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Compte-rendu du colloque 1. Saarbrücker Fremdsprachentagung - Ergebnisse, Herausforderungen und Perspektiven

[1er colloque autour des langues étrangères - résultats, défis et perspectives]
 

Le colloque 1. Saarbrücker Fremdsprachentagung a proposé de faire un l’état des lieux concernant l’enseignement des langues étrangères à l’université. Les exposés ont été répartis dans cinq sections : linguistique et acquisition, l’enseignement des langues étrangères et la didactique universitaire, les langues de spécialité dans l’enseignement, l’apprentissage interculturel et, pour finir, les médias et l’e-learning. Mon exposé a été classé dans cette dernière section. Le colloque a rassemblé des chercheurs/chercheuses et des enseignant(e)s d’une bonne dizaine de pays. Il a été ouvert par deux conférences plénières, celle de Heinz-Helmut Lüger : "Höflichkeit kommunizieren" [Communiquer la politesse] et celle de Veronica Smith : "Challenges in Tertiary Language Learning" [Défis dans le domaine de l’apprentissage d’une troisième langue]. Lüger a présenté des recherches dans le domaine de l’analyse conversationnelle. Après une description de l’arrière-plan théorique, il a analysé des extraits de corpus de conversations qu’il a enregistrées pour les besoins de plusieurs projets. J’ai été frappée par la clarté et la pertinence de ses propos. Veronica Smith a dressé un panorama assez général de la situation de l’enseignement-apprentissage d’une troisième langue dans un contexte germanophone.

J’ai suivi un exposé présenté en section 1 (linguistique), un autre appartenant à la section 2 (didactique) et six exposés en section 5 (les médias). J’ai particulièrement apprécié l’exposé de Thomas Vogel, intulé "Sprache an Hochschulen 2020. Über die Zukunft und Rolle der Integration von Sprache in Studiengänge" [Les langues à l’université en 2020. De l’avenir et du rôle de l’intégration des langues dans les cursus universitaires]. Ce chercheur dirige le centre de langues (Sprachenzentrum) à l’université Europauniversität Viadrina, Frankfurt an der Oder (Allemagne). En 1992, donc trois ans après la réunification de l’Allemagne, cette université a été "recréée" et dotée d’une mission particulière, celle d’oeuvrer pour l’apprentissage collectif ["gemeinsames Lernen"] d’étudiants venant de l’est et de l’ouest de l’Europe. L’université soigne particulièrement l’accueil des étudiants venant d’autres pays que l’Allemagne qui représentent environ 30 % des inscrits. Dès le début, les cours de langues étrangères ont été intégrés comme éléments obligatoires dans tous les cursus proposés par l’université. Des enquêtes portant sur les paramètres qui ont favorisé l’insertion des anciens étudiants dans le monde du travail ont permis de justifier la pertinence de ce choix : environ 80 % des étudiants ont placé en première position des facteurs positifs le choix de la langue étrangère à l’université. J’ai trouvé très éclairant les résultats de ces enquêtes qui soulignent l’apport de l’apprentissage des langues en termes de compétences universitaires générales et dans le domaine de la personnalité (trouver son identité, développer des compétences sociales).

L’exposé de Günther Schmale de l’université de Metz a porté sur les implications didactiques des unités polylexicales préfabriquées. La discussion a relevé la difficulté de travailler sur des combinaisons notion-forme qui ne sont pas parallèles en langue étrangère et en langue parallèle. Un des exemples fournis par Schmale était le verbe "devoir" qui peut être rendu par "müssen" et "sollen" en allemand, selon les contextes d’obligation "interne" ou d’obligation causée par un tiers.

En section 5 (médias et e-learning), j’ai eu l’occasion d’entendre l’exposé "décapant" de Mario Oesterreicher. Ce chercheur travaille à l’université d’Erlangen-Nürnberg. Il a présenté une analyse des apports et limites des dictionnaires électroniques Leo et Pons pour ensuite mettre en avant les avantages d’appareils mobiles, nommés HED (handheld electronic dictionary) dans lesquels sont rassemblés des dictionnaires statiques bilingues et monolingues et plusieurs options permettant de s’approprier de façon personnalisée le lexique d’un domaine donné (faire prononcer le mot, montrer des exemples d’utilisation, créer des listes et se faire interroger jusqu’à ce qu’on connaisse les termes, etc.).

Mon propre exposé a traité de l’emploi d’outils en ligne, soutenant l’apprentissage de la langue étrangère lors de la préparation à la certification CLES2 (Compétences en langues étrangères dans le supérieur, niveau B2) en allemand dans le cadre de cours donnés à des futurs professeurs des écoles à l’IUFM de Paris. La discussion a surtout porté sur la pertinence de considérer la plateforme Edmodo, utilisée lors du séminaire, comme lieu de sociabilité. À quoi bon vouloir "attirer" les étudiant(e)s sur cette plateforme entre deux séances ? J’ai expliqué qu’il s’agit de les impliquer dans le travail et de leur donner envie de rencontrer virtuellement les personnes faisant partie du cours d’allemand, dans un but de pratique de la langue et de transmission d’informations culturelles ou pratiques pouvant justifier du qualificatif "présentiel amélioré" (Rapport Compétice), que j’ai choisi d’appliquer à ce cours CLES2. Je pense mettre ici en pratique l’idée exprimée par Vogel que l’enseignement-apprentissage des langues étrangères peut favoriser la sociabilité des étudiant(e)s. Il n’est, d’ailleurs, peut-être pas anodin que début novembre, j’ai appris que le certains membres du groupe souhaitent créer des contacts réguliers avec des germanophones vivant en région parisienne, par exemple, sous forme de repas de midi pris en commun.

Samedi, j’ai eu l’occasion d’écouter tous les exposés de la section 5 (Medien und E-Learning). Le premier exposé - clair et bien présenté - d’Ines Paland, "Blended Learning für vorbereitende Sprachkurse" [Blended learning pour des cours de langues préparatoires] a informé sur l’arrière-plan théorique et sur la mise en pratique de cours d’allemand, langue étrangère à l’aide du service proposé par la DUO (Deutsch-Uni Online) de la Ludwig-Maximilian-Universität de Munich. La conception prévoit un accompagnement par des tuteurs en ligne et ensuite par des enseignants en présentiel. L’offre de suivi semble être une condition pour l’exploitation optimale des activités et ressources proposées aux étudiants qui se préparent tous à passer un séjour Erasmus à Munich. Au fil des semaines, les modules deviennent de plus en plus facultatifs et souples.

Le deuxième exposé de Verena Heckmann, enseignante de français travaillant actuellement dans le service TICE du Ministerium für Bildung in Saarbrücken, unité régionale de type Éducation nationale. Elle a présenté une partie de ses recherches de Master au sein duquel elle a travaillé avec une classe d’élèves germanophones de quatrième, apprenant le français comme première langue étrangère, donc en troisième année d’apprentissage. L’exposé intitulé "Förderung der Sprechkompetenz durch die Produktion mündlicher Schülerbeiträge in einem Moodle-Sprachforum im Französischunterricht" [Développement de la compétence orale à l’aide de la production de contributions orales par les apprenants au sein d’un forum de type Moodle en cours de français]. La séquence d’une durée d’un mois a permis d’impliquer le groupe et d’aller au-delà des activités proposées par Verena Heckmann pour les plus avancés du groupe. Les "spécialistes TICE" de la classe ont spontanément soutenu les apprenants moins à l’aise avec l’outil. L’exploitation du questionnaire distribué au groupe permet d’apprendre que les participants estiment avoir progressé grâce à l’utilisation du forum Moodle, et ils semblent avoir apprécié ce type de travail. Certains n’ont pas aimé que les autres membres du groupe aient accès à leurs enregistrements.

Les deux exposés de Thomas Strasser de la Pädagogische Hochschule Wien (comparable à l’IUFM) ont porté sur l’utilisation du portfolio Mahara et de la plateforme Moodle pour la formation d’enseignants du premier degré. L’arrière-plan didactique de l’utilisation de ces outils reflète un esprit "open source" et collaboratif que j’apprécie beaucoup.

Michael Langner, le responsable de la section 5, a ensuite présenté un exposé dans lequel il a interrogé le lien entre l’usage de l’ordinateur pour l’apprentissage des langues et le cerveau. Il a mis en avant les avantages des outils numériques (pouvoir répéter une activité, pouvoir accéder facilement aux ressources) et les inconvénients (ne pas toucher les cinq sens, ne pas soutenir le développement de tous types de compétences). Il met en doute la possibilité d’établir des relations sociales à l’aide de l’ordinateur.

Le dernier exposé a été présenté par Hans W. Giessen de l’université de Saarbruck. Le chercheur a interrogé le potentiel des médias pour l’apprentissage des langues. Il a mis en avant que l’usage d’outils numériques ne mène pas forcément à un meilleur apprentissage. Les facteurs "temps" et "compatibilité de médias utilisés en même temps" paraissent décisifs. Parfois, une perte du traitement en profondeur des données peut être observée.

Globalement, je suis très satisfaite de ce colloque qui a rassemblé de nombreux exposés de qualité. Dans la section 5 (Medien und E-Learning), la tendance à être fasciné par les outils n’a toutefois pas occulté les questions didactiques qui ont eu leur place au sein de pratiquement tous les exposés de la section.