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Centenaire de l’École de préparation des professeurs de français à l’étranger (EPPFE) : 1920-2020 - 15-16 octobre 2020

 

Colloque international organisé par le DILTEC-Sorbonne Nouvelle Paris 3, en association avec le STIH-Sorbonne Université, les Cours de Civilisation Française de la Sorbonne (CCFS), la Société d’histoire Internationale du français langue étrangère et seconde. Octobre 2020 marquera le centenaire de l’ouverture d’une école très particulière dans le paysage universitaire du Quartier Latin du XXe siècle : l’École de préparation des professeurs de français à l’étranger (EPPFE), située au 3e étage, 46 rue Saint Jacques, en face du Collège de France qui doit en grande part sa fondation à la volonté d’un intellectuel de l’époque, Ferdinand Brunot. Dans un contexte social et politique d’ouverture et particulièrement sensible à l’apprentissage des langues vivantes, Brunot avait mené des missions à l’étranger pour explorer des méthodes nouvelles d’enseignement. Mais c’est l’Alliance française de Paris qui constitue un véritable laboratoire pour cette école première du genre. En effet, dès 1894, Brunot y avait créé et dirigé les cours d’été, destinés à former les professeurs de français étrangers. Il avait introduit des cours de prononciation et de conversation, recruté « un des pionniers de la nouvelle phonétique expérimentale, l’abbé Jean-Pierre Rousselot ».

Les Cours de langue et civilisation françaises de la Sorbonne, pour leur part, offraient déjà, depuis 1919, des cours pratiques de langue française aux étudiants étrangers. Dès l’origine, l’ambition de Brunot avait été d’articuler, dans un paysage académique lui-même en construction, une formation qualifiante ouverte, déjà structurée par des stages, fondée sur des compétences identifiables. Les influences scientifiques seront nombreuses et la liste des élèves eux-mêmes ayant contribué à la construction scientifique du domaine est longue. À la fois ancrée dans une véritable tradition sorbonnarde, marquée par le prestige et l’excellence (tous ses pères fondateurs sont des normaliens issus de la rue d’Ulm), l’EPPFE offre aussi une ouverture singulière à l’altérité, car elle s’adresse aussi bien aux étrangers qu’aux nationaux. Du point de vue scientifique, elle détonne dans le paysage universitaire, et s’inscrit d’emblée dans une configuration scientifique expérimentale que Brunot souhaitait intégrer à la Faculté des Lettres de Paris. Il avait d’ailleurs déjà créé « les Archives de la parole » en 1911, immédiatement suivi de l’Institut de Phonétique de Paris, contribuant ainsi à la construction de disciplines universitaires (phonétique/linguistique).

Le caractère patrimonial de L’EPPFE est d’autant plus intéressant qu’il se situe au cœur d’une dynamique internationale que tout le XXe siècle vient travailler de multiples manières. Créée après le choc de la Première Guerre mondiale, l’école devient entre 1945 et 1963 l’ESPPPFE (Ecole supérieure de préparation et de perfectionnement des professeurs de français à l’étranger). Dirigée alors par Pierre Fouché, elle est projetée dans une dimension internationale par les élèves qui vont la faire vivre. Elle contribue à la diffusion du français de manière évidente, tout en assurant déjà la nécessité d’une forte contextualisation de son enseignement, du fait même de la diversité de ses recrutements. C’est dans ce sens aussi qu’elle profite des failles mêmes du système colonial, dont elle relève pourtant de fait. La tension entre des idéologies d’enseignement monolingues et des pratiques d’enseignement et d’apprentissage souvent plurilingues va en effet pouvoir s’observer partout... L’école « survit » plus ou moins pourtant en se transformant régulièrement dans le cadre des grandes reconfigurations politiques (Seconde Guerre mondiale, décolonisation, post-colonisation, création de l’Union européenne) et aux reconfigurations sociolinguistiques qui s’y attachent (langues coloniales, langues officielles, langues secondes, langues de scolarisation, etc.).

Se pencher sur l’histoire de l’EPPFE à l’occasion de son centenaire revient donc à interroger les dynamiques globales de formation des enseignants de français langue étrangère afin de dessiner une géopolitique des institutions chargées de ces formations. Plus largement, ce colloque vise à mettre en lumière l’apport des travaux en histoire de la didactique des langues et des cultures et se situe dans la continuité d’autres manifestations scientifiques. En mai 2008, une première journée d’étude, intitulée « L’École de préparation des professeurs de français à l’étranger à l’UFR DFLE. Histoire d’une institution (1920-2008) », a eu lieu dans les murs mêmes où cette institution a été créée.

Depuis 2017, le programme CLIODIL du DILTEC (Histoire et historicité en didactique des langues) explore la dimension historique de et dans la didactique des langues. Ce programme, dont le colloque fait entièrement partie, entend contribuer à une refonte de l’histoire de cette discipline selon une approche globale et connectée (Appadurai 2001, Bertrand 2011, Subrahmanyam 2007 et 2014), qui prend en charge le continuum des échelles d’étude et la notion de régime d’historicité (Hartog 2003), tout en faisant une large place à l’anthropologie historique (Wachtel 2014) et à la démarche indiciaire (Ginzburg 2010).

Dans cette perspective, le DILTEC ouvre largement cet appel aux chercheurs qui ont contribué, mais également à ceux qui ont hérité de cette histoire, afin de comprendre les dynamiques de continuité et discontinuité impactant la formation des enseignants de 1920 à 2020. Ce colloque sera également l’occasion pour le Diltec de présenter de manière inédite et dynamique les archives existantes sur l’école conservées sur place.

Les communications pourront s’inscrire dans quatre axes visant l’histoire de l’école elle-même ou mettant en dialogue l’histoire de l’EPPFE avec les histoires de la constitution du champ de la didactique des langues et des cultures, et notamment avec d’autres écoles du même type.

Les deux premiers axes porteront sur l’histoire parisienne de l’EPPFE et permettront d’en éclairer le fonctionnement et l’évolution afin d’en dresser un portrait à plusieurs voix. On pourra élargir à d’autres écoles ou institutions qui ont été en rapport avec cette dernière.
-  Vie de l’EPPFE et ses archives. Un premier axe regroupera des communications portant spécifiquement sur l’école. On s’intéressera ici à la vie concrète de l’EPPFE, ses contenus d’enseignement, son organisation et son public d’étudiants. Cet angle d’étude privilégiera les travaux portant directement sur les archives de l’EPPFE ainsi que les communications de « grands témoins » de l’école.
-  Territoires disciplinaires et acteurs institutionnels. Un deuxième axe s’inscrira dans une forme de sociologie des institutions, en proposant une réflexion sur les territoires disciplinaires et les acteurs de l’école elle-même, ou d’autres écoles du même type, pour comprendre l’évolution des contenus de formation.

Les deux derniers axes viseront à interroger la place de l’EPPFE et la diversité de son influence, dans le temps et les espaces, pour le champ de la didactique du français langue étrangère.
-  Géopolitique et réseaux connexes d’enseignement-apprentissage du français langue étrangère. Les communications de cet axe viseront l’étude d’autres institutions et trajectoires d’apprenant ou d’enseignant pour mieux saisir les processus de constitution d’une géopolitique de la formation des enseignants de français langue étrangère.
-  Épistémologie, historicité et transmission. Le dernier axe s’intéresse à l’héritage et plus particulièrement aux conséquences contemporaines de l’histoire de l’EPPFE. Les questionnements porteront sur des niveaux aussi bien scientifiques qu’institutionnels. Il sera question de comprendre l’impact de cette histoire sur la constitution du champ scientifique de la didactique des langues et des cultures, mais également sur les phénomènes de polarisation institutionnelle pour la formation des professeurs de français langue étrangère. Enfin, ce dernier axe interrogera les phénomènes de transmission d’une historicité disciplinaire.

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