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L’évaluation en éducation et en formation face aux transformations des sociétés contemporaines - 10-12 janvier 2018

 

30e colloque de l’ADMEE-Europe au Luxembourg

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Le monde contemporain est marqué par des changements rapides qui s’opèrent au niveau des modes de gestion politique, des modèles économiques et, plus largement, au niveau de la vie en société. Parmi ceux-ci, il convient notamment d’évoquer l’intensification de la mondialisation de l’économie, l’influence d’organisations intergouvernementales sur les modèles de gouvernance nationaux, l’évolution galopante des technologies (accès et connectivité plus grande à Internet, technologies mobiles, outils numériques, robotique, intelligence artificielle, ...) ainsi que le développement des connaissances scientifiques dans de nombreux domaines. En parallèle, on soulignera que les populations se caractérisent, dans la plupart des sociétés, par une diversité grandissante (culturelle, linguistique ou socioéconomique).

Toutes ces transformations ont évidemment un impact sur les milieux de l’éducation et de la formation, les contraignant à s’adapter voire à évoluer. En guise d’exemples, on citera le développement de politiques de régulation de la qualité des services éducatifs, l’introduction massive de technologies et d’outils numériques dans les salles de classe, l’intérêt pour la pratique éducative de résultats de recherche issus des sciences cognitives, la mobilité accrue des travailleurs et des apprenants qui pose le défi d’une certification reconnue internationalement ou encore l’hétérogénéité des populations scolaires et les enjeux qui y sont liés. Comment ces changements affectent-ils les politiques, les formes et les effets de l’évaluation dans les différents milieux de l’éducation et de la formation ?

Le 30e colloque de l’ADMEE-Europe propose d’examiner cette problématique en faisant appel à des contributions venant de tous les milieux de l’éducation et de la formation (accueil de la petite enfance, enseignement fondamental et secondaire, enseignement supérieur, formation continue, formation tout au long de la vie). En complément des cinq réseaux thématiques de l’ADMEE-Europe, quatre axes thématiques spécifiques sont proposés.

Axes thématiques proposés

-  Axe 1 : Evaluation et politiques de régulation de la qualité

Dans l’ensemble des pays industrialisés, les politiques traditionnelles de pilotage de l’éducation et de la formation sont progressivement remplacées, certes avec des variantes, par des politiques de régulation axées sur la reddition de compte (accountability), le pilotage par les résultats et la mise en place de dispositifs d’assurance-qualité.

Ces politiques définissent des objectifs à atteindre et fixent des standards de qualité. Elles visent principalement deux niveaux : celui des entités qui composent les différents systèmes d’éducation et de formation (par exemple, les crèches pour l’accueil de la petite enfance, les établissements scolaires pour l’enseignement obligatoire, les institutions non-universitaires et universitaires pour l’enseignement supérieur) et celui des professionnels qui travaillent dans ces entités (puéricultrices, enseignants, directions, formateurs, ...). Les entités et les professionnels sont à la fois rendus plus autonomes, notamment en ce qui concerne l’utilisation des moyens et le choix des méthodes pour atteindre des objectifs, mais également plus responsables selon une logique d’accountability. C’est cette responsabilisation accrue des entités et des acteurs qui doit les amener à se remettre continuellement en question et à adopter, parfois en bénéficiant d’un accompagnement, les dispositions nécessaires et adéquates dans le cas où la qualité ne serait pas atteinte voire attestée. Selon les pays, différentes approches et différents dispositifs d’évaluation sont utilisés pour s’assurer de la qualité.

Plusieurs questions se posent : Comment définit-on la qualité dans les milieux de l’éducation et de la formation ? Quels dispositifs sont mis en place pour évaluer et réguler la qualité ? Quels sont les effets de l’évaluation ? L’évaluation seule contribue-t-elle vraiment à l’amélioration de la qualité ?

-  Axe 2 : Evaluation et hétérogénéité grandissante des publics

Les publics accueillis dans les milieux de l’éducation et de la formation sont de plus en plus hétérogènes. Cette hétérogénéité, inhérente à l’histoire des pays ou résultant de migrations plus récentes, se manifeste par une large diversité culturelle, linguistique et socioéconomique, mais elle est aussi le résultat de différents modes de gestion et de fonctionnement des systèmes d’éducation et de formation qui n’ont pour conséquence que de creuser les écarts entre individus en terme d’acquis. Peu importent les sources et les formes de cette hétérogénéité, elle constitue un défi pour les milieux de l’éducation et de la formation.

Alors que certains milieux éducatifs optent pour une gestion externe de l’hétérogénéité (mise en place de structures spécialisées, recours massif au redoublement, orientation vers des filières d’enseignement hiérarchisées, ...), d’autres font le pari de valoriser de manière accrue cette diversité en misant sur une logique inclusive qui se caractérise par la personnalisation et la différenciation des enseignements et des parcours d’apprentissage. Comment l’évaluation se situe-t-elle entre ces deux logiques ? A partir de quelles formes d’évaluation peut-on attester de l’efficacité ou de l’équité d’un système de gestion de la diversité ? Y-a-t-il des évaluations plus équitables que d’autres ?

La prise en compte de la diversité au quotidien s’inscrit dans un champ de tensions : les professionnels de l’éducation, une population qui est dans certains pays moins hétérogène que les publics accueillis, doivent combiner une posture d’ouverture à la diversité (culturelle) avec des impératifs d’intégration et créer des conditions d’apprentissage pour favoriser les progressions individuelles sans pour autant mettre à mal la cohésion du groupe. Dans quelle mesure la formation initiale et continue des professionnels de l’éducation traite-t-elle ces enjeux ? Comment la diversité est-elle prise en compte dans les pratiques éducatives et évaluatives ?

-  Axe 3 : Evaluation et évolution numérique

Au cours des dernières décennies, des progrès remarquables ont été réalisés dans l’accès à l’information et le développement d’outils numériques conçus pour produire, traiter, entreposer, échanger, lire des documents à des fins d’enseignement et d’apprentissage. L’éducation peut aujourd’hui puiser dans un grand réservoir d’outils et de services numériques, comme par exemple les tableaux blancs interactifs, les tablettes, les logiciels, les didacticiels, les plateformes locales d’apprentissage ou les MOOC (Massive Open Online Course), les portfolios électroniques ou encore les manuels numériques.

Les progrès du numérique touchent déjà sensiblement l’évaluation en éducation et en formation et ne cessent de prendre de l’ampleur, ce quel que soit le niveau considéré (élève/apprenant, éducateur/enseignant/formateur, institution, système). De nombreux dispositifs existent déjà comme par exemple l’évaluation (interne ou externe) assistée par ordinateur (computer-based testing) des compétences scolaires des élèves, les logiciels adaptatifs d’apprentissage en salle de classe, l’évaluation directe des apprentissages en cours d’enseignement, l’e-orientation des étudiants ou l’évaluation des enseignements dans l’enseignement supérieur au travers de plateformes informatiques. L’émergence massive de ces dispositifs numériques conduit à se poser la question de leur qualité et de leurs effets réels et on assiste à la naissance de méthodologies et de dispositifs originaux d’évaluation (par exemple au sein de laboratoires d’utilisabilité).

Au fur et à mesure que le numérique se répand dans les domaines de l’éducation et de la formation, il convient de s’interroger non seulement sur les implications qu’il engendre en termes de curricula, de démarches pédagogiques, de formation professionnelle et d’évaluation, mais également de souligner les nouvelles opportunités offertes comme le développement de l’échange, de l’interactivité ou du travail collaboratif. L’évaluation en éducation et en formation est-elle prête à faire face à ces changements ?

-  Axe 4 : Evaluation et nouveaux apports des sciences cognitives

Les travaux récents en sciences cognitives, notamment en neurosciences cognitives, peuvent-ils avoir un intérêt pour le champ des sciences de l’éducation et de la formation, et en particulier au niveau de l’évaluation ?

D’après certains, la réponse est clairement positive car la compréhension des liens entre les processus neuronaux et l’apprentissage apporte de nouvelles opportunités d’amélioration des pratiques d’enseignement et d’apprentissage. A côté de l’étude de la plasticité cérébrale et des processus cognitifs (p.ex. l’attention, la mémoire, le raisonnement, le développement du langage), deux champs d’étude se sont surtout développés en relation avec l’éducation : l’étude des troubles de l’apprentissage (p.ex. dysphasie, dyslexie, dyscalculie et dyspraxie) et les études portant sur les environnements propices à l’apprentissage (p.ex. milieu cognitif et culturel, climat scolaire, environnement physique de l’école).

D’autres voient d’un œil critique cette « ingérence » des sciences cognitives, en particulier la neuro-éducation, dans le champ éducatif, allant même jusqu’à les accuser d’impérialisme scientiste et techniciste. Pour ces sciences jeunes, le passage du laboratoire à la salle de classe est souvent difficile, notamment parce que les connaissances acquises en laboratoire ne peuvent être applicables telles quelles, sans validation écologique avec des formateurs et des apprenants réels. On observe actuellement des incompréhensions voire certaines tensions entre représentants des sciences éducatives et ceux des neurosciences cognitives. Comment sortir de ce champ en tension ? Quelles sont les retombées réelles des sciences cognitives sur les pratiques éducatives, l’apprentissage et l’évaluation ?