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Appels à contribution

Les langues de spécialité comme objet d’enseignement : ressources, méthodes et transposition didactique. Lidil numéro 65. Date limite : 31 janvier 2021

Coordinatrices du numéro :

Catherine Carras, MCF LLASIC, LIDILEM.

Sara Alvarez, MCF LE, ILCEA4.

 Le concept de « langue de spécialité » a considérablement évolué depuis les premières définitions données par les didacticiens (Galisson et Coste 1976), les linguistes (Lerat 1995) ou les terminologues (Rondeau 1983). Cabré (1998) proposait un regroupement des différentes définitions des langues de spécialité selon que le point de vue adopté est linguistique ou pragmatique. Encore très vivace chez les traducteurs, le concept de « langue de spécialité » est également présent aujourd’hui dans la linguistique descriptive, notamment la linguistique de corpus (recherches portant sur la description des caractéristiques lexicales, syntaxiques et discursives des discours scientifiques).

Les langues de spécialité (emploi au pluriel car le singulier ne permet pas de rendre compte de la diversité des domaines) sont également au cœur des préoccupations didactiques, que ce soit dans les filières spécialisées où l’enseignement des langues étrangères est en lien direct avec les disciplines, ou dans le secteur LANSAD (Langues pour Spécialistes d’autres Disciplines). La professionnalisation des cursus universitaires ainsi que la centration sur l’apprenant et ses besoins conduisent de fait à un enseignement des langues tourné vers un usage spécialisé.

La construction d’une didactique des langues et des cultures de spécialité comprend le déroulement d’une série d’étapes parmi lesquelles on peut citer : la définition des langues, des domaines et des communautés de spécialité, la caractérisation des langues de spécialité (LSP), la description méthodique des différents aspects des LSP et, enfin, la transposition didactique (Van der Yeught, 2016). Les trois premières étapes du cheminement descriptif étudient les LSP telles que les membres d’une communauté spécialisée en usent dans leur communication, leurs discours et leur culture. Or, l’objectif ultime étant l’enseignement de la LSP à des apprenants, elle doit également être décrite en tant que compétence.

L’intérêt de ce numéro porte plus précisément sur cette dernière question, ce qui nous amène à aborder les langues de spécialité du point de vue de la constitution des ressources, de la modélisation des données pour l’analyse en vue de la didactisation, et de la transposition didactique. La transposition didactique peut être considérée comme un parcours au cours duquel un « objet de savoir » est transformé en « objet à enseigner » (à la suite d’une acclimatation institutionnelle) pour finalement devenir « objet d’enseignement » lorsque les savoirs ont été préparés à être enseignés. Ainsi, tout parcours transpositif implique un changement de domaine par le passage d’un « savoir savant » à un « savoir à enseigner » (Chevallard 1985 : 20). Ces trois thématiques constituent les axes de ce numéro, qui vise à proposer un portrait des recherches actuelles contribuant à développer une didactique des langues et des cultures de spécialité, et à faciliter les échanges entre enseignants-chercheurs de différentes aires linguistiques et culturelles (anglais, espagnol, français, allemand, italien etc.). Les contributions devront s’inscrire dans l’un des axes proposés et répondre à l’une ou l’autre des questions qui y sont posées.

Axe 1 : Ressources en langues de spécialité.

La constitution de ressources en langues de spécialité est un préalable souvent indispensable à une analyse et à une modélisation linguistique ainsi qu’à une exploitation didactique. Nous considérons ici une ressource pédagogique comme une entité, numérique ou non, utilisée dans un processus d’enseignement, de formation ou d’apprentissage. Le passage des données (au sens large) aux ressources a été questionné par les didacticiens (voir notamment Mangiante & Cavalla 2016). Linguistes et didacticiens se heurtent en effet bien souvent à un manque de ressources déjà construites, et quand bien même ces ressources existent, elles ne sont pas nécessairement adaptées aux objectifs linguistiques et didactiques visés. Dans ce contexte, les ressources à construire impliquent la collecte de données (écrites, orales et multimodales) via la mise en œuvre de méthodes issues du Traitement Automatique des Langues et/ou d’instruments de recueil – enquête de terrain, questionnaire, entretien (Divoux, 2017 ; Bert et al. 2010).

Voici des exemples de questions auxquelles pourraient répondre les articles soumis sous cet axe :

• Quels modes de collecte de données pour l’étude des LSP ?

• Comment articuler, définir et optimiser la collecte des données en fonction de l’objectif didactique poursuivi ?

• Comment faire face aux contraintes liées à l’exploitation des données collectées (droits d’auteur) ?

• Quels critères de sélection pour garantir la fiabilité des données ?

• Comment appliquer les traitements nécessaires pour l’exploitation des données (nettoyage, transcription, annotation…) ?

Axe 2 : Méthodes d’analyse en langue de spécialité.

Les approches dans le cadre des méthodes d’analyse en langue de spécialité sont multiples. Elles peuvent porter sur l’analyse du discours interactionnel (Cicurel & Doury, 2001 ; Mercelot, 2006 ; Alvarez Martinez, 2018), sur l’analyse du discours spécialisé dans une tradition énonciative (Fløttum et al. 2006) ou bien sur la mise en lumière des logiques professionnelles (Mourlhon-Dallies, 2008).

Les méthodes peuvent aussi porter sur la syntaxe, le lexique ou la phraséologie, comme l’illustrent les études sur le lexique scientifique transdisciplinaire, un lexique de genre propre au discours scientifique (Jacques & Tutin, 2018). Enfin, la terminologie est elle aussi concernée par ces questions, que ce soit dans une approche fondée sur l’exploration textuelle (Condamines, 2018 ; Cabré & Vidal 2004) ou dans une perspective plus cognitive (Faber 2009 ; 2012).

Dans le domaine de la didactique du FLE, en Français sur Objectif Spécifique (FOS) et en Français sur Objectif Universitaire (FOU), l’analyse des données collectées porte à la fois sur les aspects linguistiques et discursifs, dans une optique de définition des contenus à enseigner (Mangiante & Parpette, 2004 et 2011).

Les recherches en anglais de spécialité illustrent la diversité et la complémentarité des approches (Van Der Yeut, 2016a; Gledhill et Kübler 2016) et dans le monde hispanophone, la forte demande de formations en langues de spécialité a donné lieu à l’apparition de travaux dans les domaines de la linguistique de corpus, la terminologie, la lexicographie et la linguistique contrastive (Díaz Rodríguez, 2010 ; Pujol, 2018). Voici des exemples de questions auxquelles pourraient répondre les articles soumis sous cet axe :

• Quelles méthodes et outils d’analyse permettent de mieux exploiter les corpus en LSP du point de vue didactique ?

• Quelles méthodes privilégier pour l’étude des différentes modalités d’expression d’une spécialité dans la langue, à savoir, l’ensemble linguistique, l’ensemble discursif et l’ensemble culturel ?

Axe 3 : Transposition didactique en langue de spécialité

Les ressources linguistiques en LSP ainsi que leurs analyses ne peuvent pas intervenir en l’état dans la salle de classe ou dans l’environnement pédagogique numérique. En effet, dans une approche constructiviste de l’enseignement-apprentissage d’une LSP, la transposition didactique (Chevallard, 1985: 20) de l’objet de savoir (ici, les variétés spécialisées des différentes langues décrites par les linguistes) en objet à enseigner a pour but de permettre à l’apprenant de construire ses connaissances par l’intermédiaire de ses interactions avec l’objet d’enseignement en présence pour se l’approprier (Van der Yeught, 2016 : 10). Les langues de spécialité doivent être décrites en tant que compétence si l’on veut en faciliter la transmission aux apprenants.

Dans ce cadre, l’objectif de cet axe est de fournir des pistes de réflexion pour transposer une LSP en objet d’enseignement en prenant en compte les caractéristiques linguistiques, discursives et culturelles de la LSP ainsi que le cadre institutionnel (LANSAD, LEA, LCE, Centres Universitaires de FLE…) dans lequel la LSP est enseignée. Transposer une LSP en objet d’enseignement nous conduit forcément à nous interroger sur les priorités à établir, les adaptations à envisager, les contraintes à prendre en compte, les besoins et les attentes du public visé, les médiations nécessaires, etc. Bien que les didacticiens des LSP s’appuient sur les connaissances en didactique des langues (non spécialisées), l’une des particularités de la didactique des LSP est de caractériser le rapport entre enseignement-apprentissage de la langue non spécialisée et de la LSP considérée.

Voici des exemples de questions auxquelles pourraient répondre les articles soumis sous cet axe :

• Comment transposer l’objet de connaissance par la description de la LSP en objet à enseigner ?

• Comment aider l’apprenant à s’approprier l’objet de savoir (la langue de spécialité) en l’organisant et en le hiérarchisant en fonction de ses connaissances préalables, y compris ses connaissances de la LSP en L1 ?

• Quelles modalités de travail en LSP ? Y a-t-il des différences par rapport aux modalités de travail de la langue dite “générale” ?

• Quelles activités peut-on concevoir en LSP en exploitant les données collectées ?

• Quelle est la posture de l’enseignant dans le processus de la transposition didactique en LSP ?

Calendrier :

Réception des propositions (3 pages) : 31 janvier 2021

Envoi de l’avis d’acceptation ou de refus des propositions : 1 er mars 2021

Réception des articles complets : 30 juin 2021

Retour des évaluations des articles : décembre 2021

Navette entre coordinatrices et auteur.es et corrections par les auteures : décembre 2021-février 2022. Parution du numéro : Juin 2022

Adresses pour l’envoi des propositions :

Les résumés et articles devront être envoyés aux deux adresses suivantes :

sara.alvarez@univ-grenoble-alpes.fr

catherine.carras@univ-grenoble-alpes.fr

Informations pratiques

Les propositions ne dépasseront pas trois pages (bibliographie comprise) ;

Les articles complets ne dépasseront en aucun cas 40 000 caractères, espaces compris ;

Les articles pourront être rédigés en français, anglais ou en espagnol.

La version finale de l’article devra comprendre un résumé rédigé dans une autre langue ;

La feuille de style et les consignes rédactionnelles se trouvent à l’adresse suivante : https://journals.openedition.org/lidil/3303