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Écritures de recherche et dispositifs créatifs : vers de nouvelles modalités d’accompagnement des (apprentis-)chercheurs en didactique des langues

9 décembre

UFR SLHS, Université de Franche-Comté, Besançon

 

Nous écrivons des textes, nous ne regardons pas à travers une vitre (Latour, 2006 : 178)

Ce sont ces récursivités entre les tâches de recherche et d’écriture qui font que le travail de la recherche n’est pas de l’ordre de la procédure […], mais de l’ordre du projet. (Puren, 2020 : 2)

Présentation

Participant de la spécification du discours scientifique, les écritures de recherche sont pratiquées à l’université par les enseignants-chercheurs et les doctorants, mais aussi par les étudiants en deuxième cycle, notamment les mastérants. Si les enjeux épistémologiques et méthodologiques associés à la recherche en didactiques des langues sont aujourd’hui clairement identifiés (Galisson, 1990 ; Montagne-Macaire, 2007 ; Blanchet, Chardenet, 2011 ; David, Weber, 2020), l’acculturation à l’écriture scientifique peut apparaitre comme une composante lacunaire des parcours de formation à la recherche. L’entrée dans les pratiques littéraciées de recherche pose notamment la question de l’adéquation entre les difficultés repérées chez les (apprentis-)chercheurs (Reuter, 1998, 2014 ; Bouchard, 2010 ; Pollet, 2012, 2014 ; Favrat, 2020) et les moyens (auto-)formatifs mis à leur disposition (cours de méthodologie de la recherche et autres modules spécifiques, guides/manuels, colloques de doctorants ou de « jeunes chercheurs »). Les dispositifs particulièrement dédiés à l’initiation, à l’entrainement ou à l’accompagnement des écritures de recherche apparaissent pour le moment moins documentés. Cette journée d’étude vise à mettre en valeur certaines pratiques formatives et/ou autodidaxiques qu’il s’agirait de considérer comme autant de leviers pour interroger l’interaction fondamentale entre écriture et processus de recherche, cela dans le champ des didactiques des langues et du plurilinguisme.

Parlant d’« écriture de la recherche » plutôt que d’« écriture de recherche », Puren (2020) signale un dialogisme fort entre une « écriture-processus-de-la-recherche » et une « écriture-produit » – les deux renvoyant à une multiplicité d’écrits de recherche, publiés ou non. C’est ce continu à la fois langagier et méthodologique qu’il s’agira d’interroger, à travers l’évocation d’un vaste ensemble de situations énonciatives et de pratiques discursives comme partie prenante de la recherche.

Par écriture(s) de (la) recherche, on entendra ici une pluralité de chantiers de lectures-écritures que tout chercheur est amené à conduire à différentes étapes de son parcours et à des fins très diverses : formulation de projets de recherche à un stade initial (avant-projet de thèse), intermédiaire (synthèse annuelle, présentation de mi-parcours) ou terminal (résumé, conduite de soutenance) ; réénonciations (compte rendu de lecture, analyse de corpus) ; communication avec le ou les accompagnant(s) et échanges avec la communauté scientifique ; écriture réflexive tournée vers le processus de recherche (journal de bord) ; écrits académiques finalisés (mémoire ou thèse) ou destinés à l’édition scientifique (article, intervention à un colloque) ; etc.

Malgré la fréquence et les attentes fortes associées à ces écritures de (la) recherche, on constatera qu’il n’en est pas toujours fait grand cas dans les ouvrages méthodologiques destinés aux étudiants ou aux doctorants (par exemple, Catroux, 2018). Associant l’écriture à une phase rédactionnelle, les approches méthodologiques qui sous-tendent ces livres-outils présentent l’inconvénient d’en rester souvent à une opposition fond-forme. Ainsi l’acquisition d’une « discipline d’écriture » (Pichet, 2019 : 365) semble-t-elle renvoyer principalement à la maitrise de normes formelles (citations, notes, bibliographie, etc.), argumentatives ou procédurales (révision du « manuscrit »). Associée à un impératif de clarté mais rarement définie, la notion de « style » apparait comme une préoccupation récurrente (Mongeau, 2009 : 131 ; Pichet 2019 : 358 ; Puren, 2020 : 5) qui n’est pas étrangère à une vision instrumentale de l’écriture.

Il nous semble essentiel de repartir de l’idée générale que l’écriture scientifique n’est pas réductible à des enjeux formels, qu’elle conditionne l’approche même de la recherche, point sur lequel Latour (2006) a insisté en sciences sociales. Il est d’ailleurs possible de lire une partie des travaux francophones en matière de littératies universitaires (Laborde-Milaa, Boch, Reuter, 2004 ; Deschepper, Thyrion, 2008 ; Blaser, Pollet, 2010 ; Delcambre, Lahanier-Reuter, 2012 ; Bonasio, Fabre, 2015) comme une invitation à valoriser davantage la force heuristique de l’écriture dans toute situation d’enseignement, de formation ou de recherche à l’université. D’ailleurs, certains dispositifs d’acculturation à l’écriture de recherche ont déjà fait l’objet d’études (Lafont-Terranova, Niwese, Colin, 2016 ; Lafont-Terranova, Niwese, 2016 ; Martin, 2014a ; Niwese, Lafont-Terranova, Jaubert, 2019), lesquelles laissent deviner tout un champ d’expérimentation à investir. Il est important de souligner que nombre de ces dispositifs comportent une dimension créative, par exemple quand un directeur de thèse, un doctorant, un enseignant-chercheur recourent, par nécessité méthodologique ou autre, à des manières de faire recherche qui incluraient des pratiques d’atelier d’écriture (Niwese, 2010), de carnets de recherche (Latour, 2006 ; Martin, 2014a ; Puren, 2020), de lectures-écritures collectives/collaboratives (Martin, 2014b), etc.

Le développement de ces pratiques vient probablement illustrer la convergence de plusieurs tendances générales au sein de l’université, qui influent en retour sur l’enseignement[1]recherche en sciences du langage : une préoccupation transversale pour la formation aux écrits professionnels ; une « pédagogie de la créativité » qui aurait essaimé de situations d’enseignement-apprentissage vers des dispositifs de formation professionnelle (Capron Puozzo, 2016 ; Pauzet, Prouteau, Ulma, 2021) ; l’émergence d’une recherche-création (arts visuels, spectacle vivant) qui aurait introduit de nouveaux points de vue pédagogiques, épistémologiques ou méthodologiques (Léna-Losco, 2017).

Aujourd’hui, la visibilité accrue des dispositifs créatifs d’accompagnement à l’écriture de recherche oblige à penser, au-delà des avancées méthodologiques, la coexistence d’écritures et de textualités très diverses, mais aussi leurs continuités et leurs modalités d’interaction. En effet, les (apprentis-)chercheurs font face à des écritures de recherche qui apparaissent de plus en plus multipolaires, ou s’inscrivant du moins dans une sorte de continuum scriptural – biographique-réflexif-théorique-académique – qui engage autant la découverte que la production du discours scientifique. On pourrait alors s’interroger sur la spécificité d’une écriture créative de recherche, écriture nécessairement plurielle au service d’une recherche elle-même créative, c’est-à-dire garantissant des modalités de subjectivation langagière dans et par la recherche.

Axes privilégiés des communications

Dans la perspective de mieux comprendre les interactions possibles entre écritures de recherche et dispositifs créatifs, doctorants, enseignants-chercheurs et directeurs de thèse sont invités à partager expérimentations et questionnements à partir des deux entrées suivantes :

Comptes rendus de pratiques formatives et/ou de dispositifs méthodologiques participant d’une formation à l’écriture de recherche en didactique des langues : ateliers d’écriture ; journaux/carnets de recherche ; dispositifs numériques ; lectures-écritures montées en parcours ; cercles de lecture ; propositions intégrant la création littéraire ou les arts du langage ; etc. Les communications s’intéressant au cas des doctorants internationaux, amenés à produire des écrits de recherche en (français) langue étrangère, sont bienvenues.

Repérage des obstacles méthodologiques associés à de telles propositions et explicitation de leurs finalités : facilitation des lectures-écritures ; dynamisation de la réflexivité ; expérimentation de processus créatifs associés à des phases de réalisation ou de présentation de la recherche ; entrainement à l’écriture d’invention notionnelle ; compréhension pratique des spécificités et enjeux de la communication scientifique ; etc.

Soumission des propositions de communication

La durée de chaque communication orale sera de 20 minutes + 10 minutes d’échanges.

Envoyer votre proposition de communication (titre et résumé d’environ 2000 signes espaces compris, accompagnés d’une brève notice biographique comportant les renseignements suivants : statut, affiliation et coordonnées + bibliographie indicative) avant le 15 octobre 2021 à l’adresse suivante : olivier.mouginot@univ-fcomte.fr

Comité d’organisation

Anne-Sophie Calinon, MCF, CRIT, Université de Franche-Comté (UFC).

Olivier Mouginot, MCF, CRIT, UFC.

Nathalie Thamin, MCF, CRIT, UFC.

Indications bibliographiques

BLANCHET P., CHARDENET P. (dir.) (2011) Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées. Paris : Éditions des Archives Contemporaines, AUF.

BLASER C., POLLET M.-C (éds.) (2010) L’appropriation des écrits universitaires. Namur : Presses universitaires de Namur.

BONASIO R., FABRE I. (coord.) (2015) L’écriture scientifique entre dimension individuelle et dimension collective. Contributions collaboratives de doctorants et d’enseignants chercheurs. Paris : L’Harmattan.

BOUCHARD R. (2010). « Les étudiants étrangers face à une production écrite “extra-ordinaire” : une thèse en français ». Dans Le français dans le monde – Recherches et applications n°47. pp.123-132.

CAPRON PUOZZO I. (dir.) (2016) La créativité en éducation et formation. Perspectives théoriques et pratiques. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.

CATROUX M. (2018) Méthodologie de la recherche en didactique des langues : guide pratique. Les étapes clés d’un travail de recherche. Pour un usage en autonomie. Paris : Ellipses.

DAVID J., WEBER C. (dir.) (2020) Le Français et les langues : histoire, linguistique, didactique – hommage à Jean-Louis Chiss. Limoges : Lambert-Lucas.

DELCAMBRE I., LAHANIER-REUTER D. (2012) « Littéracies universitaires : présentation ». Dans Pratiques : linguistique, littérature, didactique n°153-154. pp. 3-19

DESCHEPPER, C., THYRION F. (2008) « L’entrée dans le supérieur et l’accès aux discours universitaires : opérationnaliser la notion de rapport à l’écrit dans un projet de formation ». Dans CHARTRAND S.-G., BLASER C. (dir.), Le rapport à l’écrit : Un outil pour enseigner de l’école à l’université. Namur : PUM. pp. 61-86.

FAVRAT S. (2020) Cheminements épistémologiques et discursifs dans l’écriture de recherche en contexte français : les doctorants internationaux en sciences du langage de l’Université de Franche-Comté. Thèse de doctorat. Université Sorbonne nouvelle et Université de Fribourg.

GALISSON R. (1990) De la linguistique appliquée à la didactologie des langues-cultures : vingt ans de réflexion disciplinaire. Paris : Didier.

LABORDE-MILAA I., BOCH F., REUTER Y. (2004) « Normes et pratiques de l’écrit dans le supérieur, présentation ». Dans Pratiques n° 121-122. pp. 3-8

LAFONT-TERRANOVA J., NIWESE M. (2016) « Faire écrire pour construire des connaissances : accompagner la construction d’une posture d’apprenti-chercheur ». Dans PLANE S., BAZERMANN C., DONAHUE C., RONDELLI F., Recherches en écriture. Metz : CREM.

LAFONT-TERRANOVA J., NIWESE M., COLIN D. (2016) « Développer des dispositifs d’acculturation à l’écriture de recherche : un enjeu didactique et épistémologique ». Dans Pratiques n°171-172.

LATOUR B. (2006) Changer de société, refaire de la sociologie. Paris : La Découverte/Poche.

LÉNA-LOSCO M. (dir.) (2017) Faire théâtre sous le signe de la recherche. Rennes : PUR.

MARTIN S. (2014a) « “Faire carnet” pour plus de voix dans et par la recherche ». Dans Voix et relation, carnet de recherche : https://ver.hypotheses.org/1157

MARTIN S. (2014b) « L’essai comme expérience : des doctorants autour de “l’essai comme forme” (Adorno) ». Dans Voix et relation : https://ver.hypotheses.org/1122

MONGEAU P. (2009) Réussir son mémoire ou sa thèse. Côté jeans & côté tenue de soirée. Québec : Presses de l’Université de Québec.

MONTAGNE-MACAIRE D. (2007) « Didactique des langues et recherche-action ». Dans Les Cahiers de l’ACEDLE, n° 4 : 93-120.

NIWESE M. (2010) L’atelier d’écriture : un dispositif didactique pour apprendre à écrire à un groupe multiculturel d’adultes en reprise de formation. Thèse de doctorat. Louvain-la-Neuve : Université Catholique de Louvain.

NIWESE M., LAFONT-TERRANOVA J., JAUBERT M. (dir.) (2019) Écrire et faire écrire dans l’enseignement postobligatoire : enjeux, modèles et pratiques innovantes. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion.

PAUZET A., PROUTEAU A., ULMA D. (2021) « Écritures créatives : représentations contemporaines, processus créatifs, nouveaux enjeux professionnels ». Rennes : PUR.

PICHET É. (2019) L’Aventure de la thèse. Réussir sa thèse de doctorat en sciences humaines et sociales. Chatou : Les Éditions du Siècle.

POLLET M.-C. (2012) De la maîtrise du français aux littéracies dans l’enseignement supérieur. Namur : PUM.

POLLET M.-C. (2014) L’écrit scientifique à l’aune des littéracies universitaires : approches théoriques et pratiques. Namur : PUM.

PUREN C. (2020) « Recherche et écriture de la recherche ». Dans Cours en ligne « L’écriture de la recherche en didactique des langues-cultures » : https://www.christianpuren.com/cours-ecriture-de-la-recherche-en-dlc/chapitre-1-recherche-et-ecriture-de-la-recherche/

REUTER Y. (1998) « De quelques obstacles à l’écriture de recherche ». Dans LIDIL n°17. pp. 11-23.

REUTER Y. (2004) « Analyser les problèmes de l’écriture de recherche en formation ». Dans Pratiques n°121- 122. pp. 9-27.

Détails

Date :
9 décembre
Catégorie d’évènement:

Lieu

Besançon