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Prononcer les langues : variations, émotions, médiations - Lidil 59. Date limite : 1er avril 2018

 

Coordonné par Grégory Miras et Laurence Vignes (DYLIS/ Université de Rouen Normandie).

Le numéro est à paraître en mai 2019.

Les résumés (3 pages) sont à envoyer aux adresses suivantes : gregory.miras@univ-rouen.fr ; laurence.vignes@univ-rouen.fr

En ligne

Ce numéro n’a pas pour simple objectif de faire le point sur les recherches portant sur la prononciation des langues. Il vise une réflexion prospective sur les méthodologies de recherche permettant une meilleure prise en compte de la variation, des émotions et des médiations possibles dans la parole. Il cherche à faire émerger un cadre scientifique dans lequel la prononciation est un processus émergent et incarné par des individus socio-émotionnels. Nous espérons qu’il permettra de dépasser une vision corrective de la prononciation pour une démarche humaine de médiation. Une définition large de la notion de médiation sera retenue chez Raynal et Rieunier (1997 : 220) pour qui elle est l’« ensemble des aides ou des supports qu’une personne peut offrir à une autre personne en vue de lui rendre plus accessible un savoir quelconque. [...] Le langage, l’affectivité, les produits culturels, les relations ou les normes sociales sont des médiations ». La didactique de la prononciation, largement stimulée par le béhaviorisme, a progressivement perdu de la vitesse avec l’approche communicative de première génération tout en restant centrée sur des exercices de systématisation (Rolland, 2011 : 54). Le paysage des méthodes complémentaires d’enseignement/apprentissage de la prononciation, davantage centrées sur les médiations globales humaines, reste stable depuis de nombreuses années : méthode verbo-tonale, silent way, suggestopédie, psychodramaturgie linguistique (Lauret, 2007). Force est de constater que, depuis les années 80, quelques manuels de prononciation (Guimbretière et Kaneman-Pougatch, 1991 ; Martinie et Wachs, 2006 ; Briet, Collige et Rassart, 2014 ; Hancock, 1995) ont tenté de mieux intégrer les théories et les méthodes actuelles de recherche en phonétique-phonologie, sans toutefois théoriser une démarche globale d’apprentissage. Il en découle un éclectisme (Puren, 2001) reposant sur les centres d’intérêt des individus (théâtre, chant, danse, yoga) mais ne permettant pas, d’une part, de l’institutionnaliser et, d’autre part, de le questionner sur le plan scientifique. L’imprécision des descripteurs du CECRL (2001), quant à la compétence phonologique, est le témoin de ce rendez-vous manqué : le niveau C2 est « comme C1 » ainsi que le fait qu’il revienne à l’utilisateur-rice d’envisager et d’expliciter « l’importance relative des sons et de la prosodie » (ibid. : 92). Les approches actionnelle ou par tâches (Narcy-Combes, 2005) n’ont pas permis non plus de redéfinir la place de la prononciation dans le développement global langagier mettant, ainsi, de côté des questions telles que : la place de la variation dans la construction d’une appartenance sociale et géographique, le rôle des émotions dans les performances orales ou les rapports entre les différents niveaux de médiation pédagogique (segmental, suprasegmental, discursif).

Toutefois, depuis plusieurs années, des projets et des travaux en phonétique-phonologie visent à questionner les mécanismes qui sous-tendent la prononciation des langues en prenant en compte les variations, les émotions et les médiations. Certains de ces travaux cherchent à définir les apports de la phonétique expérimentale à la didactique de la prononciation (Pillot-Loiseau et al., 2010), d’autres construisent une base de données sur le français oral contemporain dans l’espace francophone (Durand et al., 2009), mettent à disposition des outils numériques d’aide à la médiation de la prononciation (Kinephones, 2015 ; englishaccentcoach, 2017) ou redéfinissent les liens entre phonétique et société (Candea & Trimaille, 2015). On constate également de nombreux modèles en linguistique appliquée (magnet effect, Kuhl & Iverson, 1995 ; perception assimilation model, Best et al., 1988 ; speech learning model, Flege, 1995, etc.) qui pourraient permettre de faire émerger de nouvelles approches pédagogiques, mais leurs fondements théoriques, empiriques et terminologiques ont encore du mal à s’implanter en didactique des langues-cultures, en France notamment.

Pourtant, le caractère intrinsèquement pluridisciplinaire de l’étude de la structure des sons de la parole a déjà été montré par Martin (1996 : 1285) dans son cercle des sciences acoustiques. Pour Claverie (2010), il conviendrait de prendre en compte la pluri-inter-transdisciplinarité, seule à même de favoriser les innovations situées, tandis que Loty (2005) va plus loin en questionnant le rôle d’une démarche indisciplinaire dans la recherche scientifique. Il s’agit, pour ces auteurs, de repenser le sens de la pratique scientifique, en sortant de l’espace rassurant et stable de la monodisciplinarité, pour aller vers une recherche en perpétuelle (dé)construction de ses frontières idéologiques et épistémologiques. Ce type d’approche serait indispensable pour aborder la complexité de la prononciation dans ses dimensions neurocognitive, psychologique, sociologique, linguistique, etc. Cependant, une telle démarche demande un effort continu de recul pour dépasser les obstacles épistémologiques tels que décrits par Bachelard (1938).

Dans ce numéro, on souhaite mettre en dialogue des chercheur-e-s à travers des terrains, des méthodes de recueil ou d’analyse de données. Les contributions devront aller dans le sens d’une meilleure compréhension des processus complexes qui conduisent à la parole, au cœur de médiations, dans les langues du monde (premières, étrangères, secondes) selon l’un des trois axes :

1) Épistémologie, transdisciplinarité et prononciation

Les propositions pourront avoir pour but d’ouvrir des perspectives vers des travaux qui visent une inter- ou transdisciplinarité dans les méthodes de recherche employées. Ces dernières pourront reposer sur des cadres théoriques qui intègrent des notions telles que l’enaction (Varela, 1996) ou le « translangager » (Creese et Blackledge, 2010 ; Aden, 2017). Les travaux auront, de même, la possibilité de s’inscrire dans des domaines tels que la sociophonétique (Candea & Trimaille, 2015), la psychophonétique (Fónagy, 1983) ou tous domaines permettant la confrontation croisée des données afin d’éclairer les situations de médiations humaines. Ces propositions tâcheront de répondre à des questions de recherche comme :
-  Faut-il construire de nouveaux paradigmes de recherche en phonétique-phonologie adaptés à l’analyse des médiations humaines en contexte écologique ?
-  Comment gérer empiriquement et théoriquement la confrontation de données multimodales dans une perspective transdisciplinaire ?

2) Variations inter- et intra-individuelles et médiations humaines

Les contributions pourront viser la présentation de résultats de recherche qui participent à une meilleure définition des variations inter- et intra-individuelles phonético-phonologiques, (variation contextuelles, Chevrot, 1994 ; Jannedy & Hay, 2006 ; expression des émotions, Lacheret, 2011 ; Damasio, 2010). L’objectif est de réfléchir sur des outils empiriques permettant de surligner les phénomènes contextuels qui émergent dans les mécanismes de production-perception de la parole. Ces travaux pourront être de tous types (en laboratoire, en contexte écologique, sur grands corpus) afin de répondre à des questions telles que :
-  Comment mesurer, analyser et modéliser les variations inter- et intra-individuelles dans la recherche en phonétique-phonologie en contexte de médiations humaines ?
-  Quelle place pour la prise en compte des émotions dans l’étude phonético-phonologique ? Quelle méthodologie de recherche mettre en place pour en mesurer les caractéristiques sonores ?

3) Vers une médiation de la prononciation en didactique des langues-cultures

Les articles pourront mener une réflexion sur les travaux liés à la médiation de la prononciation des langues premières, étrangères ou secondes. Les contributions devront aller dans le sens d’une actualisation des représentations enseignantes et apprenantes par rapport aux théories actuelles sur l’enseignement-apprentissage afin de déconstruire une vision souvent corrective (mythe du locuteur natif, input normé, etc.) vers une meilleure prise en compte de l’individu dans sa globalité à travers une démarche de médiation (corps, émotions, socialisation, etc.) (Narcy-Combes, 2005). Les travaux faisant preuve d’une démarche originale pour une meilleure prise en compte de l’individu-apprenant dans l’accompagnement vers des prononciations, seront privilégiés. On donnera, pour exemple, le Bonhomme sonore (Guimbretière & Kaneman-Pougatch, 1995), les Ritmimots (Llorca, 1998), les Jazz chants (Graham, 2000) ou le jungle listening (Cauldwell, 2013). Les questions de recherche associées à ces contributions pourront être :
-  Comment accompagner des individus dans une transformation de leur prononciation par des médiations ?
-  Quels outils et quelles méthodes de recherche pour mesurer une évolution ou une progression dans un développement langagier ?

À travers ces trois axes, ce numéro cherchera à déterminer des perspectives transdisciplinaires de recherche sur la prononciation des langues.

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Calendrier

1er avril 2018 : Date limite pour d’envoi des propositions avec titre et résumé de l’article (3 pages, bibliographie comprise).

2 mai 2018 : Notification d’acceptation ou de refus de la proposition

30 juillet 2018 : Date limite de réception des articles complets

30 juillet - 15 octobre 2018 : 1ère Expertise et révision des articles avec les coordinateurs, corrections par les auteurs

15 octobre - 15 décembre 2018 : 2e Expertise des articles par le comité scientifique de la revue

15 décembre - 1er février 2019 : Révision des articles et corrections par les auteurs

Mai 2019 : Parution du numéro

Informations pratiques

Propositions

Le volume des résumés ne pourra pas dépasser 3 pages ou 6000 signes espaces non compris (bibliographie comprise).

Les résumés présenteront un cadre théorique actualisé ainsi que le corpus de travail s’il y a lieu en faisant apparaitre les résultats obtenus ou attendus.