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"Mooc : la standardisation ou l’innovation ?" - Dominique Boullier

 

Un texte stimulant de Dominique Boullier à lire en ligne.

Quelques extraits ci-dessous.

tout se passe comme s’il fallait tout relooker à la mode des Mooc (...) ce n’est pas la première fois qu’une telle fièvre s’empare de l’enseignement supérieur (...) les promoteurs du buzz (...) cherchent surtout à créer cet engouement pour attirer des capitaux ou pour contrer les concurrents. Rappelons alors les impasses des programmes éducatifs télévisés des années 60,(...) la vague (on ne disait pas buzz) des plates-formes de e-learning à la fin des années 90 (...) dont l’échec commercial a été patent lorsqu’elles furent développées de façon suiviste et sans principes pédagogiques (...) ces plates-formes ont muté en LMS (Learning Management Systems) divers et variés (comme Moodle en France) dont les Mooc semblent ignorer superbement les acquis, les ressources ou les limites. (...) la vidéo est la clé de tout et semble suffisante pour parler de révolution pédagogique. Nous parlons bien ici de capture vidéo et non d’écriture cinématographique, et le fossé est immense entre les deux.

(...) Ce qui se joue en ce moment, on le voit bien, n’est en rien l’innovation pédagogique(...) c’est la captation du marché de la formation mondiale par quelques marques réputées (...) Dans cette méthode des plates-formes, en effet, il n’est pas nécessaire d’être innovant, ni sur le plan technique ni sur le plan pédagogique.

(...) Ce qu’on veut, c’est du savoir en boite, garanti immuable et formaté pour l’apprentissage standard et universel.

(...) Pour trouver un public, le modèle économique adopté est fondé sur le gratuit, ce qui n’a rien d’original, mais on sait pour quelles raisons. En effet, ce “marché à double versant” (two-sided market ou marché biface) génère des revenus auprès d’autres clients (comme les données personnelles que Coursera s’apprête explicitement à commercialiser, car « si c’est gratuit, vous êtes le produit ») ou prépare les clients captifs à basculer sur des formules premium pour tout ce qui comportera une vraie valeur ajoutée pédagogique ou diplômante (ce que fait déjà Coursera). En dehors de cette qualité de gratuité, a-t-on entendu parler d’exigences pédagogiques ? De charte de qualité ? De composition entre cours en ligne et cours en présentiel ? de scénarios pédagogiques ? D’enjeux éducatifs adaptés au contexte contemporain ? Non, jamais, (...) Pour une bonne raison : la rentabilité de ces plates-formes suppose des formats standards et non des expérimentations, des publics de masse et non des interactions personnalisées.

(...) Les promoteurs industriels des Mooc commettent une grave erreur de diagnostic en pensant que c’est l’accès aux savoirs qui pose problème. Ils feignent de créer de la rareté en prétendant que les savoirs certifiés par les grandes marques sont les seuls valables (...) ils dévalorisent un peu plus la diversité des savoirs et des modes d’apprentissage

(...) La seule diffusion de savoirs déjà faits ne peut constituer l’idéal de la formation des nouvelles générations dès lors que ces savoirs sont eux-mêmes en débat et ne prennent pertinence et ne sont appropriés que lorsqu’ils sont mobilisés dans les contextes réalistes

(...) Les activités sociales des collectifs d’apprentissage ne sont pas des produits annexes, périphériques qui détourneraient l’attention du professeur central. Elles doivent elles-mêmes être scénarisées sur les plates-formes qui comportent une dimension de réseau social, de forum et de créativité collective, modérée ou orientée par l’enseignant s’il le souhaite selon son scénario pédagogique. La dimension de masse se transforme alors en dimension de réseau, très loin du broadcast mais plus proche de la vie de communautés éducatives en ligne.