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Mieux apprendre par la coopération - Cahiers pédagogiques, N° 505 2013

 

Coordonné par Sylvain Connac et Stéphanie Fontdecaba

Sommaire en ligne

Et des textes complémentaires très intéressants sur le site. Quelques citations ci-dessous.

"En pédagogie, la fraternité serait-elle de ce monde ?"

Jean Houssaye, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Rouen

"Divers analystes (Crahay, Van Haeght) ont expliqué que la pédagogie nouvelle, qui prône la coopération, est, en fait, une idéologie sociale-démocrate. (...) La crise économique, les restrictions budgétaires, les modifications des représentations culturelles et la domination des schémas de l’économie néolibérale ont ramené l’école à la tradition de l’enseignement secondaire du siècle dernier, et ce au service de l’économie concurrentielle et de la formation d’élites. (...) Dans le même temps, ce classicisme se teinte d’un discours moderniste (rationalisation des objectifs, référentiels, néodirectivité didactique) à tentation technocratique qui favorise l’enseignement modulaire, l’individualisation des cursus, mais qui prend en même temps acte du caractère inéluctable de l’inégalité.

Le discours technocratique à prétention moderniste a de plus en plus infiltré les sphères innovatrices, à tel point qu’on peut se demander si la pensée sociale-démocrate, victime d’un affadissement idéologique, ne s’est pas réduite à quelques principes démocratiques justificatifs et rassembleurs à bon marché, dont la coopération est un des plus beaux fleurons. (...)

La coopération à l’école a, certes, le vent en poupe. On la voit revenir même dans les perspectives cognitivistes, ce qui n’est pas peu dire. Les pédagogies «  sociales  » sont de plus en plus nombreuses et la nécessité de la socialisation à/par et dans l’école fait de nouveau florès. Mais le projet de société exigé pour leur donner sens semble pour le moins timoré et évanescent. (...) À partir du moment où l’objectif de transformation sociale s’est évanoui au profit d’un objectif de réparation sociale, la coopération ne change-t-elle pas de sens et ne se renie-t-elle pas elle-même ? La coopération serait-elle devenue un passepartout pédagogique ? Une pédagogie pour temps d’excès d’exclusion ?"

"La coopération entre les hommes"

Tzvetan Todorov, directeur de recherches au CNRS

’les élèves sont, comme tout un chacun, à la recherche de la reconnaissance de leur existence ; mais la meilleure reconnaissance provient de ce qu’on vous demande de Reconnaitre quelqu’un d’autre. Nous avons tous des besoins, mais le besoin le plus intense est qu’on ait besoin de nous. Donner est plus gratifiant que consommer : non parce que l’un est plus moral que l’autre, mais parce que le bénéfice est réellement plus grand. Encore faut-il être capable de s’en apercevoir, et l’éducateur peut certainement y contribuer."

"La pédagogie coopérative : oui, si... Ou le point de vue d’un didacticien"

Entretien avec Michel Develay

"Oui si... on ne fait pas de la coopération seulement une fin, mais aussi un moyen. Le développement de l’intelligence implique la coopération mais aussi le conflit. Le conflit (d’idées évidemment, et non le conflit physique) est le moteur du doute, du déclic qui permet de remettre en cause ses croyances. Pas de progrès sans débat d’idées, sans conflit cognitif (sans décentration, disent les psychologues cognitivistes) et pas d’expression du conflit sans un climat, une atmosphère qui permette sereinement son expression et facilite le décentrement affectif. (...) Décentrement car il faut, pour progresser, accepter que sa raison ne devienne raisonnable qu’à la condition de ne pas chercher à avoir forcément raison. L’école doit donc former à la coopération, à condition qu’elle rende possible le conflit et non qu’elle l’étouffe. (...) la coopération, fondée sur une interaction véritable permettant à chacun d’apporter sa vision du sujet, de réfuter les arguments de l’autre, bref l’organisation d’un véritable débat, conduisant à des décentrations.

(...)

Est-ce finalement d’une théorie de la coopération dont nous avons besoin, ou d’une pratique ?"