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Formations ouvertes ou (à peine) entr’ouvertes ?

 

La fortune du qualificatif "ouvert" est grande depuis quelques mois dans notre microcosme. L’étiquette récente la plus répandue est FOAD (formation ouverte à distance). Qu’est-ce donc que cette ouverture des formations ?

On remontera d’abord aux années 70 et à l’aventure pionnière de l’Open University britannique. Il s’agissait alors d’ouvrir une université à distance à tous, diplômés de l’enseignement secondaire et non-diplômés. Les deux qualificatifs "ouvert" et "à distance" se distinguaient et fonctionnaient à des niveaux différents.

On peut ensuite examiner l’arrivée du terme "formation ouverte" en France avec la définition de la Délégation à la Formation Professionnelle, qui parle de formations qui s’appuient en tout ou en partie sur des apprentissages non présentiels, en autoformation ou avec tutorat, à domicile, dans l’entreprise ou en centre de formation. L’interprétation est moins évidente. Semble devenir "ouvert" ce qui est non présentiel. On voit que l’on peut vite glisser vers une forte similitude entre une formation à distance et une formation ouverte. L’accès sans condition de diplôme est oublié. La connotation est alors que le non-présentiel, le travail possible depuis son domicile ou son entreprise permettent d’ouvrir les conditions d’apprentissage dans le temps et dans l’espace. On insiste sur l’ouverture qu’apporte la distance par la non-contrainte d’une présence en face-à-face avec le formateur en un lieu unique, à un moment imposé. Une manière de moderniser l’appellation "enseignement à distance", et de positiver l’enseignement non présentiel (expression à connotation négative). A l’heure d’Internet et de la Toile, de l’individualisation des rythmes et des projets, des horaires flexibles, on préfère insister sur le côté libérateur de la distance. C’est aussi la distance qui permet de prendre de la distance (expression positive elle aussi), plutôt que d’être tenu à distance (de l’enseignant et de l’institution de formation).

Mais l’interprétation est compliquée du contact avec un autre terme et un autre concept : autoformation. Si une formation ouverte a quelque chose à voir avec l’autoformation, il faut affronter la polysémie de ce second terme. On peut le réduire à un sens minimal : il y a autoformation quand il y a travail individuel (en général on comprend travail sur un logiciel, Internet...). En ce cas, lorsque l’on parle de formation ouverte, parce que à distance et avec des moments de travail individuel, on se borne en gros à un effet de redondance. Par contre, ceux qui défendent l’autoformation comprise dans un sens plus fort contestent une telle association systématique. Si l’on considère qu’il n’y a autoformation que lorsque l’apprenant a une réelle initiative sur son parcours ou le choix de ses matériaux de travail, par exemple, on ne parlera d’ouverture que dans le cas où il y a réellement responsabilisation, initiative et marge de manœuvre et de décision pour l’apprenant. Travailler chez soi, ou en centre de ressources, pour suivre un parcours prescrit de l’extérieur sans discussion ou négociation (cas fréquent en enseignement à distance) ne relève plus de l’autoformation ni de la formation ouverte.

En conclusion, ce petit parcours terminologique et interprétatif aura souligné, je le souhaite, le soin avec lequel il convient d’utiliser et d’entendre certains termes. On peut jouer sur le fait qu’une formation se déclare "ouverte", ce qui laisse entendre que, comme dans l’autoformation au sens plein, l’apprenant a une prise forte sur son mode de travail, sur la conduite et l’organisation de ses apprentissages. Cela est attractif et dans l’air du temps. Si, de fait, on impose le contenu et le mode de travail, tout en laissant l’apprenant "seul" à son domicile ou face à son ordinateur, on risque de provoquer de fortes désillusions. Le malentendu est évident, et parfois peu correct vis-à-vis de l’apprenant qui se sera laissé bercer par le côté attractif des termes "autoformation" ou "ouvert". L’accumulation de tels qualificatifs représente un état d’esprit du moment qui est sympathique. Un peu d’attention est néanmoins nécessaire pour éviter la confusion et la publicité ou l’image de marque mensongères. Mesurons nos termes et précisons peut-être qu’il y a distance, travail individuel, flexibilité des horaires, sans plus. En corollaire posons les bonnes questions à ceux qui nous présentent leurs produits : y a-t-il plus que "distance", "travail individuel" ou "flexibilité des horaires" ?

Je proposerais donc un usage plus responsable et plus précis du terme "ouvert". Parlons de formation ouverte quand on se démarque fortement des fermetures ou des restrictions habituelles à la liberté de mouvement de l’apprenant. Il faut qu’une formation soit ouverte ou fermée. Elle peut éventuellement être entr’ouverte. Disons-le et faisons-le comprendre clairement.

(Texte paru dans Le café pédagogique, no 4, 15 mai 2001, première partie, pp. 7-8.)