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"Les facteurs psychologiques de la réussite et de l’échec chez les étudiants : comment aider les étudiants à réussir" 7 février 2012 -Cycle de conférences "La pédagogie universitaire numérique"

Quelques remarques suite à la conférence
 
Présentation du cycle par les organisateurs
Première conférence - Franck Amadieu - "Les facteurs psychologiques de la réussite et de l’échec chez les étudiants : comment aider les étudiants à réussir" - Résumé et remarques
Quelques mots de conclusion
Références

Présentation du cycle par les organisateurs

Le paysage universitaire a beaucoup évolué ces dernières années. En particulier, l’évolution des modes d’enseignement et d’apprentissage ou l’adaptation des dispositifs à de nouveaux publics et à d’autres contextes deviennent des questions centrales. La pédagogie universitaire, au service de la réussite des étudiants et de leur insertion professionnelle, est maintenant une préoccupation majeure de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, les universités sont entrées dans l’ère du numérique, pour leurs infrastructures, les services offerts à leurs usagers ou la mise à disposition de ressources pédagogiques. Les technologies numériques peuvent constituer des supports à la pédagogie et favoriser l’évolution des pratiques pédagogiques à l’université et la mise en place de dispositifs d’enseignement et d’accompagnement efficaces.

Pour éclairer les interrelations pédagogie - université - numérique, la Mission Numérique pour l’Enseignement Supérieur (MINES) du MESR met en place un cycle annuel de conférences centrées sur la thématique « Pédagogie universitaire numérique ». Ces conférences s’adressent à un large public concerné et intéressé par les questions de pédagogie et d’usages du numérique dans l’enseignement supérieur : enseignants chercheurs, ingénieurs pédagogiques, responsables et intervenants de services universitaires de pédagogie ou de services TICE, responsables de formation...

Ce cycle de conférences est organisé par l’Université Numérique en Région Paris Ile de France. En collaboration avec l’Institut Français, ces conférences seront relayées à l’international de façon à communiquer à l’étranger sur la réflexion française universitaire dans le domaine de la pédagogie numérique.

Ces conférences auront lieu à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Elles seront en même temps diffusées en direct sous forme de webminar à l’adresse : http://epresence.univ-paris3.fr, pour permettre à toute personne intéressée de les suivre et d’interagir à distance, en France ou à l’étranger. Elles seront accessibles quelques semaines plus tard sous forme de podcasts sur Canal-U.

Première conférence - Franck Amadieu - "Les facteurs psychologiques de la réussite et de l’échec chez les étudiants : comment aider les étudiants à réussir" - Résumé et remarques

La vidéo de cette conférence est en ligne.

Franck Amadieu est maître de conférence en psychologie cognitive, Université de Toulouse II-Le Mirail, équipe de recherche "Apprentissages, Métacognitions et Motivations" du Laboratoire CLLE-LTC du CNRS. Il a fait la présentation en son nom et au nom d’André Tricot, du même laboratoire.

A partir d’une enquête sur le profil des étudiants qui "réussissent" et de l’identification des caractéristiques de cette population en réussite, il est possible de cerner ce qui va manquer aux étudiants en échec. Cette démarche, intéressante, permet d’identifier des comportements et des stratégies qui font défaut aux étudiants en décrochage.

Une part importante est faite aux comportements motivationnels pour la réussite des étudiants, parmi lesquels la perception par l’étudiant de l’intérêt de la formation pour lui, sa représentation de ses chances de réussite (ou sentiment de compétence) ou encore sa vision de la signification d’un échec à une tâche ou un examen (étape dans un parcours d’apprentissage ou au contraire vison uniquement négative de l’échec). Si les stratégies cognitives mises en œuvre par l’étudiant en réussite sont bien connues (identification et répétition des éléments importants d’un cours, paraphrase des idées principales et organisation et coordination des idées entre elles), les stratégies métacognitives le sont moins : les phases de planification du travail, d’auto-contrôle, d’auto-évaluation et d’auto-régulation. Concernant l’auto-régulation, elle est définie par l’orateur comme une capacité de remise en question de sa façon de réviser, d’apprendre. Cette perception de l’auto-régulation semble plus restrictive que celle développée par Carré (2010 : 147-156) à partir des travaux de Schunk et Zimmerman (2008), entre autres, pour qui l’auto-régulation englobe le pilotage stratégique de l’apprentissage et le maintien de l’effort d’apprendre.

Quoi qu’il en soit, ils se rejoignent sur le fait que cette capacité d’auto-régulation, ou plus largement ces compétences métacognitives, sont fortement influencées par le sentiment de compétence de l’étudiant (Carré parlerait de sentiment d’efficacité). Cela peut expliquer que certains étudiants engagés positivement dans leur parcours recherchent des tâches "difficiles" qui vont mobiliser toutes leurs facultés alors que d’autres chercheront uniquement à éviter l’échec.

F. Amadieu présente un certain nombre de propositions visant à amener les étudiants à développer leurs buts d’accomplissement et de maîtrise : modifier le statut de l’erreur, se centrer sur les progrès, développer les responsabilités et l’autonomie dans les apprentissages, intégrer les étudiants dans les choix, donner des tâches qui présentent un défi, rendre les connaissances moins restrictives, présenter des textes marquants, confronter les étudiants à leurs croyances naïves.

Comme c’est le cas, en général, avec les travaux de cette équipe, la présentation est bien appuyée sur des enquêtes de terrain à partir desquelles se développe une argumentation très claire. On en retient en l’occurrence, l’importance primordiale de bien distinguer la population des novices de celles des étudiants ayant déjà atteint un certain niveau d’expertise dans le domaine. Ce qui peut convenir aux uns ne sera pas adapté aux autres. Le problème de l’accessibilité des discours enseignants trop chargés d’implicites pour des nouveaux venus dans la discipline a été mis en valeur. Plus surprenant, l’orateur a signalé qu’un discours très explicite et "limpide", dans lequel toutes les articulations argumentatives sont explicitées peut être moins bien retenu par un public averti qu’un discours moins bien construit qui lui demandera de mobiliser ses connaissances antérieures pour reconstruire le fil conducteur et les points saillants. L’effort cognitif requis en ce dernier cas aide à l’acquisition. On se rappellera de manière similaire la manière dont des travaux d’André Tricot soulignent, par exemple, que l’ajout d’explications dans un schéma aide les débutants mais gêne les apprenants plus avancés que le surplus d’informations non nécessaires pour eux empêche d’accéder au contenu important à retenir. Les travaux sur la charge cognitive (Chanquoy et al. par exemple) sont souvent évoqués dans ce laboratoire et on les a retrouvés dans l’exposé.

Quelques mots de conclusion

Nous remercions des chercheurs comme F. Amadieu et A. Tricot qui font l’effort de rendre compréhensible leurs recherches et celles d’autres chercheurs de leur domaine. Ils sont précieux aux didacticiennes que nous sommes. Nous avons particulièrement apprécié l’approche d’un orateur sérieux et ne se prenant pas au sérieux. Quant à l’idée d’une série de conférences sur la thématique de la pédagogie universitaire numérique nous saluons cette initiative et nous ne pouvons qu’espérer que des questions comme celles abordées dans cette première conférence deviennent de réelles questions au-delà des cercles des chercheurs en psychologie, en sciences de l’éducation ou en didactique. Trop souvent, en effet, les responsables ou les animateurs des services numériques des universités ne semblent pas vraiment se poser beaucoup de questions allant au-delà des pures préoccupations techniques et la pédagogie universitaire, numérique ou pas, est, elle aussi, d’ailleurs, le plus souvent bien peu préoccupée de principes pédagogiques et de didactique de la discipline.

Références

Franck Amadieu a signalé en fin de présentation quelques éléments bibliographiques.

Musial, M., Pradère, F., & Tricot, A. (à paraître en mars 2012) : Comment concevoir un enseignement. De Boeck.

Bédart, D. & Béchard, J ;-P. (2009). Innover dans l’enseignement supérieur. PUF.

Bourgeois, É & Chapelle, G. (2011). Apprendre et faire apprendre. PUF.

Un blogue : Pédagogie universitaire - Enseigner et Apprendre en Enseignement Supérieur - Ressources pour le conseil et la formation pédagogique dans l’enseignement supérieur

Ci-dessous nos références.

Carré, Ph. (2010). "L’autodirection des apprentissages". In Carré, Ph., Moisan, A., Poisson, D. (dir.). L’autoformation. Perspectives de recherche. PUF. pp. 117-169.

Chanquoy, L., Tricot, A., & Sweller, J. (2007). La charge cognitive. Paris : A. Colin.

Schunk, D. & Zimmerman, B. (dir., 2008). Motivation and Self-Regulated Learning. Lawrence Erlbaum Associates.