, les qualités humaines comprennent des processus mentaux tels que le raisonnement, la création de sens, la généralisation et l’apprentissage à partir d’expériences passées. Sous les termes “intelligence artificielle” ou “intelligence computationnelle”, Russell et Norvig (2003) quant à eux englobent divers sous-domaines dans lesquels l’apprentissage a lieu et où des tâches spécifiques, telles que jouer aux échecs, prouver des théorèmes mathématiques, écrire de la poésie et diagnostiquer des maladies, peuvent être effectuées. Nilsson (2014) définit l’intelligence artificielle comme l’ensemble d’une construction algorithmique copiant l’intelligence humaine. Pour Nilsson (2014), l’intelligence artificielle englobe la construction de modèles capables de traiter l’information et de transformer des données brutes en représentations exploitables. Dans la continuité de cette approche, LeCun, Bengio et Hinton (2015) définissent les enjeux majeurs de l’intelligence artificielle autour de l’apprentissage de représentations hiérarchiques, de la généralisation et de l’efficacité des modèles de deep learning. Cependant, l’avènement des grands modèles de langage (LLM) reconfigure ces enjeux en déplaçant l’attention vers la production langagière, l’interaction discursive et les usages éducatifs et créatifs de l’intelligence artificielle.

Dans le prolongement de réflexions récentes sur les temporalités de l’intelligence artificielle, telles que celles proposées lors du workshop Call for Papers: Temporalities of AI organisé par la Bibliotheca Hertziana – Max Planck Institute for Art History (Rome, avril 2026), ce colloque interroge plus spécifiquement les temporalités de l’écriture, de la création et de l’apprentissage à l’ère des modèles génératifs.

Là où ces travaux mettent en lumière les régimes temporels des réseaux neuronaux, des infrastructures et du travail algorithmique, notre approche se concentre sur le temps long de l’écriture, les processus de co-construction du sens, les rythmes de l’apprentissage linguistique et les temporalités narratives produites ou reconfigurées par l’intelligence artificielle.

Il ne s’agit plus seulement de « trier et hiérarchiser », mais de générer. Comme le soulignent Göksel et Bozkurt (2019) ainsi que Mattei et Villata (2022), bien que ces systèmes reposent sur des probabilités statistiques et non sur une intentionnalité consciente, leur intégration dans les pratiques professionnelles et créatives appelle une redéfinition de l’acte d’écrire. L’écriture se transforme en un espace d’interaction homme-machine, une « co-écriture » où la frontière entre l’inspiration humaine et la complétion algorithmique devient floue.

L’évolution des outils d’écriture fondés sur l’intelligence artificielle offre un degré de personnalisation inédit, capable de s’adapter à différents styles, besoins académiques et préférences linguistiques. Cette flexibilité constitue l’un des atouts majeurs des outils d’écriture modernes, leur permettant de répondre aux exigences variées d’un large éventail d’utilisateurs (Martinez, 2025).  Le territoire de la littérature s’étend ainsi des formes classiques valorisant l’autonomie de l’œuvre aux écritures socialement et politiquement engagées, du roman traditionnel aux écritures multimodales et interactives, et du style pur à des réflexions nourries par l’anthropologie, les sciences et les capacités créatives de l’intelligence artificielle. Les travaux d’Alexandre Gefen (2010) illustrent cette mutation : « le microblogging, écriture de soi brève, fluide et asynchrone, […] mène à des formes à contraintes expérimentales […] et pousse la littérature à quitter les espaces pensés pour l’expression littéraire et à s’imposer à l’intérieur des dialogues sociaux ».

Le colloque « Écrire et faire écrire avec l’intelligence artificielle à la croisée des langues – Création littéraire et didactique » propose d’examiner cette zone de tension et de coopération : qu’est-ce qui survit de l’auteur, du style et de l’apprentissage lorsque la machine est impliquée dans la création du sens ?

L’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques pédagogiques ouvre également des perspectives pour l’innovation didactique et la recherche en éducation. Baker et al. (2019) distinguent des usages tournés vers le système, vers l’étudiant et vers l’enseignant. De fait, l’intelligence artificielle transforme l’enseignement de l’écriture et l’apprentissage des langues. Pour les enseignants, l’intelligence artificielle peut produire des textes adaptés à différents niveaux de compétence, créer des exercices ciblés et proposer des supports d’entraînement variés et personnalisables. Elle permet également de concevoir des scénarios pédagogiques modulables, d’élaborer des activités interactives et de diversifier les modes d’évaluation, tout en optimisant le temps consacré à la préparation et au suivi des apprenants. Du côté des étudiants, l’intelligence artificielle générative peut être intégrée dans une perspective pédagogique active, où ils sont directement associés à l’usage de la technologie pour créer, rédiger, parler ou interagir. L’intelligence artificielle peut par exemple assister dans la rédaction de textes originaux, proposer des reformulations, traduire des contenus ou générer des dialogues. L’intégration de ces outils dans les pratiques pédagogiques et évaluatives soulève de nouvelles questions sur l’innovation éducative, la créativité des apprenants et les modes d’évaluation de l’écriture.

Ce colloque international interdisciplinaire vise à réunir chercheurs, écrivains, enseignants, experts en linguistique, en technologies éducatives et en didactique des langues afin d’explorer la place de l’intelligence artificielle dans l’écriture, la création littéraire et l’enseignement-apprentissage de l’écriture dans les langues maternelles ou étrangères.

 

Détails

Début :
29 octobre
Fin :
30 octobre
Catégorie d’Évènement:
Site :
https://efeia.sciencesconf.org/?lang=fr

Lieu

Abu Dhabi