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Recherches collaboratives en didactique des langues : enjeux, savoirs, méthodes - Recherches en didactique des langues et des cultures. Date limite : 15 avril 2019

 

Coordonné par Véronique Miguel-Addisu et Nathalie Thamin.

Ce numéro propose de questionner les méthodes, les savoirs et les enjeux propres aux recherches que l’on nomme « collaboratives » en ce qu’elles se fondent sur une collaboration active entre praticiens et chercheurs en didactique des langues. On cherchera à éclairer les conditions d’élaboration de telles recherches, leurs implications pour le chercheur, les savoirs qu’on en tire, les transformations qu’elles supposent. Cet appel s’inscrit donc dans le fil de quelques contributions antérieures de la revue Recherches en didactique des langues et des cultures - Les cahiers de l’Acedle, qui traduisent l’intérêt porté pour un certain type de recherches collaboratives (Macaire dir. 2007).

De nombreuses disciplines de recherche ont développé une réflexion épistémologique significative sur les recherches dites collaboratives ou participatives, sans que ces termes fassent consensus sur les enjeux qu’ils recouvrent (Bourdieu, 1993 ; Mesny et Mailhot, 2010 ; Lenoir, 2012 ; Gillet et Tremblay, 2017). Elles incluent par exemple pour certains les recherches-actions, et s’en distinguent pour d’autres (Desgagné et Bednarz, 2005). Les points convergents entre les différents types de recherches collaboratives mettent l’accent sur l’analyse des situations sociales et le souci d’élaborer des recherches qui soient orientées vers la demande sociale et la production de formes de « réponses » à cette demande. Anadon (2013) regroupe ces recherches sous l’hyperonyme « participatives », dans lesquelles elle inclut les recherches-actions. Selon elle, toutes ces modalités de recherche sont « engagées », puisqu’ elles « partagent l’objectif de promouvoir la production collective des connaissances et son analyse critique et ainsi établir des relations entre les problèmes d’ordre individuel et ceux d’ordre collectif, entre les problèmes d’ordre structurel et ceux d’ordre fonctionnel afin de chercher des solutions collectives ». L’auteur relève que c’est la relation entre les acteurs qui qualifie ces processus de recherche, plutôt que le résultat qu’on en tire ; certains considèrent qu’alors un glissement s’opère vers une définition plus éthique que scientifique de la notion (Vinatier et Morrissette, 2015). Mais ce positionnement éthique qui concerne de près les didactiques, ne suffit sans doute pas à qualifier les recherches qui s’en réclament.

Les recherches en didactique des langues étant plurielles et très diverses quant à leurs objets, leurs méthodes, leurs implications, nous proposons ici aux auteurs de contribuer à une réflexion concernant plus largement des démarches de recherche que l’on peut qualifier de collaboratives, en tant que « processus impliquant chercheurs et praticiens qui collaborent pour élucider une question de recherche, plus ou moins codécidée, afin de produire des savoirs, le plus souvent coénoncés et covalidés » (Bourrassa et Boudjaoui., 2012, p. 5). Et en effet, en tant que pratique sociale, la collaboration supposerait la transformation des pratiques de recherche, tout comme celle des pratiques professionnelles (Simonin & Thamin 2018). En didactique (et en l’occurrence en didactique des langues), ce type de démarche allierait donc recherche et formation : « il y a partage d’expertise et démarche de collaboration : le praticien peut devenir co-chercheur et le chercheur co-praticien » (Canut, Espinosa & Vertalier, 2013, p. 75).

Au Canada, et à l’école de Chicago, on s’intéresse en particulier à la complémentarité des acteurs : les savoirs des praticiens et des chercheurs sont différents, complémentaires, dialectiques, leur confrontation est nécessaire à la compréhension. Ces recherches font l’objet d’une forme de conceptualisation qui se caractérise par une visée compréhensive (et donc interprétative) fondée sur le croisement de regards, selon un principe de double vraisemblance, et d’intersubjectivité (Desgagné et al., 2001 ; Anadon et Guillemette, 2007 ; Bednarz, 2013). En France et depuis longtemps, la réflexion portant sur les collaborations se retrouve le plus souvent associée aux recherches-actions et à leurs effets sur l’environnement social dans lequel elles s’inscrivent (Astolfi, 1993 ; Ducantel et Dabène, 1999 ; Narcy-Combes, 2005 ; Macaire, 2007 ; Castellotti, 2013). De telles recherches interrogent d’une manière ou d’une autre le dilemme entre rigueur scientifique et pertinence pratique, du fait même que chercheurs et praticiens co-agissent au sein du même dispositif. A l’interface, c’est la posture du chercheur mais aussi les statuts des savoirs et des collaborateurs praticiens qui sont en jeu : quelles postures, quelles implications et quels engagements pour les différents acteurs ? Mais aussi quelles porosités / reconfigurations / circulations (de postures, d’implications, d’engagements) entre ces différents acteurs ?

Les recherches collaboratives appellent donc un positionnement épistémologique spécifique ; elles induisent des choix méthodologiques ; elles débouchent sur de nouvelles connaissances, que l’on pourrait peut-être qualifier de « métissées » dans la mesure où les frontières entre savoirs expérientiels et savoirs savants sont justement un espace de co-construction des significations (Miguel Addisu et Maire-Sandoz, 2018). Elles obligent à une vigilance éthique spécifique : dans quelle mesure bénéficient-elles aux praticiens engagés ? À les développer avec le soutien des décideurs, ne court-on pas le risque de les instrumentaliser au bénéfice d’une culture de la compétitivité qui impose la collaboration, y compris en formation (Vinatier et Morrissette, 2015) ? En didactique des langues, les démarches collaboratives sont-elles marginales et si oui, pourquoi ?

Outre les questions définitoires et méthodologiques que soulève l’expression très générale de recherches collaboratives en didactique des langues, nous voudrions ici ouvrir le débat sur les choix épistémologiques qu’elles supposent ainsi que sur leur actualisation concrète. Nous proposons de visiter ces approches, leur intérêt et leurs limites pour les acteurs engagés, les savoirs interrogés, les institutions qui les initient ou en bénéficient.

Ces questions seront envisagées à partir d’expériences de chercheur.e.s et/ou de praticien.nne.s qui analysent de tels dispositifs en contexte, leurs effets et les transformations induites par cette collaboration pour tous les acteurs. Dans le contexte de formation des enseignants, instable, que la France connait aujourd’hui en particulier dans les ESPE (Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation), les réflexions concernant les implications et enjeux de ce type de recherches pour la formation initiale et continue seront aussi les bienvenues, en particulier lorsqu’elles permettent d’ouvrir la réflexion à d’autres pays. Les contributions mixtes (chercheurs, praticiens) seront particulièrement appréciées.

Questionnements soulevés

1. Recherches collaboratives et diffusion des savoirs : enjeux

-  Collaboration dans l’écriture de la recherche : Quelles conditions permettent une collaboration dans l’écriture de la recherche, une objectivation, une mise à distance de la pratique ? Comment rendre compte de la collaboration dans l’écriture de la recherche ?

-  Quelles sont la place et le rôle des recherches collaboratives dans les recherches en didactique des langues ?

-  Quelles sont les implications de ce type de démarches pour la formation ? Pour la recherche ? Avec quels apports ? Mais aussi quels points « aveugles » ?

2. Recherches collaboratives et engagement des acteurs : savoirs

-  Qualifier, comprendre, défendre : Que peut signifier « comprendre » ou « qualitatif » dans le cadre de ces recherches qui se disent explicitement « compréhensives » ou « qualitatives » ?

-  Données, résultats, savoirs en didactique des langues : Quels statut et spécificités des savoirs sont ainsi produits ? Avec quels rapports aux institutions et à la demande sociale, sociopolitique ?

-  Savoirs sociaux et savoirs scientifiques : ces savoirs sont-ils dans des relations de conflits et/ou de complémentarité ? Quelles convergences/divergences peut-on observer avec d’autres formes de recherche « impliquantes » ? inscrites dans quelles histoires et quels projets ?

3. Recherches collaboratives et processus de co-construction des savoirs : méthodes

-  Peut-on dégager des figures récurrentes qui relèvent de la problématique de l’implication ? Figure de l’expert, du militant...

-  Quels sont les types d’interactions qui se jouent et se nouent entre les différents acteurs ? Quelles sont les postures respectives et les processus de transformation des acteurs ?

-  Qu’est-ce qui constitue l’éthique d’une démarche collaborative ? En quoi consiste la responsabilité des chercheurs ?

Ce numéro a pour ambition d’avancer vers une réflexion plus conceptuelle portant sur les recherches collaboratives dans le champ de la didactique des langues. La réflexion se centrera plus spécifiquement et davantage sur les enjeux théoriques, épistémologiques, méthodologiques et processuels que sur des dispositifs de recherche en tant que tels. Ces derniers seront convoqués à titre d’exemple et/ou comme point de départ et/ou d’arrivée, au service de/de manière subordonnée à une réflexion didactique / didactologique large.

Calendrier

15 avril 2019 : Limite d’envoi des propositions

1 juin 2019 : Réponse aux propositions

15 septembre 2019 : Article en première version et évaluation

15 novembre 2019 : Réponse aux auteurs

15 décembre 2018 : Retour des articles définitifs

Avril 2020 : Parution du numéro

Les propositions d’articles comprendront au plus 3000 caractères, avec un titre provisoire, des références bibliographiques et cinq mots-clés. Seront indiqués : le ou les noms des auteur.es, l’université ou l’institution de référence, le laboratoire de rattachement, une adresse mail.

Les textes comprendront entre 30 000 et 35 000 signes tout compris (espaces et notes inclus, hors bibliographie).

En ligne.