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    Autoformation et multimédia    Didactique    Linguistique    Ingénierie de formation

Analyse d’un article de recherche en didactique de L2 : Barbot, Marie-José (2006) : "Rôle de l’enseignant-formateur : l’accompagnement en question".

 
Remarques introductrices
1. Fondements de la relation éducative en autoformation
2. Accompagnement, une fonction nouvelle pour des attentes inédites ?
3. Enjeux : L’accompagnement - fonction subordonnée, partielle ou hyper-relation éducative ?
4. Articulation avec le paradigme de l’autonomie et de la complexité
Remarques finales
Références et sites
BARBOT, Marie-José (2006) : "Rôle de l’enseignant-formateur : l’accompagnement en question". Mélanges CRAPEL, n° 28, pp. 29-46.

Remarques introductrices

Marie-José Barbot est didacticienne de FLE (Français Langue Étrangère). Son doctorat porte sur l’auto-apprentissage en milieu institutionnel (1993, Paris 3). Elle travaille actuellement à l’université de Lille 3. Son objet de recherche principal est l’autonomie de l’apprenant ou du futur enseignant et le rôle des multimédias dans ce contexte. Sa pensée didactique semble enrichie par les nombreux séjours à l’étranger et par la prise en compte de théories non seulement issues de la didactique, mais aussi des sciences humaines et sociales.

L’article comporte les parties suivantes : Résumé ; Introduction ; 1. Fondements de la relation éducative en autoformation ; 2. Accompagnement, une fonction nouvelle pour des attentes inédites ? 3. Enjeux : L’accompagnement - fonction subordonnée, partielle ou hyper-relation éducative ? 4. Articulation avec le paradigme de l’autonomie et de la complexité ; Conclusion ; Bibliographie.

Dans cet article, Marie-José Barbot ne présente pas les résultats d’une recherche en particulier. Elle parle d’un "bilan provisoire" ce qui laisse présupposer que ses propos s’appuient entre autres sur des recherches en cours, des recherches qui sont effectuées "dans un champ non stabilisé" (2.2.1., p. 36). Son propos est essentiellement théorique : elle dessine les contours d’un nouveau paradigme en didactique de L2 (langues étrangères) qui mène d’une vision de l’enseignement de L2 reposant sur des relations éducatives verticales vers une conception de l’enseignement/apprentissage de L2 privilégiant les relations horizontales. Si l’enseignant de L2 fait utiliser les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), il peut participer à une nouvelle façon d’enseigner, à condition de prendre une posture d’accompagnement qui cherche à soutenir l’autonomie naissante des apprenants. Le paradigme émergeant est appelé "accompagnement autonomisant" (conclusion, p. 44). Il vise l’enseignement/apprentissage progressif de l’autonomie, ceci dans une perspective qui dépasse le cadre de L2.

Le résumé comporte en condensé les idées clé de la chercheuse et le plan de l’article. Les idées sont reprises et explicitées de façon plus exhaustive dans les parties qui leur sont dédiées.

Dans l’introduction, Marie-José Barbot place ses propos dans un contexte historique, politico-social et économique. Elle montre l’émergence du préconcept "accompagnement" depuis 2000 et sa répercussion sur les pratiques d’enseignement/apprentissage de L2. La question de travail de la chercheuse évoque le sujet de changement de paradigme en formation : "est-ce que l’évolution des métiers à l’heure des multimédias correspond bien à une réactivation de l’autoformation cognitive et éducative comme le mot accompagnement semble en témoigner ?" (Introduction, p. 30). Elle montre qu’il ne s’agit pas d’un "remake", mais bien d’une évolution basée sur des idées qui sont nées en 1970. La chercheuse émet des réserves vis-à-vis du terme "accompagnement" qui semble être utilisé en France, mais pas dans le monde anglo-saxon, ni en Espagne. Son utilisation d’origine (le monde médical) lui paraît problématique, car il induit une relation binaire. Pour l’enseignement/apprentissage, la relation entre deux personnes ne lui paraît pas suffisante. Cette relation devrait être complétée par l’idée du groupe et de l’objet du savoir à acquérir.

Comme Marie-José Barbot ne parle pas du monde germanophone, je propose ci-dessous un bref aperçu du terme allemand "Begleitung" (accompagnement) à partir de recherches sur Internet. Les occurrences et cooccurrences de ce terme proposées par le portail lexical Wortschatz Uni Leipzig le placent dans un contexte psycho-social, religieux ou musical, mais notamment les occurrences situées à gauche de ce terme (surtout des adjectifs) montrent la présence de cooccurrences comme "wissenschaftlich" (scientifique), "fachlich" (expert) et "pädagogisch" (pédagogique). Ces associations sont confirmées par des formulations trouvées à l’aide du moteur de recherche Google dans des domaines peu scientifiques, comme par exemple la formulation "Lehrpersonen, die zu LernbegleiterInnen und Lerncoaches werden" (des enseignants qui deviennent des accompagnateurs d’apprentissage et des coaches d’apprentissage). J’ai également trouvé une occurrence du domaine scientifique, sur le serveur de la Eidgenössische Technische Hochschule Zürich (université technique de Zurich), qui utilise le terme "begleiten" (accompagner) dans un contexte de modération de forum : "Wie begleiten Sie ein Online-Forum ?" (Comment accompagner un forum en ligne ?). L’émergence du concept d’accompagnement est timide, mais néanmoins visible dans les pays germanophones.

Les hypothèses que la chercheuse énumère en fin d’introduction prennent quasiment la forme de thèses ou d’un programme de travail à poursuivre dans la continuité de 1970 :
-   revisiter l’héritage du terme "conseiller" ;
-   décrire les attentes des apprenants et les pratiques inédites annonciateurs d’un nouveau paradigme appelé "autonomie" ;
-   prévoir les conséquences qui en découlent pour la formation de l’enseignant formateur ;
-   définir le concept d’accompagnement autonomisant dans le but d’indiquer clairement les lignes directrices de la démarche.

1. Fondements de la relation éducative en autoformation

Marie-José Barbot évoque dans ce passage "une généalogie incontournable et riche" qui se caractérise par des références du domaine des sciences humaines. Les multimédias semblent mettre en relief les diverses fonctions que les écoles ou courants évoqués attribuent à l’enseignant formateur : il doit "inventer (...) des médiations revisitées par la médiatisation". (1., p. 32).

Les nouvelles compétences qu’il doit acquérir se situent dans le domaine de la créativité et du relationnel. Il n’est pas le seul à prendre l’initiative dans le processus d’enseignement /apprentissage. Pour encourager la prise d’initiative de la part de l’apprenant, il convient de faire un travail axé sur les métaconnaissances (travail de conceptualisation et travail méthodologique) et de soutenir psychologiquement l’apprenant. "L’objectif est à la fois apprendre une langue et développer l’autonomie cognitive, sociale et culturelle." (1.1., p. 33).

L’utilisation des multimédias ne rend pas automatiquement autonome : l’autonomie est une compétence à acquérir aussi bien par les apprenants que par les enseignants. L’ampleur croissante des compétences d’un enseignant peut avoir pour conséquence la spécialisation plus ou moins bénéfique à l’enseignement/apprentissage.

2. Accompagnement, une fonction nouvelle pour des attentes inédites ?

Les attentes actuelles des apprenants font naître des besoins de formations professionnalisantes incluant un accompagnement, comparable à celui que l’on peut trouver dans le domaine du compagnonnage. L’individualisation des parcours nécessite la prise en compte de l’expérience, des projets personnels et de la situation personnelle potentiellement difficile de l’apprenant. La relation entre apprenant et enseignement se trouve ainsi complexifiée. Les pratiques qui se parent du terme "accompagnement" ne rendent pas toutes compte de ces nouveaux types de formation, mais il en existe qui donnent l’occasion de faire des choix et de coopérer avec d’autres apprenants. Certaines des nouvelles pratiques utilisant les multimédias modifient le rapport au temps : la communication n’est plus limitée au moment du cours en présentiel. Les apprenants peuvent y jouer des rôles que l’on attribue ordinairement à l’enseignant (informateurs, concepteurs). La posture de retenue de l’enseignant (4.2., p. 43) l’oblige de prévoir les situations d’apprentissage avant le début d’un projet (multimédias ou autre) et de décider d’un protocole à suivre selon les cas de figure qui se présenteront.

3. Enjeux : L’accompagnement - fonction subordonnée, partielle ou hyper-relation éducative ?

Une parcellisation des tâches d’un enseignant formateur paraît peu profiter au processus d’enseignement/apprentissage. L’accompagnement ne doit pas être déconnecté de la logique globale de la formation.

4. Articulation avec le paradigme de l’autonomie et de la complexité

La posture d’accompagnement autonomisant est un concept qui indique un changement dans l’éducation : les formations qui l’incluent ne partent plus des contenus, mais de l’apprenant et de la complexité. Ce concept ne doit pas faire oublier la présence d’un contexte institutionnel, d’un cadre d’apprentissage et de la nécessité d’évaluer les acquis. L’aspect clinique que le terme "accompagnement" connote doit être réorienté vers la nécessité d’observer, d’écouter et de guider. Marie-José Barbot place l’émergence du concept d’accompagnement autonomisant dans un contexte éthique : il correspond à une évolution et à des besoins sociaux. Il refuse toute manipulation et domination. Il revalorise le rôle du groupe, sans déresponsabiliser l’enseignant qui garde un "devoir d’ingérence" (Poisson, 2003. Cité dans Barbot, 4.2., p. 43).

Remarques finales

L’article de Marie-José Barbot montre, à mon avis, comment on peut contribuer à la théorisation dans le domaine des multimédias. Ce texte me paraît structurant pour mes propres recherches. Il place des notions d’apparence familière (tuteur, guidage, autonomie, etc.) dans un contexte très large, aussi bien au niveau de la société que de l’ingénierie de formation. Les propos de la chercheuse semblent confirmer la prévision de Châlon (1970) qui dit que "Les enfants qui entrent aujourd’hui à l’école accèderont aux responsabilités en l’an 2000". En effet, certaines revendications qui y sont exprimées - la réorganisation des examens, des horaires et de l’espace pédagogique (p. 1) -, n’ont rien perdu de leur actualité. Peu à peu, elles sont prises en compte dans certains établissements scolaires comme en témoigne par exemple l’installation d’une petite salle informatique à proximité immédiate de la salle de classe que j’utilise d’habitude. Au niveau des horaires, la discussion semble entamée par la proposition d’itinéraires de découverte. Il reste à réfléchir aux évaluations en accord avec ces évolutions.

Références et sites

CHÂLON, Yves (1970) : "Pour une pédagogie sauvage". Mélanges CRAPEL, n° 1, pp. 1-7.

Site personnel de Marie-José Barbot : http://mbarbot.club.fr/index.html

Lexique allemand électronique : http://wortschatz.uni-leipzig.de/

Tous les liens cités dans ce texte étaient valides le 18/04/07.