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Tours Qualitatifs 2017 (In)sécurité linguistique, francophonies et sens - 23 mars 2017

 

Présentation

Ces dernières années, l’équipe de l’EA 4428 DYNADIV (ancienne EA 4246 PREFics-DYNADIV) mène des réflexions sur les dynamiques diversitaires, plurielles, en sociolinguistique comme en didactique des langues, à partir d’approches qualitatives. Un des axes de ces travaux est la problématisation des visions du monde des francophonies, considérées comme traduction d’expériences et de rapports variées aux langues. C’est dans cet esprit que s’inscrit cette la session 2017 de TQ1 qui sera centrée autour de la notion de francophonie, avec une remise en scène du phénomène de l’(in)sécurité linguistique, dont la problématisation articule qualitativité et expériences.

Argumentaire

Thématique transversale à la sociolinguistique et à la didactique des langues, l’insécurité linguistique (désormais IL) est liée à l’appropriation des langues dans des situations où prédominent différentes formes de diversité / altérité. Elle n’a quasiment pas intéressé la recherche en didactique des langues et a été appréhendée en sociolinguistique uniquement d’un point de vue sémiotiste. Pourtant, elle se présente de plus en plus comme un cadre pertinent pour problématiser la variation linguistique et pour appréhender la mobilité des usages des langues, notamment sous l’angle des expériences des locuteurs / apprenants / enseignants et de leur perception de cette expérience. Sans en épuiser le riche potentiel, les rares travaux qui s’y sont intéressés privilégient en particulier une perspective sémiotique, que ce soit à travers la variation stylistique (Labov, 1976), la diglossie (Gueunier et al, 1978), la stratification sociale (Bourdieu, 1987), la sujétion linguistique (Francard et al, 1993), les représentations linguistiques (Calvet et Moreau, 1998 ; Canut, 1996) ou les interactions (Bretegnier, 2002). En effet, ces travaux reconnaissent certes la place centrale de la personne envisagée dans le processus d’(in)sécurisation, puisque l’IL est présentée comme un sentiment (Calvet, 1993 ; Robillard, 1994 ; Francard, 1996 ; Bretegnier, 1999, 2002) qui s’extériorise comme « manifestation d’une quête non réussie de légitimité » (Francard et al, 1993). Mais paradoxalement, ce phénomène est plutôt considéré comme un « objet » traduit uniquement par des signes, ce qui revient à privilégier une approche empiriste et sémiotiste fondée sur des « données brutes » censées révéler les comportements et les pratiques des locuteurs et donc à écarter les dimensions inexprimées, comme la sensibilité par exemple, ce que regrette d’ailleurs Taylor (1997). Cette thématique se retrouve par ailleurs dans plusieurs travaux effectués dans des situations de francophonies, tout en se sont focalisant uniquement sur le français (Singy, 1997 pour la Suisse ; Daff, 1998 pour le Sénégal, Mendo Ze, 2009 pour le Cameroun). Comment comprendre cette orientation puisque nous savons que dans ces différentes situations le français vit avec d’autres langues / parlers ? Faut-il en déduire que l’IL serait une thématique particulièrement francophone ? L’objectif de cette journée sera de réfléchir au sentiment d’IL en francophonies non plus pour en déterminer les causes ou en observer les manifestations et donc à en privilégier des manifestations sémiotiques, mais pour la considérer sous l’angle de la réception, en tant que processus de découverte de sens. Cela permettrait de dégager quelques conséquences épistémologiques et théoriques qui pourraient s’avérer pertinentes dans la problématisation d’une francophonie des expériences. Les interventions pourront porter sur des aspects variés :
-  S’interroger sur les situations de francophonies et les usages de francophones migrants en mobilité pour reconsidérer les rapports aux langues, dont le français : le parcours migratoire de certains francophones (ayant une compétence orale et écrite en français) les amène à vivre, dans les situations d’accueil (pourtant francophones), des sentiments d’insécurité linguistique. Comment comprendre ces expériences qui interrogent simultanément les dispositifs d’accueils et les représentations des liens entre langue(s) et insertion ? quelles en sont les conséquences sur le français, les francophones et les francophonies ?

ne faudrait-il pas s’interroger sur le caractère particulièrement francophone de cette thématique ? quels rapports avec les « parlers » français ?

-  Privilégier la composante réflexive : le sentiment d’IL découle d’une auto-évaluation par le locuteur de la pertinence de certaines catégories convoquées par Calvet (1999) pour définir l’IL, comme la forme des langues utilisée (comment il faut parler), les statuts des langues (quelle(s) langue(s) il faut parler) dans une situation particulière (la fonction identitaire en rapport avec un groupe par exemple). Si le locuteur est appelé à déconstruire le sentiment de honte, à trouver des stratégies pour sortir de ces situations désavantageuses, ne faudrait-il pas s’interroger sur le processus réflexif dans la problématisation de l’IL et dans l’exploration de sens par le locuteur ?

-  S’interroger sur les images négatives dominantes qui accompagnent les travaux sur l’IL. Pourquoi les considérer prioritairement à partir de termes comme « honte », « délégitimation ». Quelles conséquences didactiques, notamment du point de vue des enseignants dits natifs dont les orientations, face à l’IL, révèlent plutôt une insécurité didactique. Ne peut-on pas envisager l’IL comme un moteur d’appropriation de langues ? Comment envisager le conflit vécu (par ces enseignants et ces apprenants) dans ces cas ? Quelle serait alors la conception et la place du conflit en sociolinguistique et en didactique des langues ?

-  Considérer une approche de l’IL qui privilégie l’« insécurité ressentie » (Bretegnier, 2002 : 135). Il s’agira d’articuler ce phénomène à la perception / sensibilité du locuteur, en interrogeant le « mode d’apparaître des choses » (Romano, 2010 : 608). Et en interrogeant la notion même de sentiment : o Si nous admettons que la recherche de sécurité dans la prise de parole équivaut à un moyen de se positionner et d’exister (sachant que parler c’est prendre un risque de délégitimation), ne faut-il pas reconsidérer les éléments sémiotiques très largement convoqués actuellement dans la compréhension des langues pour privilégier l’abord du « sentir » ?

En outre, l’IL est-elle juste un « sentiment » ? Ne peut-on pas l’envisager plutôt comme un moyen pour la personne de se découvrir, de se situer et de réfléchir à son existence ? Cela lui permettrait, comme l’explicite Dastur (2007), de faire l’expérience de soi en interrogeant la façon d’habiter le monde Cette orientation, compatible avec le « sentiment » et le « ressenti », ne présenterait-elle pas l’avantage de reconsidérer l’IL en tant que traduction du rapport au monde ? Dès lors, quelles places réserver / accorder aux interprètes (dont le chercheur) ? Quelles responsabilités politiques et éthiques dans la recherche en sociolinguistique, didactique et plus largement dans les sciences humaines ?

-  Problématiser le lien entre IL et histoire : la plupart des travaux sur l’IL repose sur des phénomènes synchroniques. Pourtant, les expériences humaines (les phénomènes de la migrance en sont un exemple assez pertinent) montrent que des rapports au monde sont élaborés dans une perspective évolutive puisque l’IL est également un produit d’expériences (Boudreau, 2016). Quel serait le rapport entre IL et histoire ? quelles approches de l’histoire ? Cette question conduira également à interroger la francophonie, son / ses histoire(s) et à reconsidérer l’évolution du français, d’un point de vue qualitatif. Voilà autant de questions qui seront mises en articulation pendant la session 2017 de TQ dans laquelle d’autres directions, complémentaires, ne sont pas à exclure.

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